• IDS279 - Préparation du déménagement d’un plateau d’imagerie interventionnelle ainsi que la création d’une salle de lavage et de désinfection d’endoscopes

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    A rap­pe­ler pour tout usage : L. LATROUITE, «  Pré­pa­ra­tion du démé­na­ge­ment d’un pla­teau d’imagerie inter­ven­tion­nelle ain­si que la créa­tion d’une salle de lavage et de dés­in­fec­tion d’endoscopes », Uni­ver­si­té de Tech­no­lo­gie de Com­piègne (France), Mas­ter Ingé­nie­rie de la San­té, Mémoire de Stage, https://travaux.master.utc.fr/, réf n° IDS279, juillet 2025, https://travaux.master.utc.fr/formations-master/ingenierie-de-la-sante/ids279

    Résumé

    Le CHU de Caen où j’ai fait mon stage est enga­gé depuis 2016 dans un ambi­tieux pro­gramme de construc­tion de nou­veaux bâti­ments et donc de démé­na­ge­ment de l’ensemble de ses acti­vi­tés. Pour ce faire tous les ser­vices sont mis à contri­bu­tion mais plus encore pour les ser­vices tech­niques et bien sûr le ser­vice bio­mé­di­cal qui va devoir dépla­cer l’ensemble des équi­pe­ments ou bien pro­fi­ter de cet élan pour faire de gros inves­tis­se­ments. Ce stage m’a donc per­mis d’appréhender la fonc­tion d’ingénieur bio­mé­di­cal à tra­vers deux pro­jets stra­té­giques majeurs pour l’établissement.

    Le pre­mier axe de la mis­sion s’est por­té sur le démé­na­ge­ment des acti­vi­tés d’imagerie inter­ven­tion­nelle, une opé­ra­tion com­plexe néces­si­tant un état des lieux exhaus­tif de l’existant en termes de maté­riel ou d’activité médi­cale, ceci afin de pla­ni­fier les dif­fé­rents aspects en étroite col­la­bo­ra­tion avec les ser­vices médi­co-tech­niques de ce déménagement.

    Le second volet de ce stage a concer­né l’analyse finan­cière com­pa­ra­tive des devis et des pro­jets tech­niques pour la créa­tion d’une nou­velle salle de lavage et de dés­in­fec­tion dédiée aux endo­scopes. Ce pro­jet au croi­se­ment de la qua­li­té des soins et de la maî­trise des coûts, a impli­qué une étude appro­fon­die des solu­tions pro­po­sées par dif­fé­rents four­nis­seurs, en lien avec les exi­gences régle­men­taires, les besoins spé­ci­fiques des uti­li­sa­teurs et une enve­loppe budgétaire.

    Ce rap­port pré­sente donc les dif­fé­rentes étapes de ces deux mis­sions, de l’analyse des besoins à la for­mu­la­tion de recom­man­da­tions orga­ni­sa­tion­nelles et éco­no­miques, illus­trant les com­pé­tences mobi­li­sées dans le cadre d’un stage d’ingénieur bio­mé­di­cal en milieu hospitalier.

    Abstract

    The Caen Uni­ver­si­ty Hos­pi­tal, where I did my inter­n­ship, has been enga­ged since 2016 in an ambi­tious pro­gram to construct new buil­dings and the­re­fore to relo­cate all of its acti­vi­ties. To achieve this, all depart­ments are invol­ved, but even more so the tech­ni­cal depart­ments and, of course, the bio­me­di­cal depart­ment, which will have to move all of the equip­ment or take advan­tage of this momen­tum to make major invest­ments. This inter­n­ship the­re­fore allo­wed me to unders­tand the role of a bio­me­di­cal engi­neer through two major stra­te­gic pro­jects for the institution.

    The first axis of the mis­sion focu­sed on the relo­ca­tion of inter­ven­tio­nal ima­ging acti­vi­ties, a com­plex ope­ra­tion requi­ring a com­pre­hen­sive inven­to­ry of the exis­ting situa­tion in terms of equip­ment or medi­cal acti­vi­ty, in order to plan the dif­ferent aspects of this move in close col­la­bo­ra­tion with the medi­cal-tech­ni­cal services.

    The second part of this inter­n­ship invol­ved the com­pa­ra­tive finan­cial ana­ly­sis of quotes and tech­ni­cal pro­jects for the crea­tion of a new ste­ri­li­za­tion room dedi­ca­ted to endo­scopes. This pro­ject, at the inter­sec­tion of qua­li­ty of care and cost control, invol­ved an in-depth stu­dy of the solu­tions pro­po­sed by dif­ferent sup­pliers, in line with regu­la­to­ry requi­re­ments, spe­ci­fic user needs, and a bud­get. This report the­re­fore pre­sents the dif­ferent stages of these two mis­sions, from the ana­ly­sis of needs to the for­mu­la­tion of orga­ni­za­tio­nal and eco­no­mic recom­men­da­tions, illus­tra­ting the skills mobi­li­zed within the fra­me­work of a bio­me­di­cal engi­nee­ring inter­n­ship in a hos­pi­tal environment.

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    Préparation du déménagement d’un plateau d’imagerie interventionnelle ainsi que la création d’une salle de stérilisation d’endoscopes

    Remerciements

    Je sou­hai­te­rais expri­mer ma pro­fonde recon­nais­sance à M. Pierre LACOMBE de m’avoir accueilli dans son ser­vice. Pour son enca­dre­ment, sa grande exper­tise dans le domaine bio­mé­di­cal et son approche très péda­gogue pour tou­jours répondre à mes innom­brables ques­tions. Sa bonne humeur com­mu­ni­ca­tive qui fait du ser­vice bio­mé­di­cal du CHU de Caen un endroit épa­nouis­sant pour toutes les per­sonnes que j’ai pu croi­ser.
    Je tiens éga­le­ment à remer­cier l’équipe des ingé­nieurs, Laurent SCHWOB, Elise COATANNOAN, Cata­li­na VIALLE et Fran­çois LECOUTOUR qui se sont tous mon­trés pré­ve­nant et dési­reux de me faire par­ta­ger leurs expé­riences en me conviant à leurs réunions de tra­vail dans les ser­vices ou avec les pres­ta­taires externes.
    Les tech­ni­ciens bio­mé­di­caux et les admi­nis­tra­tifs qui ont tous eu la gen­tillesse de ne pas me consi­dé­rer comme un simple sta­giaire de pas­sage.
    Mme Cécile LEGALLAIS de l’UTC pour son œil cri­tique et ses judi­cieux conseils.
    Bien sûr mon épouse, celle sans qui rien n’aurait été pos­sible. Mer­ci pour sa force, sa patience, son sou­tien, qui m’ont per­mis de par­tir serei­ne­ment pour reprendre des études.
    Et enfin mes enfants pour leur bonne humeur et leur grande capa­ci­té d'adaptation.

    Abréviations

    • CHU :  Centre Hos­pi­ta­lier Universitaire.
    • CCP :   Code de la Com­mande Publique.
    • CCTP : Cahier des Clauses Tech­niques Particulières
    • DM :    Dis­po­si­tifs Médicaux.
    • FEH :   Femme-Enfant-Héma­to­lo­gie.
    • GHT :   Grou­pe­ments Hos­pi­ta­liers de Territoire.
    • GMAO : Ges­tion de Main­te­nance Assis­té par Ordinateur
    • IBM :   Ingé­nieur Biomédical
    • K€ :      Mil­liers d’euros
    • LDE :     Laveur Dés­in­fec­teur d’Endoscope
    • M€ :     Mil­lions d’euros
    • ORL :    Oto-Rhi­no Laryngologie
    • RPA :    Rési­dence pour Per­sonnes Agées
    • TAVI :   Trans­ca­the­ter Aor­tic Valve Implantation
    • TBM : Tech­ni­cien Biomédical
    • USLD : Uni­té de Soins de Longue Durée.

    Introduction - Présentation de la structure et les missions du service biomédical

    His­to­ri­que­ment, le CHU de Caen était orga­ni­sé autour de deux sites prin­ci­paux pour l’administration et l’accueil des patients. Depuis 2022, il a été déci­dé de tout regrou­per en un seul site avec une com­plète réor­ga­ni­sa­tion et la construc­tion de nou­veaux bâti­ments pour rece­voir ces acti­vi­tés [1]. Une pre­mière phase de tra­vaux s’est ache­vée en 2024 où les acti­vi­tés admi­nis­tra­tives, de phar­ma­cie et de labo­ra­toire ont étés démé­na­gées. Mon arri­vée à l’hôpital en février 2025 coïn­ci­dait avec la fin des tra­vaux de gros œuvre pour les acti­vi­tés d’hospitalisation, de chi­rur­gie et de consul­ta­tions. Mon stage s’inscrivait donc dans cette démarche d’évolution de struc­tures hos­pi­ta­lières avec pour sujet prin­ci­pal de m’intéresser plus par­ti­cu­liè­re­ment aux salles d’imagerie inter­ven­tion­nelles telle que la ryth­mo­lo­gie ou la coro­na­ro­gra­phie, avec pour objec­tif d’appréhender l’ensemble des ques­tion­ne­ments pour l’installation de ces salles. Mais aus­si de m’intéresser à la créa­tion d’une nou­velle salle de sté­ri­li­sa­tion des endo­scopes, avec pour cela une ana­lyse des besoins de la part des pro­fes­sion­nels et l’étude des pro­po­si­tions des dif­fé­rentes socié­tés avec une ana­lyse finan­cière et technique.

    1. Le CHU de Caen

    Figure 1 : CHU de Caen (source www.chu-caen.fr)

    Le CHU de Caen [2], qui fait par­tie du Grou­pe­ment Hos­pi­ta­lier de Ter­ri­toire (GHT) « Nor­man­die centre » (cf. annexe 1), est un éta­blis­se­ment de soins de proxi­mi­té pour toute la popu­la­tion du bas­sin caen­nais esti­mé à 3 mil­lions d’habitants, com­pre­nant le pôle de recours et d’expertise pour l’ensemble de la Nor­man­die occi­den­tale. Il se com­pose de 5 bâti­ments dis­per­sés sur l’agglomération :

    • L’hôpital Côte de Nacre est une struc­ture mono­bloc d’une capa­ci­té de 1000 lits et regrou­pant une grande majo­ri­té des acti­vi­tés de soins et de diagnostics.
    • L’hôpital Femme-Enfant-Héma­to­lo­gie (FEH), ouvert en 2009, pos­sède plus de 300 lits. On y retrouve les ser­vices de pédia­trie, néo­na­to­lo­gie, gyné­co­lo­gie, héma­to­lo­gie ain­si que les urgences et chi­rur­gies pédiatriques.
    • L’hôpital Clé­men­ceau, qui est le site his­to­rique de l’hôpital de Caen, regroupe aujourd’hui 100 lits avec les acti­vi­tés de psy­chia­tries de l’enfant et de l’adolescent, la méde­cine géné­rale, les ser­vices d’addictologie.
    • La rési­dence pour per­sonnes âgées (RPA) pos­sède 260 lits et est consti­tuée d’une Uni­té de Soins de Longue Durée (USLD), en plus d’une mai­son de retraite.
    • Le centre Esqui­rol, implan­té sur le pla­teau Côte de Nacre, est spé­cia­li­sé dans la psy­chia­trie adulte.
    Comme tout CHU, ces missions s’articulent autour de trois axes que sont
    • Le soin : avec une soixan­taine de ser­vices médi­caux et médi­co-tech­nique pour répondre aux besoins de la popu­la­tion en cou­vrant l’ensemble des spé­cia­li­tés médi­cales, chi­rur­gi­cales, obs­té­tri­cales grâce notam­ment à un pla­teau tech­nique com­plet et de 1700 lits répar­tis sur les dif­fé­rents sites. Pour faire vivre cette struc­ture, près de 7500 per­sonnes sont employées ce qui en fait le prin­ci­pal employeur du cal­va­dos, et joue donc un rôle majeur dans l’économie et bien sur la san­té publique en Nor­man­die. Le bud­get annuel de fonc­tion­ne­ment pour l’année 2023 s’élevait à près de 720 M€ avec 220 M€ d’investissements répar­ti sur dif­fé­rentes activités.
    • La recherche : plus de 1000 études cli­niques actuel­le­ment en cours et 740 publi­ca­tions par an montre bien l’implication du CHU de Caen et de ses pra­ti­ciens pour être à la pointe des avan­cées médicales.
    • L’enseignement : près de 4000 étu­diants de méde­cine, phar­ma­cie, infir­miers, aides-soi­gnants… font par­tie du pay­sage du CHU ain­si qu’un centre de simu­la­tion en san­té uti­li­sant des man­ne­quins, des scé­na­rii de simu­la­tions ont dis­pen­sé près de 2000 heures de for­ma­tion pour l’ensemble des pro­fes­sion­nels déjà en poste.
    Figure 2 : Les chiffres clés du CHU de Caen (source : rapport d’activité 2024 - www.chu-caen.fr)

    2. Le service biomédical

    Le ser­vice bio­mé­di­cal (SBM) est un ser­vice tech­nique de sup­port qui est en charge de la ges­tion de l’ensemble du parc de dis­po­si­tifs médi­caux avec des acti­vi­tés allant de l’achat [3] jusqu’à la réforme en pas­sant par la main­te­nance [4]. Ces dis­po­si­tifs, gérés par le SBM, couvrent un large panel d’activités allant d’une simple prise de tem­pé­ra­ture par un ther­mo­mètre tym­pa­nique jusqu’à un sys­tème d’imagerie par émis­sion de posi­tons dans un ser­vice de méde­cine nucléaire.

    Pour cela, le SBM est com­po­sé de 5 ingé­nieurs (IBM) et de 15 tech­ni­ciens (TBM) qui ont la charge de près de 22 000 dis­po­si­tifs ayant une moyenne d’âge de 8 ans, et qui repré­sentent une valeur de 100 M€ pour l’ensemble du parc.

    Les Ingé­nieurs bio­mé­di­caux ont plu­tôt la charge de l’achat des appa­reils et de la ges­tion des contrats de main­te­nance, pour satis­faire les besoins des pra­ti­ciens en res­pec­tant des contraintes bud­gé­taires deman­dées par l’institution, le tout en accord avec les lois du Code de Com­mande Publique (CCP) [5] [6].

    Les tech­ni­ciens bio­mé­di­caux sont res­pon­sables de la main­te­nance des appa­reils au plus près des ser­vices de soins, soit par leur savoir et leurs com­pé­tences propres, soit en sol­li­ci­tant des pres­ta­taires externes. En 2024, l’atelier du SBM a géré 7500 inter­ven­tions de main­te­nance pré­ven­tive (entre­tien annuel, chan­ge­ment de filtres etc.) pour main­te­nir le niveau d’efficacité du dis­po­si­tif, ou de main­te­nance cura­tive lorsqu’une panne inter­vient. Le bud­get de fonc­tion­ne­ment du dépar­te­ment bio­mé­di­cal est de 6 M€ d’investissement et de 5.5 M€ pour les frais de main­te­nance annuelle, ce qui en fait un des ser­vices les plus impor­tant au sein de l’administration hospitalière.

    Figure 3 Les missions du service biomédical (source service biomédical chu de Caen)

    3. La reconstruction

    Le CHU actuel a été inau­gu­ré en 1975 avec un début de pro­jet en 1961. Cet hôpi­tal qui était à la pointe de la moder­ni­té dans les années 70, s’est mon­tré inadap­té aux nou­veaux équi­pe­ments et aux nou­velles pra­tiques médi­cales depuis le début des années 2000. De plus les ins­tal­la­tions tech­niques deve­nant désuètes, les struc­tures de soins cou­teuses et une dis­per­sion géo­gra­phique des acti­vi­tés ont donc conduit à la déci­sion de construire un nou­vel hôpi­tal. Le pro­jet a été accep­té et a débu­té en 2016.

    Figure 4 Chiffres clés du projet de reconstruction (source intranet https://nouveau.chu-caen.fr)

    La construc­tion du nou­veau CHU de Caen Nor­man­die est une opé­ra­tion très impor­tante qui va moder­ni­ser signi­fi­ca­ti­ve­ment l’offre hos­pi­ta­lière publique de la Région Nor­man­die. Cela passe par la construc­tion de 6 bâti­ments où seront répar­ties les dif­fé­rentes acti­vi­tés du CHU.

    Figure 5 Le projet du futur CHU (source "CHU mag n°2" mai 2025)

    1. Bâti­ment biologie/Recherche (Ouvert en Juin 2023)

    • Ins­ti­tut ter­ri­to­rial de bio­lo­gie santé.
    • Direc­tion de la recherche cli­nique et de l’innovation.

    2. Bâti­ment Logistique/ Pharmacie/ Admi­nis­tra­tion (Ouvert en Mars 2023)

    • Direc­tions.
    • Phar­ma­cie.

    3. Bâti­ment Soins/Séjours (Ouver­ture pré­vue en 2027)

    • Hos­pi­ta­li­sa­tion conventionnelle.
    • Ensei­gne­ment.

    4. Bâti­ment Soins/Accueil (Ouver­ture pré­vue en 2027)

    • Hos­pi­ta­li­sa­tion ambulatoire.

    5. Bâti­ment Soins/Critiques (Ouver­ture pré­vue en 2027)

    • Pla­teau technique.
    • Urgences.

    6. Bâti­ment Odon­to­lo­gie. (Ouvert en octobre 2023)

    • Consul­ta­tions.
    • Inter­ven­tions.

    7. Ancienne tour du CHU

    8. Bâti­ment FEH (Femme Enfant Hématologie)

    9. Empla­ce­ment du futur bâti­ment de Can­cé­ro­lo­gie (pro­jet pour 2027)

    Partie I – Déménagement des activités d’imagerie interventionnelle

    1.1 Présentation du service et de son rôle

    L’imagerie inter­ven­tion­nelle [15] est un pan de l’activité médi­co-tech­nique assez peu connue du grand public mais qui a une très grande impor­tance pour la prise en charge des patients en uti­li­sant pour cela des abords vas­cu­laires. On pense bien sûr à l’angioplastie des coro­naires avec la pose de stent (sorte de petits res­sorts pour main­te­nir le dia­mètre des artères coro­naires suf­fi­sant et ain­si évi­ter l’infarctus du myo­carde), le chan­ge­ment d’une valve aor­tique (tech­nique du TAVI) ou encore l’ablation d’un ané­vrisme intracérébral.

    Ces actes hau­te­ment tech­niques ont besoin de sys­tèmes d’imagerie à rayons X per­for­mants pour per­mettre au pra­ti­cien de visua­li­ser son geste au sein des struc­tures ana­to­miques sans avoir besoin d’être trop invasif.

    L’imagerie inter­ven­tion­nelle était ini­tia­le­ment pra­ti­quée par les radio­logues qui avaient l’habitude d’utiliser des rayons X afin de loca­li­ser des struc­tures ana­to­miques à par­tir d’une image plane en deux dimen­sions. Cela per­met­tait à des radio­logues de se spé­cia­li­ser non plus à des fins diag­nos­tiques mais cette fois à but thé­ra­peu­tique. Par la suite, ce sont les car­dio­logues qui se sont spé­cia­li­sés pour la mani­pu­la­tion des appa­reils d’imagerie inter­ven­tion­nelles que sont les arceaux de bloc. Ils ont ain­si pu réa­li­ser leurs propres pro­cé­dures que ce soit pour des pro­blé­ma­tiques ana­to­miques (pose de stent, chan­ge­ment de valves …) ou bien fonc­tion­nelles (ryth­mo­lo­gie, pose de pace­ma­ker, défibrillateurs…).

    Figure 6 Système d'imagerie interventionnelle : Philips Azurion 7 (source www.philips.com)

    Au fil du temps, l’imagerie prend de plus en plus d’importance et d’autres spé­cia­li­tés l’utilisent assi­du­ment afin de dimi­nuer les gestes inva­sifs pour des ser­vices chi­rur­gi­caux comme la neu­ro­chi­rur­gie, le vas­cu­laire ou l’orthopédie.

    Ces salles sont actuel­le­ment dis­per­sées sur l’hôpital du fait de l’évolution des pra­tiques : au niveau 20 pour la car­dio­lo­gie, au niveau 1 dans les locaux de la radio­lo­gie conven­tion­nelle ou encore au niveau 0 près de la méde­cine nucléaire. Dans le pro­jet de nou­vel hôpi­tal, toutes ces salles vont donc être réim­plan­tées dans des espaces com­muns, ce qui va deman­der soit le démé­na­ge­ment des dis­po­si­tifs, soit l’achat de nou­veaux appa­reils. Ce pro­jet de nou­vel hôpi­tal va per­mettre une aug­men­ta­tion du nombre de salles et le rap­pro­che­ment de celles-ci ceci afin d’optimiser les flux de patients, de pro­fes­sion­nels et donc amé­lio­rer la prise en charge médi­cale et accroitre le nombre d’actes.

    Les ins­tal­la­tions d’imagerie inter­ven­tion­nelle du futur CHU de Caen seront com­po­sées de dix salles, cinq d’entre elles sont dédiées spé­cia­le­ment à la car­dio­lo­gie (coro­na­ro­gra­phie, urgence et ryth­mo­lo­gie) et les cinq autres sont par­ta­gées entre plu­sieurs spé­cia­li­tés (radio­lo­gie, vas­cu­laire, neu­ro­lo­gie …) en fonc­tion de l’attribution des plan­nings de vacation. 

    Figure 7 Plan d'implantation des futures salles interventionnelles (source auteur)

    En car­dio­lo­gie, l’organisation actuelle com­prends 2 salles de coro­na­ro­gra­phie pour gérer l’activité pro­gram­mée, une salle de ryth­mo­lo­gie et une salle mixte ser­vant à la ryth­mo­lo­gie et aux coro­na­ro­gra­phie réa­li­sées en urgence. A l’avenir deux salles seront dédiées aux coro­na­ro­gra­phies et seront tota­le­ment équi­pées à neuf. Une salle sera exclu­si­ve­ment réser­vée aux coro d’urgences avec du maté­riel démé­na­gés de l’ancien bâti­ment. Et enfin deux salles équi­pées à neuf pour l’activité de rythmologie.

     Deux salles mono­plan (géné­rant des images en 2dimensions ser­vi­ront aux acti­vi­tés vas­cu­laires, neu­ro­lo­giques et orthopédiques.

    Une salle biplan (avec deux arceaux de bloc posi­tion­nées à la per­pen­di­cu­laire pour géné­rer des images en 3D) qui ser­vi­ra pour des actes de neu­ro­lo­gie interventionnelle.

    Une salle de scan­ner inter­ven­tion­nel pour de la chirurgie.

    Et enfin une salle hybride tota­le­ment neuve com­bi­nant plu­sieurs moda­li­tés d’imagerie pour plu­sieurs spé­cia­li­tés médi­cales en fonc­tions des plannings.

    1.2 Contexte du déménagement

    Le CHU de Caen dans sa confi­gu­ra­tion actuelle date de 1975. Il est évident qu’après 50 ans l’architecture des bâti­ments, l’organisation des lieux, les flux de per­sonnes ou de maté­riels ont beau­coup évo­lué. Ce bâti­ment de 22 étages com­mu­né­ment appe­lé « la tour » par les per­son­nels ne répond plus à un grand nombre de pro­blé­ma­tiques ni de normes.

    Une tour mono­bloc pour la qua­si-tota­li­té des acti­vi­tés peut être très pra­tique pour aller d’un ser­vice à un autre car tout est très proche. Mais cela implique un très grand nombre d’ascenseurs pour les flux de logis­tique divers, de patients mais aus­si des nom­breux visi­teurs au cours de la journée.

    En termes de sécu­ri­té incen­die, assu­rer la pro­tec­tion de toutes les per­sonnes pré­sentes dans un seul bâti­ment relève du casse-tête pour réus­sir à res­pec­ter les dif­fé­rentes normes. Il est aus­si à noter que le CHU de Caen est consi­dé­ré comme le bâti­ment le plus amian­té d’Europe et que son exploi­ta­tion deve­nait ingérable.

    1.3 Organisation du projet

    Le pro­jet de créa­tion de nou­velles salles d’imageries inter­ven­tion­nelles doit s’insérer dans un pro­gramme plus vaste déjà bien avan­cé. Ain­si les plans, le gros œuvre et un grand nombre de struc­tures sont déjà en place comme par exemple les flux d’aération (annexe 2) [7], de chauf­fage, de câblage élec­trique, qu’il est impor­tant de les prendre en compte quand il faut pré­pa­rer des plans d’installations de machines qui seront fixées au sol ou au pla­fond (cf. Annexe 2 et 3) [8]. Puis ensuite de pou­voir pré­pa­rer de démé­na­ger en fonc­tion des implan­ta­tions struc­tu­relles, des maté­riels exis­tants et de l’activité médicale.

    La grande dif­fi­cul­té du pro­jet est de réus­sir à pas­ser d’un bâti­ment fonc­tion­nel avec une file active consé­quente de patients à un autre tout aus­si opé­ra­tion­nel en un mini­mum de temps. Cela implique une grande pré­pa­ra­tion en iden­ti­fiant les besoins

    • En maté­riel :
      • Qu’est-ce qu’on garde de l’existant (lis­ting exhaus­tif du parc) ?
      • Qu’est-ce qu’on achète (mar­ché, arbitrage) ?
    • Pour ce qui est neuf :
      • Ana­lyse des pro­po­si­tions des dif­fé­rents fournisseurs
      • Choix des appareils
      • Implan­ta­tion de ceux-ci (Cf. annexe 2)
      • Ins­tal­la­tion (Cf. annexe 3)
      • Confi­gu­ra­tion infor­ma­tique de toutes les machines connectées
    • Pour ce qui va être déménagé :
      • Iden­ti­fier ce qui doit être démonté/remonté
      • Quelle est la volu­mé­trie (dimen­sion­ne­ment de la logistique) ?
      • Y a-t-il des pré­cau­tions par­ti­cu­lières de transport ?
      • Quelle est la destination ?
      • Réins­tal­la­tion et calibration
      • Confi­gu­ra­tion infor­ma­tique de toutes les machines connectées

    L’ensemble de ces acti­vi­tés doit tou­jours être abor­dé avec le prisme du temps néces­saire pour réa­li­ser les actions et sur­tout l’échéance finale où tout devra être opérationnel.

    La pre­mière par­tie de mon stage s’est donc inté­res­sé aux salles inter­ven­tion­nelles et pré­pa­rer leur démé­na­ge­ment. La GMAO, qui est la base de don­nées de l’ensemble des dis­po­si­tifs médi­caux de l’hôpital, était le point d’entrée de mon acti­vi­té. Tout d’abord faire une extrac­tion de cette base pour tous les appa­reils qui se trouvent dans les dif­fé­rentes salles d’imagerie inter­ven­tion­nelle puis ensuite aller dans cha­cun des ser­vices et faire cette fois le recen­se­ment phy­sique des appa­reils pré­sent sur site, en notant les numé­ros d’inventaires et la loca­li­sa­tion pré­cise des dis­po­si­tifs. Cela per­met­tait donc d’identifier des inco­hé­rences entre ce qui était atten­du et la réalité.

    Arri­vé à ce stade, un pre­mier arbi­trage a été fait pour déci­der de ce qui sera refor­mé et donc rem­pla­cé par du neuf ou voué à se dépla­cer. Le deve­nir de chaque dis­po­si­tif devra être repor­té sur la GMAO. Pour cela, un code a été déci­dé par l’équipe du SBM qui sera écrit dans le champ « iden­ti­fi­ca­tion » de la base pour savoir rapidement :

    • Si le dis­po­si­tif est dépla­cé ou non
    • Son empla­ce­ment actuel
    • Sa des­ti­na­tion
    • Le cas échéant, qui le prend en charge
    • Si une pré­pa­ra­tion est nécessaire

    (Cf. Annexe 4 Eti­que­tage de la GMAO)

    Ces infor­ma­tions repor­tées dans la GMAO per­met­tront donc de faci­li­ter la pla­ni­fi­ca­tion des mou­ve­ments avec les démé­na­geurs et l’équipe du SBM. Mais aus­si dans le dérou­lé du pro­jet de faire des extrac­tions et géné­rer des lis­tings pré­cis sui­vant les besoins des per­sonnes à l’approche de la fin de la phase préparatoire.

    A ce stade, nous connais­sons pré­ci­sé­ment notre parc dans les salles et le deve­nir de chaque appa­reil est acté. La dif­fi­cul­té est donc main­te­nant de pré­voir la séquence des évè­ne­ments avec :

    • Ins­tal­la­tion de tout ce qui est neuf
    • Mise en place d’une acti­vi­té médi­cale dégra­dée (arrêt par­tiel ou dépla­ce­ment en par­tie de celle-ci)
    • Démé­na­ge­ment
    • Reprise d’une acti­vi­té médi­cale optimale.

    Eva­luer le temps que peut prendre chaque action néces­site de ques­tion­ner et d’échanger avec des pro­fes­sion­nels qui ont l’habitude de ce type de pro­jets. Plu­sieurs inter­ve­nants externes tra­vaillant pour des socié­tés d’imagerie médi­cal ont étés sol­li­ci­tés. Ces pro­fes­sion­nels étaient tous des chefs de pro­jets dans l’installation ou le dépla­ce­ment de salles d’imageries lourdes comme des scan­ners, des IRM ou dans notre cas de l’imagerie inter­ven­tion­nelle. Ces échanges m’ont per­mis d’appréhender et d’être atten­tif dans la pré­pa­ra­tion de ce type de pro­jet à des points clés comme par exemple pen­dant la phase préparatoire :

    • Une salle propre sans poussières.
    • Les câbles élec­triques pas­sés (sol/plafond) et opérationnels.
    • Si besoin ins­tal­la­tion au pla­fond des rails Hal­fen® sur les­quels seront fixés les machines.
    • Au sol, ins­tal­la­tion de(s) plaque(s) de base.

    Ensuite préparer la livraison

    • Réser­ver des espaces de par­king pour les camions.
    • Réser­ver un ascen­seur pour toute la durée de la procédure.
    • Iden­ti­fier le par­cours qui sera sui­vi au sein des bâti­ments afin de pré­pa­rer éven­tuel­le­ment des plaques au sol, des rampes.
    • Détour­ner les cir­cu­la­tions de per­sonnes étran­gères à l’activité.
    • Depose et remon­tage éven­tuelle d’un mur fusible.
    • Eva­luer le temps néces­saire pour la livrai­son (de quelques heures à 2 jours sui­vant les dispositifs).

    Installation et mise en service

    • 3 semaines sont néces­saires pour l’installation tech­nique pour une salle d’imagerie interventionnelle
    • Bio­net­toyage de la salle
    • Qua­li­fi­ca­tion des équipes
    • Véri­fi­ca­tions de la radioprotection
    • Contrôle qua­li­té interne et externe

    L’entrée du pre­mier patient dans la salle n’est donc pas envi­sa­geable avant 4 semaines.

    Or, pour des rai­sons bud­gé­taire, d’organisation et des main­te­nances futures, il a été déci­dé de ne tra­vailler qu’avec une seule socié­té pour l’achat et l’installation de toutes les salles. Leurs mises en place ne pour­ront donc pas se faire de façon tota­le­ment conco­mi­tante mais par­tiel­le­ment séquen­tielle. Cette tem­po­ra­li­té devra donc être pré­vue pour l’ensemble des huit salles du projet.

    Dans le cas des deux salles de ryth­mo­lo­gie, comme les ima­geurs seront neufs, je ne m’étais pas pen­ché sur le séquen­çage des actions avant l’arrivée des pre­miers patients. C’était sans comp­ter sur le fait que cer­tains dis­po­si­tifs médi­caux (DM) de la salle seront trans­fé­rés et non pas chan­gés à neuf. C’est le cas des baies de ryth­mo­lo­gie qui sont des racks rou­lants avec plu­sieurs appa­reils à l’intérieur ser­vant à l’ablation des fibril­la­tions atriales. Ce type de dis­po­si­tifs néces­site, après un dépla­ce­ment, d’être reca­li­brés ce qui ne peut être fait que par le fabri­cant et comme il y a trois baies dif­fé­rentes par salle, cela mul­ti­plie d’autant le temps avant d’avoir une salle pou­vant accueillir une acti­vi­té médicale.

    Voi­la encore un exemple dans la néces­si­té de prendre le temps de la pré­pa­ra­tion et de la dis­cus­sion avec un maxi­mum de per­sonnes qui feront émer­ger des pro­blé­ma­tiques. C’est là où l’organisation de réunions de brains­tor­ming avec l’équipe du SBM (ingé­nieurs et tech­ni­ciens), des ryth­mo­logues, des anes­thé­sistes et même des socié­tés externes se sont mon­trées très utiles.

    En paral­lèle de ces taches propres aux salles d’imagerie inter­ven­tion­nelles, le SBM s’est enga­gé dans l’indexation de la tota­li­té des Dis­po­si­tifs Médi­caux de l’hôpital dans la GMAO. Ce qui a eu pour effet de se ques­tion­ner sur une gamme res­treinte d’appareils qua­li­fiés d’atypiques de par leur volume et/ou poids impor­tant et/ou fra­gi­li­té. Par exemple un tapis de course spé­ci­fique très volu­mi­neux et lourd (Fig. 8) ou encore des enceintes blin­dées pour la mani­pu­la­tion de pro­duits radio­phar­ma­ceu­tiques en méde­cine nucléaire pesant plus de 3 tonnes (Fig. 9) ce qui néces­si­te­ra des machines et des per­son­nels spé­cia­le­ment for­més pour leur prise en charge.

    Figure 8 Tapis Pulsar 3P (source www.medicalexpo.fr)
    Figure 9 Enceinte blindée Radioprotech F750 (source https://radioprotech.com)

    A contra­rio, cer­tains DM comme par exemple des micro­scopes de bloc opé­ra­toire ne sont ni très volu­mi­neux ni lourd mais extrê­me­ment fra­giles. Et faire dépla­cer une socié­té spé­ciale pour leur prise en charge aurait un coût pro­hi­bi­tif. C’est pour­quoi ils seront démé­na­gés exclu­si­ve­ment par le SBM.

    1.4 Analyse critique

    Pré­pa­rer le démé­na­ge­ment d’une struc­ture telle qu’un hôpi­tal demande beau­coup de temps, de rigueur et de méthode. La pré­pa­ra­tion des séquences des évè­ne­ments est la clé de voute pour mener à bien son pro­jet. Le fait de sans cesse affi­ner l’approche des pro­blé­ma­tiques, per­met­tait de sou­le­ver de nou­velles ques­tions qui n’avaient pas été envi­sa­gées au début du pro­ces­sus. Mais grâce aux échanges avec toutes les per­sonnes impli­quées dans la démarche, des axes de tra­vail n’ont pas ces­sé d’abonder l’avancée du pro­jet ; il serait peu sérieux d’envisager un pro­jet d’une telle enver­gure seul.

    Le pro­blème selon moi est l’identification de la grande diver­si­té de ques­tions aux­quels il fau­dra répondre pour mener à bien cette entre­prise et plus encore le temps que chaque action va prendre au moment du dérou­lé des actions. S’adjoindre en plus les conseils avi­sés des pres­ta­taires externes tels que des démé­na­geurs expé­ri­men­tés ou les res­pon­sables d’installation de dis­po­si­tifs encom­brants est indispensable.

    L’organisation des taches à réa­li­ser sera ensuite repor­tée sur un dia­gramme de Gantt afin de faci­li­ter la pla­ni­fi­ca­tion et le dérou­lé des tâches.

    Partie II - Analyse financière de solutions de stérilisation des endoscopes

    2.1 Présentation du projet de salle de stérilisation

    La mise en place d’une salle de sté­ri­li­sa­tion des endo­scopes répond à la néces­si­té de garan­tir la pro­tec­tion des patients, la confor­mi­té aux normes régle­men­taires ([8] [9] [10]) en vigueur et donc de la qua­li­té des soins. Dans le cadre de la recons­truc­tion du nou­vel hôpi­tal, il est pré­vu de créer une nou­velle salle de sté­ri­li­sa­tion cher­chant donc à cen­tra­li­ser, ratio­na­li­ser et opti­mi­ser l’ensemble des pro­cé­dures de trai­te­ment de ces dis­po­si­tifs médi­caux réuti­li­sables [11] [12] [13]. Cela concerne prin­ci­pa­le­ment le net­toyage, la dés­in­fec­tion et le sto­ckage du maté­riel médi­cal. L’objectif est de dis­po­ser d’un espace conforme aux exi­gences nor­ma­tives mais aus­si ergo­no­mique, fonc­tion­nel et sécu­ri­sé pour les utilisateurs.

    La concep­tion de la salle de sté­ri­li­sa­tion a été pen­sée selon le prin­cipe de la marche en avant [14], dont le but est que les ins­tru­ments sales et les ins­tru­ments propres ne passent jamais aux mêmes endroits pour évi­ter des conta­mi­na­tions croi­sées. L’espace est donc sec­to­ri­sé en plu­sieurs zones distinctes :

    • Zone sale : récep­tion, tri et pré­la­vage des dis­po­si­tifs médi­caux usagés.
    • Zone de lavage/désinfection : avec laveurs-désinfecteurs,
    • Zone sté­rile : condi­tion­ne­ment, et sto­ckage du maté­riel prêt à l’emploi dans des armoires.

    Pour réa­li­ser ce pro­jet trois socié­tés ont étés sol­li­ci­tées pour nous faire des pro­po­si­tions et pré­sen­ter dans leur offre :

    • L’organisation de l’espace de travail
    • L’installation du mobi­lier spécifique
    • Des bacs de pré­la­vages (manuels)
    • Des laveurs-dés­in­fec­teurs (auto­ma­tiques)
    • Des armoires de sto­ckage des endo­scopes stériles

    Pour un parc de 80 endo­scopes néces­si­tant près de 11 000 lavages par an.

    Figure 10 Espace de la future salle de stérilisation des endoscopes à équiper. (source auteur)

    2.2 Présentation des offres analysées

    Amé­na­ger une salle de sté­ri­li­sa­tion pour les endo­scopes n’est pas quelque chose d’anodin : cela demande une haute tech­ni­ci­té si l’on veut garan­tir une dés­in­fec­tion effi­cace des dis­po­si­tifs et donc la sécu­ri­té des patients et des per­son­nels soi­gnants. Lors d’une pre­mière étude du mar­ché, seule­ment trois socié­tés (que nous appel­le­rons A, B et C dans un sou­cis de confi­den­tia­li­té) étaient réfé­ren­cées en cen­trales d’achat et pou­vaient répondre à nos attentes. Ces socié­tés sont toutes très bien implan­tées au niveau inter­na­tio­nal depuis de nom­breuses années et ont dans leur por­te­feuille d’activité et de maté­riel l’expérience et les moyens de répondre à nos besoins.

    Les trois offres trans­mises par ces socié­tés pré­sen­taient des pro­jets d’organisation de l’espace et de la marche en avant variés. Les dif­fé­rences sont liées à l’espace alloué (85 m²), les contraintes de dimen­sion­ne­ment des appa­reils ain­si que les contraintes tech­niques (rac­cor­de­ment élec­trique, eau, éva­cua­tions, aérations).

    Pro­jet d'implantation de la socié­té A.

    Figure 11 Vision 3D du projet d'implantation de la société A (source devis de la société A)

    Pro­jet d'implantation de la socié­té B

    Figure 12 Vision 3D du projet d'implantation de la société B (source devis de la société B)

    Pro­jet d'implantation de la socié­té C

    Figure 13 Plan du projet d'implantation de la société C (source devis de la société C)

    Pour les socié­tés A et B, les pro­jets se res­semblent beau­coup dans l’organisation et la cir­cu­la­tion des per­sonnes. Mais la notion de marche en avant pas par­fai­te­ment res­pec­tée. En effet la sor­tie de la zone de sto­ckage (propre) oblige à repas­ser (même pour quelques dizaines de cen­ti­mètres) dans la zone sale.

    Le pro­jet de la socié­té C quant à lui pro­pose des Laveurs Dés­in­fec­teurs d’Endoscopes (LDE) tra­ver­sant c’est à dire avec une porte de char­ge­ment coté sale et un déchar­ge­ment coté propre/stockage et offre ain­si une marche en avant conforme aux recom­man­da­tions des hygié­nistes. Mais en contre­par­tie, cela crée trois petites pièces moins « ouvertes »

    Exemple de trois laveurs dés­in­fec­teurs d'endoscopes

    Fig14 : Exemple de trois laveurs désinfecteurs d'endoscopes (source www.medicalexpo.fr)

    A ce stade, les trois pro­jets ont étés pré­sen­tés aux équipes soi­gnantes afin qu’elles puissent don­ner leurs avis et se pro­je­ter dans la nou­velle organisation.

    2.3 Méthodologie d’analyse

    L’analyse des pro­po­si­tions s’est faite en deux temps prin­ci­paux : d’abord l’expression des points de vue et les pré­fé­rences des uti­li­sa­teurs et ensuite l’analyse de l’ensemble des coûts par le SBM sur une durée de 7 ans.

    Afin de dis­cu­ter avec toutes les par­ties pre­nantes, il a fal­lu orga­ni­ser des réunions regrou­pant le cadre supé­rieur de tout le bloc opé­ra­toire, la cadre supé­rieure de la par­tie endo­sco­pie, les aides-soi­gnantes en charge de la dés­in­fec­tion, le phar­ma­cien hygié­niste, une per­sonne en charge des bâti­ments et des infra­struc­tures, le SBM (ingé­nieur et tech­ni­cien) et enfin des méde­cins. C’est un moment où tout le monde peut don­ner son avis sur l’ergonomie de la pièce, des espaces alloués etc. Ce petit groupe de tra­vail don­ne­ra son point de vue sur les dif­fé­rentes solu­tions pro­po­sées, les­quelles seront consi­gnées par le SBM.

    Ensuite, l’étude finan­cière gérée tota­le­ment par le SBM va s’intéresser au :

    • Coût d’achat et d’installation de la salle
    • Coût des contrats de maintenance
    • Coût des consom­mables (ce qui peut être très impor­tant car un cycle de lavage (sui­vant les moda­li­tés) vaut entre 2.53€ HT et 3.68€ HT)
    • Coût des tra­vaux et modi­fi­ca­tions au niveau du bâti­ment exis­tant si besoin.

    Pour que le SBM puisse faire l’analyse finan­cière des devis, en plus de l’achat des machines et du mobi­lier, il fal­lait ajou­ter le coût des contrats de main­te­nance et les consom­mables. Pour ce der­nier point, le SBM avait trans­mis au préa­lable les don­nées d’activité du ser­vice d’endoscopie. Ain­si la confi­gu­ra­tion choi­sie devait pou­voir gérer

    • 8086 lavages/an d’endoscopes souples
    • 3800 lavages/an d’endoscopes rigides (ORL)
    • 1 cycle d’autodésinfection/machine/jour

    Pour faire cette ana­lyse finan­cière, les trois devis ont étés repor­tés dans un fichier Excel avec des frais fixes (achat des machines, ins­tal­la­tion) puis des frais variables (consom­mables, main­te­nance). En créant dif­fé­rentes for­mules auto­ma­tiques, cela per­met­tait de faire varier des para­mètres sur l’activité pré­vi­sion­nelle du ser­vice avec des sce­na­rii opti­mistes ou pes­si­mistes et ain­si éva­luer les coûts de fonctionnement.

    Pour ana­ly­ser les pro­po­si­tions, il a été déci­dé arbi­trai­re­ment de regar­der l’ensemble des coûts des trois pro­po­si­tions sur 7 ans.

    • Ain­si, pour l’installation des laveurs, les tarifs allaient de 134 K€ à 168 K€ à l’avantage de la socié­té A
    • Pour les armoires de sto­ckage : de 136 K€ à 287 K€ à l’avantage de la socié­té C
    • Pour les paillasses et le mobi­lier : de 106 K€ à 165 K€ où la socié­té B est la mieux placée
    • Pour la main­te­nance : 147 K€ à 250 K€ sur 7 ans pour la socié­té C
    • Et les consom­mables de pro­duits dés­in­fec­tant et les­si­viels : de 252 K€ à 280 K€ pour 7 ans

    A l’issue de ces deux étapes que sont l’étude du pro­jet d’implantation et l’analyse finan­cière, l’IBM pour­ra prendre une déci­sion consen­suelle avec les uti­li­sa­teurs quant à la solu­tion rete­nue avec bien sûr une atten­tion par­ti­cu­lière pour l’aspect éco­no­mique du pro­jet car ce sont des bud­gets entre 900 K€ et 1.3 M€ sur 7 ans sui­vant les propositions.

    2.4 Analyse critique

    Le pro­gramme d’installation d’une salle de sté­ri­li­sa­tion offre la pos­si­bi­li­té à l’IBM d’avoir une vision très large de chef de pro­jet. Il doit être l’organisateur et l’animateur de réunions de tra­vail avec tous les pro­fes­sion­nels, d’échanges avec les four­nis­seurs, de négo­cia­tion avec eux pour fina­le­ment prendre une déci­sion et faire un choix qui aura un fort impact dans le temps auprès d’un grand nombre de personnes.

    L’analyse finan­cière per­met quant à elle de sou­le­ver beau­coup de ques­tions en croi­sant les don­nées, en dis­cu­tant avec les pres­ta­taires et ain­si réus­sir à « lire entre les lignes » d’un devis sur ce que l’entreprise veut mettre en avant ou au contraire « omettre ». Il n’est donc pas sur­pre­nant de reve­nir 3 ou 4 fois vers les socié­tés et deman­der des com­plé­ments d’informations tou­jours dans l’intention d’avoir une vision homo­gène entre les pro­po­si­tions, de pou­voir les com­pa­rer objec­ti­ve­ment et le cas échéant pour­voir défendre sa posi­tion devant la direc­tion ou en cas de litige avec les socié­tés après l’attribution du marché.

    Conclusions et perspectives

    Ce stage au sein du ser­vice bio­mé­di­cal du CHU de Caen a été une expé­rience par­ti­cu­liè­re­ment enri­chis­sante. Il m'a per­mis de par­ti­ci­per acti­ve­ment à plu­sieurs pro­jets, ren­for­çant ain­si mes com­pé­tences tech­niques et ma com­pré­hen­sion des enjeux liés à la ges­tion des dis­po­si­tifs médicaux.

    La mis­sion de pré­pa­ra­tion du démé­na­ge­ment m'a offert l'opportunité de m'immerger dans les ser­vices, d'inventorier et d'analyser les dis­po­si­tifs pré­sents. Au-delà de l'aspect logis­tique, cette tâche m'a confron­té à la com­plexi­té de la rédac­tion de pro­to­coles et de dia­grammes d'action, sou­li­gnant l'importance de la rigueur dans la pré­pa­ra­tion et la recherche d’exhaustivité des tâches qui seront à réaliser.

    Être une aide dans la déci­sion et l’arbitrage pour un pro­jet de salle de sté­ri­li­sa­tion, s’est mon­tré extrê­me­ment enri­chis­sant pour appré­hen­der l’aspect humain du métier et les échanges avec les par­ties pre­nantes qu’elles soient interne ou externe. L’analyse des offres m'a éga­le­ment offert une pers­pec­tive pré­cieuse sur la ges­tion bud­gé­taire et la com­pa­rai­son des solutions.

    Par ailleurs, j’ai eu en charge la rédac­tion de deux cahiers des clauses tech­niques par­ti­cu­lières (CCTP) pour l'acquisition d'enceintes de mar­quage de radio­phar­ma­ceu­tiques ou l'étude de fai­sa­bi­li­té pour l'achat d'un vidéo­der­mo­scope 3D corps entier dans le diag­nos­tic de méla­nomes, le pro­jet de remise à neuf du dépar­te­ment des explo­ra­tions fonc­tion­nelles res­pi­ra­toires qui ont ren­for­cé ma capa­ci­té à for­ma­li­ser des besoins tech­niques et à éva­luer la via­bi­li­té de pro­jets inno­vants. Le sui­vi, le main­tien opé­ra­tion­nel d’un parc de dis­po­si­tifs mais aus­si la ges­tion de pro­jets pour des pro­grammes ambi­tieux sont autant de fonc­tions dévo­lues à l’ingénieur bio­mé­di­cal. Cela requiert une grande capa­ci­té d’écoute, d’analyse et une adap­ta­bi­li­té constante, car chaque jour pré­sente de nou­veaux défis.


    Références bibliographiques

    [1] « CHU Caen basse Normandie Projet d’établissement 2022-2026 ». [En ligne consulté en mars 2025] Disponible sur https://www.chu-caen.fr/decouvrez-le-chu/

    [2] Youtube : « C’est Caen qu’on arrive, Hors-série 2 Le CHU de Caen » : https://www.youtube.com/watch?v=k4fzLXrUOiY

    [3] Procédure du CHU « politique de renouvellement des équipements biomédicaux » B-PR-001 V3 du 18/03/2019

    [4] SNITEM « dispositifs médicaux nouvelle règlementation » (dossier de presse mars 2020 mise à jour avril 2023) https://www.snitem.fr/wp-content/uploads/2022/11/Dossier-de-presse-Nouvelle-reglementation-MAJ-04-23.pdf

    [5] ANAP « achat public de solutions innovantes » [En ligne consulté en mars 2025]  https://anap.fr/s/article/achat-public-solutions-innovantes-guide

    [6] ANAP « Guide opérationnel de l’acheteur d’innovation en santé » [En ligne consulté en mars 2025] https://anap.fr/s/article/guide-acheteur-innovation-sante

    [7] NF S90-351 - Établissements de santé - Zones à environnement maîtrisé - Exigences relatives à la maîtrise de la contamination aéroportée

    [8] ISO 14644-5 :2004 - Salles propres et environnements maîtrisés apparentés.

    [9] ISO 14937 - Stérilisation des produits de santé - Exigences générales pour la caractérisation d'un agent stérilisant et pour la mise au point, la validation et la vérification de routine d'un processus de stérilisation pour dispositifs médicaux

    [10] ISO 15883-4 – Laveurs désinfecteurs

    [11] ANAP stérilisation : fiches pratiques [En ligne consulté en avril 2025] https://www.anap.fr/s/article/pharma-bio-ste-publication-2707
    [12] « Circuit de retraitement des endoscopes souples thermosensibles : bilan national des pratiques et propositions pour le CHU de Rouen » Léa MACHUELLE https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03212413v1

    [13] « Guide Technique Traitement des endoscopes souples thermosensibles à canaux » [En ligne consulté en avril 2025] https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/dgos_traitement_endoscopes.pdf

    [14] ANAP fiche « Définir et organiser les différents flux en stérilisation » [En ligne consulté en avril 2025] https://anap.fr/s/article/pharma-bio-ste-publication-2657

    [15] IRSN « La radiologie interventionnelle » [En ligne consulté en février 2025] https://www.irsn.fr/sites/default/files/documents/professionnels_sante/documentation/IRSN_Radiologie_Interventionnelle.pdf

    [16] ANAP « secteur interventionnel salles hybrides » [En ligne consulté en février 2025] https://anap.fr/s/article/bloc-operatoire-publication-2676

    [17] ANAP « Se doter d’outils d’aide à la décision pertinents pour son bloc » [En ligne consulté en avril 2025] https://anap.fr/s/article/bloc-operatoire-publication-1257

    [18] SF2S « Indicateurs et coûts de production en stérilisation » mai2017 V3 [En ligne consulté en avril 2025] https://www.sf2s-sterilisation.fr/infos/indicateurs-et-couts-en-sterilisation/

    [19] ANSM « guide de gestion des signalements de matériovigilance, réactovigilance et des avis de sécurité en établissements de santé » recommandation au 20/03/2025. [En ligne consulté en avril 2025] https://ansm.sante.fr/uploads/2025/03/21/20250321-signalements-mv-rv-guide-gestion-des-signalements-mrv-et-des-avis-de-securite-en-ets.pdf


    Annexes

    Annexe1 : GHT Normandie centre
    Annexe 2 : Faux plafond technique de l'ensemble des futures salles d'imageries interventionnelles
    Annexe 3 : Exemple d’Implantation d’une salle d’imagerie Philips
    Annexe 4 : Etiquetage GMAO
    Annexe 5 : Exemple de rails Halfen® utilisés en imagerie médicale (Source extrait de « salle radio - guide technique » société Halfen®)
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