• IDS295 – Intégrer le développement durable à la conception et l'exploitation d'un hôpital

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    Citation

    A rap­pe­ler pour tout usage : A. ABRBRI, J. BOURGEOIS, L. EDME, F. TAMRANI « Inté­grer le déve­lop­pe­ment durable à la concep­tion et l'exploitation d'un hôpi­tal », Uni­ver­si­té de Tech­no­lo­gie de Com­piègne (France), Mas­ter Ingé­nie­rie de la San­té, Mémoire de Pro­jet, jan­vier 2026, https://travaux.master.utc.fr/, réf n° IDS295, https://travaux.master.utc.fr/formations-master/ingenierie-de-la-sante/ids295/, https://doi.org/10.34746/ids295

    Résumé

    L’intégration du déve­lop­pe­ment durable dans la concep­tion et l’exploitation d’un hôpi­tal est un sujet qui prend de plus en plus d’importance crois­sante au fil des années, sous l’effet des contraintes envi­ron­ne­men­tales, éco­no­miques et régle­men­taires. Il existe de nom­breuses solu­tions per­met­tant de réduire l’impact envi­ron­ne­men­tal d’un tel éta­blis­se­ment, la dif­fi­cul­té réside dans leur mise en place concrète et dans les spé­ci­fi­ci­tés  de cha­cun de ces hôpi­taux.

    Ce pro­jet consiste à pré­sen­ter les solu­tions pos­sibles per­met­tant de réduire l’impact envi­ron­ne­men­tal d’un hôpi­tal tout au long de son cycle de vie. Ces solu­tions concernent les choix des maté­riaux et de leur recy­clage, les éco­no­mies des dif­fé­rentes res­sources et éner­gies néces­saires au bon fonc­tion­ne­ment de l’hôpital, les trans­ports de ces res­sources et l’isolation éner­gé­tique du bâti­ment. Sont éga­le­ment évo­quées les bonnes pra­tiques à mettre en place au sein des équipes ain­si que les points à prendre en compte pour pou­voir inté­grer ces pra­tiques au quo­ti­dien sans impac­ter néga­ti­ve­ment la qua­li­té de la prise en charge des patients. Ces élé­ments sont illus­trés par dif­fé­rents cas d’étude. 

    Enfin, afin de favo­ri­ser la com­mu­ni­ca­tion sur ces sujets, un outil de com­mu­ni­ca­tion a été réa­li­sé. Il se pré­sente sous la forme d’un dépliant qui résume les solu­tions prin­ci­pales pré­sen­tées dans ce mémoire. 

    Abstract

    The inte­gra­tion of sus­tai­nable deve­lop­ment into the desi­gn and ope­ra­tion of a hos­pi­tal is a topic that has become increa­sin­gly impor­tant over the years. There are many solu­tions for redu­cing the envi­ron­men­tal impact of such an esta­blish­ment, but the dif­fi­cul­ty lies in their prac­ti­cal imple­men­ta­tion and in the spe­ci­fic cha­rac­te­ris­tics of each hos­pi­tal. 

    This pro­ject is the repre­sen­ta­tion of pos­sible solu­tions for redu­cing the envi­ron­men­tal impact of a hos­pi­tal throu­ghout its life cycle. These solu­tions concern the choice of mate­rials and their recy­cling, savings in the various resources and ener­gy nee­ded for the hos­pi­tal to func­tion pro­per­ly, the trans­port of these resources and the ener­gy insu­la­tion of the buil­ding. Then are also dis­cus­sed the best prac­tices to be imple­men­ted within teams and points to consi­der in order to inte­grate these prac­tices into dai­ly life without nega­ti­ve­ly impac­ting the qua­li­ty of patient care. These ele­ments are illus­tra­ted by various case stu­dies. 

    Final­ly, in order to pro­mote com­mu­ni­ca­tion on these topics, a com­mu­ni­ca­tion tool has been deve­lo­ped. It takes the form of a lea­flet sum­ma­ri­sing the main solu­tions pre­sen­ted in this dis­ser­ta­tion of metho­do­lo­gi­cal intelligence. 

    Téléchargements

    IDS295 - Mémoire
    IDS295 - Mémoire

    Mémoire télé­char­geable sur l'intégration du déve­lop­pe­ment durable à la concep­tion et l'exploitation d'un hôpital

    IDS295-Poster
    IDS295-Pos­ter

    Pos­ter télé­char­geable sur l'intégration du déve­lop­pe­ment durable à la concep­tion et l'exploitation d'un hôpital

    IDS295 - Dépliant
    IDS295 - Dépliant

    Dépliant télé­char­geable de l'intégration du déve­lop­pe­ment durable à la concep­tion et l'exploitation d'un hôpital

    Mémoire Complet

    L'intégration du développement durable dans la conception et l'exploitation de l'hôpital

    Introduction

    Conce­voir et exploi­ter un hôpi­tal aujourd’hui implique de rele­ver de nom­breux défis : contraintes bud­gé­taires, tran­si­tion éco­lo­gique, attentes accrues des patients et évo­lu­tion constante des besoins de san­té. Le vieillis­se­ment de la popu­la­tion, la pro­gres­sion des mala­dies chro­niques et la com­plexi­té gran­dis­sante des par­cours de soins exigent des éta­blis­se­ments capables d’offrir une prise en charge opti­male, cepen­dant, cette qua­li­té peut avoir un fort impact envi­ron­ne­men­tal. Dans ce contexte, la dura­bi­li­té n’est plus une option, mais une néces­si­té struc­tu­relle.

    Les éta­blis­se­ments de san­té sont ain­si deve­nus des acteurs clés des poli­tiques de Res­pon­sa­bi­li­té Socié­tale et de Déve­lop­pe­ment Durable, ren­for­cées par des exi­gences régle­men­taires tou­jours plus strictes. Les ini­tia­tives natio­nales, telles que le pro­jet stra­té­gique 2020-2023 de l’Association Natio­nale pour la For­ma­tion per­ma­nente du per­son­nel Hos­pi­ta­lier (ANFH), encou­ragent une ges­tion res­pon­sable des res­sources : réduc­tion des déchets, amé­lio­ra­tion de la qua­li­té de l’air, maî­trise des consom­ma­tions éner­gé­tiques et dimi­nu­tion des émis­sions de gaz à effet de serre. Ces obli­ga­tions redé­fi­nissent dura­ble­ment la manière de conce­voir, construire et exploi­ter un hôpi­tal. Face à ces enjeux, une ques­tion cen­trale émerge : Com­ment inté­grer effi­ca­ce­ment le déve­lop­pe­ment durable dans la concep­tion et l’exploitation d’un hôpi­tal ?

    Pour répondre à cette pro­blé­ma­tique, nous nous inté­res­se­rons à l’intégration actuelle du déve­lop­pe­ment durable dans la concep­tion et l’exploitation d’un hôpi­tal. Notam­ment en explo­rant les solu­tions per­met­tant d’ancrer la dura­bi­li­té au cœur des éta­blis­se­ments : per­for­mance éner­gé­tique, ges­tion de l’eau, choix de maté­riaux res­pon­sables, cer­ti­fi­ca­tions envi­ron­ne­men­tales etc. Enfin, nous évo­que­rons les cas d’études ren­con­trés au cours de ce pro­jet, avant de se pro­je­ter sur l’avenir de la concep­tion hos­pi­ta­lière durable. 

    1. L’intégration actuelle du développement durable à la conception hospitalière

    1.1. Cadre technique et réglementaire d'un projet de conception hospitalière

    Un pro­jet de concep­tion hos­pi­ta­lière est un pro­jet de grande enver­gure dans lequel de nom­breux acteurs vont inter­ve­nir. Durant chaque phase du pro­jet, ces acteurs doivent répondre aux contraintes régle­men­taires, tech­niques, bud­gé­taires et humaines, tout en gar­dant en prio­ri­té l’objectif cen­tral : un hôpi­tal sûr, fonc­tion­nel, durable et cen­tré sur le patient. 

    Le pro­jet va s’articuler selon quatre grandes logiques : 

    • Une logique fonc­tion­nelle qui cor­res­pond à l’organisation humaine et logis­tique, et de manière géné­rale tout ce qui impacte prin­ci­pa­le­ment les uti­li­sa­teurs et usagers.
    • Une logique urbaine archi­tec­tu­rale et tech­nique, qui cor­res­pond à tout ce qui a trait à l’implantation du bâti­ment dans son envi­ron­ne­ment et au pro­jet de construc­tion en lui-même.
    • Une logique régle­men­taire qui cor­res­pond aux régle­men­ta­tions spé­ci­fiques à chaque sec­teur d’activité et au pro­jet dans son ensemble.
    • Une logique éco­no­mique qui cor­res­pond à la maî­trise des coûts tout au long du processus.

    Dans le cas de notre sujet, une cin­quième logique sera ajou­tée, celle du déve­lop­pe­ment durable qui sera prise en compte durant toutes les étapes du pro­jet par l’ensemble des acteurs. Tout au long du pro­ces­sus, les dif­fé­rentes déci­sions prises et actions réa­li­sées doivent res­pec­ter des lois comme la loi ELAN (2018), la Loi de la Tran­si­tion Éner­gé­tique pour crois­sance verte (LTECV) (2015), ou d’autres types de régle­men­ta­tions et cer­ti­fi­ca­tions. Ces élé­ments seront défi­nis plus pré­ci­sé­ment dans une par­tie régle­men­taire dédiée [1, 2, 3, 4] .  

    Le pro­jet com­plet repré­sente un ensemble de pro­ces­sus com­plexes, il est pos­sible de regrou­per ces élé­ments en dif­fé­rentes phases majeures. Ci-des­sous une chro­no­lo­gie pos­sible des dif­fé­rents évè­ne­ments, à adap­ter à chaque pro­jet et éta­blis­se­ment différents.

    Phase 1 - Programmation générale du projet

    Cette pre­mière phase consti­tue le cadrage glo­bal du pro­jet c’est-à-dire la défi­ni­tion des rôles, des besoins et les mis­sions de l’hôpital. 

    Le pro­ces­sus débute par l’étude des besoins actuels et futurs de l’établissement, ain­si que des res­sources dis­po­nibles et mobi­li­sables. Ce der­nier per­met de déli­mi­ter pré­ci­sé­ment le pro­jet et d’en défi­nir des objec­tifs clairs. Com­mence ensuite une phase d’analyse des risques et des contraintes à prendre en compte dans la réa­li­sa­tion du pro­jet glo­bal. A titre d’exemple, ces contraintes peuvent être de natures régle­men­taires, finan­cières, topo­lo­giques, orga­ni­sa­tion­nelles ou logis­tiques. L’étude com­pa­ra­tive de ces der­nières, par rap­port aux objec­tifs et res­sources, per­met de défi­nir la fai­sa­bi­li­té glo­bale du pro­jet. Les prises de contacts débutent ensuite avec les dif­fé­rents futurs acteurs (internes et externes). Les appels d’offres avec ou sans concours (selon le coût total du pro­jet) sont lan­cés afin de sélec­tion­ner la maî­trise d'œuvre qui sera char­gée du pro­jet. Selon l’envergure du pro­jet et le bud­get qui est alloué à ce der­nier, cette phase de pré­pa­ra­tion peut s’étendre sur plu­sieurs années [1, 2, 3, 4] .  

    Phase 2 - Conception fonctionnelle et programmation détaillée

    Cette phase cor­res­pond à la défi­ni­tion détaillée des besoins fonc­tion­nels, c'est-à-dire les besoins tech­niques (élec­tri­ci­té, fluides médi­caux, sys­tèmes infor­ma­tiques etc.). Chaque par­tie pre­nante va étu­dier les élé­ments dont elle est res­pon­sable afin de déter­mi­ner pré­ci­sé­ment les besoins et contraintes pour l’élaboration du cahier des charges.

    L’organisation des dif­fé­rents ser­vices est alors pen­sée avec leur com­po­si­tion et leurs besoins maté­riels res­pec­tifs. Une atten­tion par­ti­cu­lière est por­tée à l’optimisation des flux (patients, per­son­nel, maté­riels, appro­vi­sion­ne­ments et déchets), afin de garan­tir effi­ca­ci­té, sécu­ri­té et confort. La prise en compte de ces points per­met l’élaboration du cahier des charges fonc­tion­nel, ser­vant de docu­ment de réfé­rence pour la suite du pro­jet  [1, 2, 3, 4] .  

    Phase 3 - Conception architecturale et technique

    Cette phase débute par la tra­duc­tion des besoins fonc­tion­nels préa­la­ble­ment éta­blis en solu­tions tech­niques pré­cises et donc à l’ébauche des pre­miers plans glo­baux. Ces plans sont retra­vaillés constam­ment de manière plu­ri­dis­ci­pli­naire notam­ment avec les archi­tectes, les ingé­nieurs internes et externes à l’établissement, les bureaux d’études. Les dif­fé­rents acteurs, cha­cun à leur niveau, per­mettent d’aboutir à des plans finaux com­plets. C’est à ce moment que com­mencent à inter­ve­nir les orga­nismes de contrôle et les auto­ri­tés de vali­da­tion des normes sani­taires par exemple. 

    Ces plans ne sont pas seule­ment tech­niques, ils doivent éga­le­ment prendre en compte l’ergonomie de tra­vail du per­son­nel de san­té, le confort des patients et des usa­gers de manière géné­rale (déco­ra­tion, sta­tion­ne­ment, faci­li­té de cir­cu­la­tion interne, réseau rou­tier, acces­si­bi­li­té)  [1, 2, 3, 4] .  

    Phase 4 - Construction, autorisations et mise en service

    Il s’agit de la phase de tra­vaux et de réa­li­sa­tion concrète du pro­jet. Il est alors néces­saire d’avoir une coor­di­na­tion par­faite entre les maîtres d'œuvres et toutes les entre­prises actrices (construc­tion, four­nis­seurs de dis­po­si­tifs médi­caux, experts tech­niques…) afin de res­pec­ter les plans et normes défi­nis lors des étapes précédentes.

    Le res­pect strict des plans et des normes préa­la­ble­ment éta­blis per­met de limi­ter le nombre d’imprévus, qui peuvent être nom­breux durant cette phase. La ges­tion de ces der­niers doit se faire tout en res­pec­tant le bud­get ini­tial alloué, le calen­drier et les contraintes tech­niques et envi­ron­ne­men­tales (nui­sances sonores, res­pect des règles de sécu­ri­té …). Une fois que tous les impré­vus sont pris en compte, que les plans et sys­tèmes ont été modi­fiés pour s’adapter aux nou­velles contraintes et que toutes les auto­ri­sa­tions ont été obte­nues, le bâti­ment peut être mis en ser­vice. En paral­lèle, le per­son­nel des­ti­né à tra­vailler dans le nou­veau bâti­ment est for­mé et infor­mé pour être apte à tra­vailler dans ces infra­struc­tures dès leur mise en service. 

    Après cha­cune des étapes de pro­gram­ma­tion, concep­tion et construc­tion, la socié­té de cer­ti­fi­ca­tion Cer­ti­véa (cer­ti­fi­ca­teur unique pour le réfé­ren­tiel HQE des bâti­ments non rési­den­tiels) réa­lise un audit. Seront alors véri­fiés et attes­tés la bonne mise en œuvre du sys­tème de mana­ge­ment de l’opération, la qua­li­té envi­ron­ne­men­tale du bâti­ment et des per­for­mances en matière de déve­lop­pe­ment durable. 

    À la fin de la phase 4, l’exploitation du bâti­ment doit se faire dans une optique d’amélioration conti­nue à tous les niveaux. Une sur­veillance sera alors mise en place sur l’efficacité des infra­struc­tures et orga­ni­sa­tions, la qua­li­té des soins, le confort des patients, et l’efficacité durable des sys­tèmes mis en place. L’objectif est de pro­po­ser des ser­vices de la meilleure qua­li­té pos­sible à court et long termes  [1, 2, 3, 4].

    La Figure 1 ci-des­sous résume les dif­fé­rentes phases de la concep­tion hospitalière.

    Figure 1 : Chronologie des principales étapes de la conception hospitalière (Source : Auteur.e.s)

    Le contexte régle­men­taire de la concep­tion hos­pi­ta­lière est très sin­gu­lier, et les recherches réa­li­sées seront axées sur le déve­lop­pe­ment durable. Sont notam­ment obli­ga­toires : les lois ELAN et LTECV, la Régle­men­ta­tion Envi­ron­ne­men­tale (RE2020). Les codes de la com­mande publique et de la construc­tion et de l’habitation sont éga­le­ment très utiles et faci­litent la réa­li­sa­tion des pro­jets de concep­tion hos­pi­ta­lière. D’un point de vue non obli­ga­toire, les normes inter­na­tio­nales ISO 14001 et ISO 14031 peuvent être appli­quées dans une démarche d’intégration des exi­gences environnementales. 

    La Figure 2 pré­sente un sché­ma réca­pi­tu­la­tif du contexte régle­men­taire de la concep­tion hos­pi­ta­lière incluant le déve­lop­pe­ment durable : 

    Figure 2 : Schéma récapitulatif du contexte réglementaire de la conception hospitalière incluant le développement durable (Source : Auteur.e.s)

    MOE = Mai­trise d'Oeuvre
    IPE = IPM + IPO avec IPE = Indi­ca­teur de la Per­for­mance Envi­ron­ne­men­tale ; IPM = Indi­ca­teur de Per­for­mance de Mana­ge­ment ; IPO = Indi­ca­teur de Per­for­mance Opérationnelle 

    1.2. L’essentiel du développement durable

    Il est ain­si d’enjeu public de mettre en place des dis­po­si­tions qui veillent à res­pec­ter les trois volets du déve­lop­pe­ment durable. D’un point de vue scien­ti­fique, le déve­lop­pe­ment durable peut être défi­ni comme l’ensemble de chan­ge­ments, pro­duc­tifs ou sociaux, dont le résul­tat a pour objec­tif l’amélioration des condi­tions d’existence d’une popu­la­tion don­née dans son ensemble [5]. Les dif­fé­rents acteurs de cette popu­la­tion seront défi­nis plus pré­ci­sé­ment dans une par­tie don­née. D’un point de vue poli­tique et éta­tique, l’ancienne Pre­mière Ministre nor­vé­gienne Gro Har­lem Brundt­land (1987) défi­nit le déve­lop­pe­ment durable comme étant un déve­lop­pe­ment qui répond aux besoins du pré­sent sans com­pro­mettre la capa­ci­té des géné­ra­tions futures à répondre aux leurs [6]. Concrè­te­ment, le déve­lop­pe­ment durable se divise en trois grands aspects :  éco­no­mique, envi­ron­ne­men­tal et social. Du point de vue éco­no­mique, il convient de tendre à déve­lop­per une crois­sance équi­li­brée qui ne repose ni sur la perte de res­sources ni sur l’endettement. Réduire ses consom­ma­tions de toutes sortes per­met de limi­ter les coûts d’une acti­vi­té en plus de limi­ter le gas­pillage.

    L’objectif est d’établir un modèle éco­no­mique capable de sou­te­nir les ambi­tions  d’innovation médi­cale et de pré­ser­ver la péren­ni­té des struc­tures hospitalières.

    Au niveau envi­ron­ne­men­tal, il s’agit de cher­cher à enca­drer les acti­vi­tés de sorte qu’elles pré­servent au mieux les éco­sys­tèmes. The Shift Pro­ject, asso­cia­tion fran­çaise spé­cia­li­sée en tran­si­tion éco­lo­gique et créée en 2010 a esti­mé les parts d’émission de dioxyde de car­bone du domaine de san­té. Il est impor­tant de rap­pe­ler que cette émis­sion est aujourd’hui l’indicateur majeur de l’impact cli­ma­tique d’une acti­vi­té. Notam­ment com­po­sée d’économistes et de cli­ma­to­logues, ces experts ont esti­mé que 55 %  des émis­sions glo­bales du domaine de la san­té concernent les médi­ca­ments et les dis­po­si­tifs médi­caux ; 20 % les trans­ports et dépla­ce­ments (livrai­sons de DM, de médi­ca­ments, de patients) ; 15 % pour les dépenses éner­gé­tiques de l’hôpital et des dépenses en chauf­fage et enfin, 10 % pour la pol­lu­tion due aux déchets et Déchets d’Activités de Soins à Risques Infec­tieux (DASRI) et pour les gaz médi­caux [7]. Ces don­nées sont d’autant plus impor­tantes à prendre en compte que la part de pol­lu­tion géné­rée par le domaine de la san­té repré­sente 8% des émis­sions totales de dioxyde de carbone.

    L'aspect social consiste à être atten­tif et à sur­veiller les impacts de notre acti­vi­té sur celles voi­sines. Il est néces­saire de garan­tir l’équité et l’égalité des droits de cha­cun afin de pou­voir mettre en place des sys­tèmes qui demeu­re­ront dans le temps.

    Le déve­lop­pe­ment durable étant désor­mais un concept clai­re­ment défi­ni, il convient de s’interroger sur la manière dont il s’intègre non seule­ment dans la concep­tion, mais aus­si dans l’exploitation des éta­blis­se­ments hos­pi­ta­liers. Aujourd’hui, conce­voir et exploi­ter un hôpi­tal consiste à recher­cher com­ment offrir aux patients et au per­son­nel de soins un envi­ron­ne­ment aus­si confor­table que pos­sible, sans com­pro­mettre la qua­li­té des soins pro­di­gués [8]

    1.3. Les acteurs essentiels au projet

    Notre pro­jet va por­ter sur la concep­tion et l’exploitation hos­pi­ta­lières et le déve­lop­pe­ment durable de manière géné­rale en pre­nant en compte les points de vue de nom­breux acteurs. Il est pos­sible de sub­di­vi­ser le pro­jet en quatre grandes caté­go­ries de par­ties pre­nantes.  Dans un pre­mier temps, les pro­fes­sion­nels de san­té qui tra­vaillent à l’hôpital semblent être la par­tie pre­nante la plus concer­née, avec un impact majeur de la concep­tion sur l’exécution quo­ti­dienne de leurs tâches. En effet, la concep­tion aura un impact sur l’organisation interne, et donc l’efficacité, la sécu­ri­té et, par consé­quent, la qua­li­té des soins. La par­tie pre­nante des patients est ain­si étroi­te­ment liée à celle des pro­fes­sion­nels de san­té. En effet, si les cir­cuits et flux de per­son­nels sont opti­mi­sés, avec une réduc­tion des temps de dépla­ce­ment, alors le temps dédié aux patients, à leur soin et au sui­vi de leur état glo­bal de san­té est majo­ré. De plus, assu­rer le confort ther­mique et acous­tique des espaces de l’hôpital a des consé­quences sur le quo­ti­dien du patient lors de son séjour à l’hôpital. Enfin, les ins­ti­tu­tions admi­nis­tra­tives et de direc­tion ont des rôles de pilo­tage, de pla­ni­fi­ca­tion et de poli­tique. Par­mi elles, l’Agence Régio­nale de San­té (ARS), qui a des fonc­tions de contrôle de la qua­li­té et d’orientation des dif­fé­rents finan­ce­ments. Cette der­nière fait sou­vent suite à la poli­tique natio­nale de san­té défi­nie par le Minis­tère de la San­té. Entre ces deux orga­ni­sa­tions, les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales inter­viennent d'un point de vue finan­cier, avec une par­ti­ci­pa­tion plus ou moins éle­vée au pro­jet de concep­tion. Ces admi­nis­tra­tions ont éga­le­ment un impact sur les concep­teurs et experts tech­niques sou­mis à des régle­men­ta­tions. Par­mi eux se trouvent les archi­tectes hos­pi­ta­liers, bureaux d’études, urba­nistes ain­si que tous les four­nis­seurs de matières pre­mières, d’énergie, et les fabri­cants de dis­po­si­tifs médi­caux. La Figure 3 ci-des­sous repré­sente une car­to­gra­phie des acteurs de la concep­tion hospitalière.

    Figure 3 : Cartographie des acteurs de la conception hospitalière (Source : Auteur.e.s)

    1.4. Enjeux de la conception et l'exploitation hospitalières

    L’Agence Natio­nale d'Appui à la Per­for­mance des éta­blis­se­ments de san­té et médi­co-sociaux (ANAP) per­met un appui ter­rain pour les éta­blis­se­ments de san­té. Sur les années 2022 et 2023, près de 400 d’entre eux ont fait appel à l’ANAP pour inté­grer le déve­lop­pe­ment durable dans leur orga­ni­sa­tion. Il en retourne que l’élaboration de la démarche RSE a été per­mise pour 83% d’entre eux [9]

    En concep­tion hos­pi­ta­lière, il est essen­tiel d’introduire la notion de déve­lop­pe­ment durable dès la réa­li­sa­tion des plans archi­tec­tu­raux de l’établissement en deve­nir. Nous pro­po­sons d’étudier les divers enjeux en dis­tin­guant ceux qui concernent la construc­tion de ceux de l’exploitation.

    1.4.1. Considérer le développement durable en phases de conception et de construction

    En débu­tant par les consi­dé­ra­tions lors de la concep­tion hos­pi­ta­lière, il convient de réflé­chir à une archi­tec­ture durable et de réa­li­ser un plan d’économie des ressources. 

    Dans un pre­mier temps, il s’agit de mieux pen­ser la modu­la­ri­té des bâti­ments, cela com­mence par un choix de maté­riaux per­ti­nent et sélec­tion­né selon des cri­tères éta­blis pour répondre aux besoins de la struc­ture. De plus, depuis plu­sieurs années, la sur­élé­va­tion des bâti­ments est à pré­voir dès la concep­tion. Cela per­met d’ajouter des étages à l’établissement, au lieu de construire un nou­veau bâti­ment à condi­tion d’avoir aupa­ra­vant sur­di­men­sion­né les fon­da­tions et la struc­ture. Au-delà des dalles por­teuses et des ancrages, il est néces­saire de pré­voir éga­le­ment des noyaux (esca­liers, ascen­seurs) et gaines tech­niques pro­lon­geables comme le chauf­fage, la ven­ti­la­tion et la climatisation. 

    Dans le domaine de la construc­tion, qu’il s’agisse d’établissements de san­té ou non, la sécu­ri­té est un cri­tère pri­mor­dial. Des simu­la­tions digi­tales Buil­ding Infor­ma­tion Mode­ling (BIM), sont donc réa­li­sées en amont. Le but est de visua­li­ser dif­fé­rentes modé­li­sa­tions du bâti­ment, et ain­si de sélec­tion­ner le scé­na­rio le plus favo­rable à tous points de vue, tant sécu­ri­taire, qu’esthétique et pra­tique. Le choix d’un mau­vais scé­na­rio pous­se­rait l’établissement à réa­li­ser de nou­veaux tra­vaux, avec des consé­quences bud­gé­taires et envi­ron­ne­men­tales importantes. 

    Mal­gré les amé­lio­ra­tions et modi­fi­ca­tions qui sont réa­li­sées dans un cadre d’exploitation hos­pi­ta­lière durable, les cri­tères d’hygiène doivent être véri­fiés. Par­mi ces der­niers, la sépa­ra­tion des cir­cuits propres/sales pour le linge, les déchets, le maté­riel etc. Dans la même idée de limi­ter la conta­mi­na­tion croi­sée, il est indis­pen­sable de pré­voir les voies indé­pen­dantes de trans­port de maté­riel conta­mi­né (ascen­seurs dédiés, sas). En effet, les sur­faces consti­tuent un vec­teur impor­tant de conta­mi­na­tion croi­sée [10], c’est pour­quoi le cuivre, ayant des pro­prié­tés anti­mi­cro­biennes natu­relles, est un choix de cer­tains éta­blis­se­ments dans la lutte contre les mala­dies noso­co­miales [11]. Divers acteurs sont concer­nés par ces consi­dé­ra­tions tech­niques tels que les ingé­nieurs logis­tiques, les ingé­nieurs CVC, les hygié­nistes et les archi­tectes, sans oublier les four­nis­seurs de matières premières.

    Dans un second temps,  l’économie des res­sources est com­plexe et doit atteindre l’ensemble de l’établissement. Le choix d’implantation, c’est-à-dire l’espace de construc­tion de l’établissement doit être une déci­sion favo­rable à l’accessibilité faci­li­tée (trans­ports en com­mun, par­king vaste et acces­sible). Les tra­jets des sala­riés sont éga­le­ment pris en consi­dé­ra­tion. Le sec­teur médi­cal est très deman­deur d’emplois, avec des très nom­breux pro­fes­sion­nels de soin qui arrivent chaque jour sur site, le télé­tra­vail étant inadap­té à leur mode de tra­vail. S’il est impos­sible de pré­voir les temps de tra­jet domi­cile-tra­vail et tra­vail-domi­cile, il est évident qu’un hôpi­tal cen­tral dans la répar­ti­tion géo­gra­phique des envi­rons réduit for­te­ment les dif­fi­cul­tés d’accessibilité. A titre d’exemple, un hôpi­tal acces­sible en tram­way depuis une ville sera plus facile d’accès et éco­no­mi­se­ra plus de res­sources qu’un éta­blis­se­ment rural qui ne serait pas relié à une ligne de bus de la ville voi­sine. Il s’agit donc de prendre de la dis­tance avec la concep­tion en elle-même et de se ques­tion­ner sur l’impact des envi­rons sur l’établissement en question. 

    En termes de res­sources humaines, cer­taines dis­po­si­tions tendent à réduire les recru­te­ments de pro­fes­sion­nels de san­té, tels que l’intégration de robots logis­tiques auto­nomes (AMR). Ils per­mettent le dépla­ce­ment de maté­riel dans les cou­loirs. Le temps gagné sur les dépla­ce­ments des soi­gnants au sein même de l’hôpital repré­sente un gain de pro­duc­ti­vi­té cru­cial au niveau des soins. L’exemple du CHU de Nantes en témoigne [12], avec un retour d’expérience de T. Per­le­moine, Res­pon­sable des pro­jets logis­tiques de CHU. Leur uti­li­sa­tion des robots était ini­tia­le­ment réser­vée au Centre de Dés­in­fec­tion des Endo­scopes Souples (CETRES), avec plus de 40 mis­sions par jour, ce qui repré­sente plus de 1700 aller-retours par mois, soit 100 km/ mois. Cette dis­tance est cou­verte par les robots et per­met ain­si de concen­trer l’activité des soi­gnants sur les soins. Une ins­tal­la­tion des robots à l’échelle de tout l’établissement, avec des “mini-cou­loirs” ou pas­se­relles dédiées, asso­ciées à la pos­si­bi­li­té d’accès aux ser­vices de soin. L’Agence natio­nale d'appui à la per­for­mance des éta­blis­se­ments de san­té et médi­co-sociaux (ANAP) estime la réduc­tion des dis­tances par­cou­rues à pied par les soi­gnants de 15 à 25 % grâce à la mise en place des robots auto­ma­tiques [13]

    Enfin, la récu­pé­ra­tion et l’exploitation des res­sources natu­relles ; eau et cha­leur sont à ins­tau­rer. A titre d'exemple le CHU de Rouen Nor­man­die qui a réduit sa consom­ma­tion d’énergie de 25% depuis 2010, avec un objec­tif de 60% d’ici 2050 [14]. Dans un but de pré­ser­va­tion des res­sources, le chauf­fage des ser­vices de soins est pla­fon­né à 21°C entre fin mai et début octobre, et les bureaux à 19°C. De plus, cer­tains sites du CHU sont reliés au réseau de cha­leur bio­masse de la métro­pole de Rouen. Ce résul­tat est notam­ment obte­nu par les chan­ge­ments de fenêtres, et des efforts d’isolation des bâti­ments. La pré­ser­va­tion de l’eau est notam­ment per­mise par le biais de sup­pres­sion de l’eau chaude dans les sani­taires, ou encore la récu­pé­ra­tion d’eau de pluie pour les sys­tèmes d’arrosage. 

    La Figure 4 pré­sente un réca­pi­tu­la­tif des consi­dé­ra­tions à prendre en compte lors de la concep­tion hospitalière.

    Figure 4 : Schéma des enjeux de la conception hospitalière (Source : Auteur.e.s)

    1.4.2. Assurer une exploitation durable de la nouvelle construction hospitalière

    La concep­tion hos­pi­ta­lière durable va au-delà de l’étape de construc­tion en elle-même. La notion de dura­bi­li­té évoque impli­ci­te­ment de pour­suivre les amé­lio­ra­tions, de conti­nuer, bien après la construc­tion du bâti­ment. Les grandes démarches peuvent être scin­dées en deux : la digi­ta­li­sa­tion des don­nées, et le main­tien de la qua­li­té des soins. 

    Dans un pre­mier temps, ins­tau­rer la digi­ta­li­sa­tion de toutes les don­nées, ou presque. Numé­ri­ser les don­nées patients per­met de dimi­nuer l’utilisation de papier, tout en assu­rant la sécu­ri­té de ces don­nées, et leur péren­ni­té. La Haute Auto­ri­té de San­té (HAS) estime à 70% la réduc­tion pos­sible de la consom­ma­tion de papier suite à la trans­for­ma­tion en hôpi­tal numé­rique [15]. L’autorisation et la pra­tique des télé­con­sul­ta­tions avec les pro­fes­sion­nels de san­té, limi­tant les dépla­ce­ments et les besoins d’accueil au sein des bâti­ments de l’établissement. De plus, la télé­sur­veillance et le sui­vi per­ma­nent de l’état de san­té des patients grâce aux DM connec­tés per­met d’éviter les dépla­ce­ments non néces­saires de cer­tains patients, pour favo­ri­ser la venue de ceux chez qui une situa­tion anor­male a été détec­tée. Limi­ter l’exploitation des res­sources consiste donc non seule­ment à réduire l’utilisation des res­sources, mais aus­si à ques­tion­ner la néces­si­té de l’utilisation de ces der­nières. Tou­te­fois, il faut rap­pe­ler que la numé­ri­sa­tion des don­nées et la digi­ta­li­sa­tion des pra­tiques ont un impact envi­ron­ne­men­tal néga­tif. Ces pra­tiques sont ain­si à réflé­chir si elles ont un unique but de limi­ter la pol­lu­tion engendrée.

    Dans un second temps, éco­no­mi­ser les res­sources est indis­so­ciable du main­tien de la qua­li­té des soins. La réduc­tion de l’empreinte car­bone peut se décrire en 6 étapes [16] :

    1. Éva­lua­tion de son empreinte car­bone en iden­ti­fiant les sources.
    2. Ges­tion du numérique.
    3. Ges­tion de l’utilisation des ressources. 
    4. Ges­tion des déchets. 
    5. Trans­ports durables à favo­ri­ser : marche, vélo, trans­ports en commun.
    6. Achats res­pon­sables et reva­lo­ri­sa­tion des DM : col­la­bo­ra­tions avec four­nis­seurs, pro­duits res­pec­tueux de l'environnement. 

    Lorsque la ges­tion des déchets est évo­quée, il est impor­tant de consi­dé­rer les dif­fé­rents types : les Déchets d’Activités Éco­no­miques (DAE) concer­nant tout ce qui n’est pas direc­te­ment lié aux soins comme la ges­tion admi­nis­tra­tive, les ser­vices de res­tau­ra­tion etc. , les Déchets d’Activités de Soins (DAS) avec les déchets médi­caux, les DASRI, les équi­pe­ments et maté­riaux, les Déchets Assi­mi­lés aux Ordures Ména­gères (DAOM) pour les déchets de bureaux, embal­lages etc. La réduc­tion de l’empreinte car­bone peut pas­ser par la ges­tion des Déchets d’Activités de Soins à Risques Infec­tieux (DASRI) et le ren­for­ce­ment du tri sélec­tif. La Figure 5 ci-après pré­sente un réca­pi­tu­la­tif des consi­dé­ra­tions liées à l’exploitation de la concep­tion hospitalière. 

    Figure 5 : Schéma des enjeux de l'exploitation hospitalière (Source : Auteur.e.s)

    2. Les solutions de développement durable, un fil directeur de la conception hospitalière

    2.1. Intégrer la durabilité et l’obtention de certifications dans des projets de conception hospitalière d’envergure

    Les pro­jets de concep­tion hos­pi­ta­lière prennent en compte la notion de déve­lop­pe­ment durable dès les pre­mières démarches des pro­jets. L’analyse du cycle de vie du bâti­ment est bien sou­vent le moyen pour lequel optent les éta­blis­se­ments de san­té afin de s’assurer de main­te­nir une dura­bi­li­té sur l’intégralité de la vie du bâti­ment. Selon l’INIES (Infor­ma­tions sur les Impacts Envi­ron­ne­men­taux et Sani­taires),  le cycle de vie est la méthode d’évaluation envi­ron­ne­men­tale mul­ti étape et mul­ti­cri­tère per­met­tant de quan­ti­fier les impacts d’un pro­duit, d’un ser­vice, d’un pro­cé­dé ou d’un ouvrage sur l’ensemble de son cycle de vie [17].

    Pour bien com­prendre la dura­bi­li­té à l’échelle du bâti­ment, il est pos­sible de dis­tin­guer les 4 grandes étapes de la concep­tion : pro­duc­tion, construc­tion, uti­li­sa­tion et fin de vie. 

    Dans le cas d’une réno­va­tion, le cycle de vie peut être étu­dié de façon légè­re­ment dif­fé­rente. La Figure 6 pré­sente le prin­cipe d’économie d’énergie, d’eau et de chan­tier, ajou­tés à des équi­pe­ments et pro­duits choi­sis de façon à opti­mi­ser l’utilisation de ces res­sources après rénovation.

    Figure 6 : Analyse du cycle de vie d'un bâtiment avant et après rénovation (Source : INIES) [17]

    La Régle­men­ta­tion 2020 détaille l’analyse du cycle de vie en quatre phases : 

    • Phase de pro­duc­tion des maté­riaux : acqui­si­tion des matières pre­mières et trans­for­ma­tion en pro­duit manufacturé 
    • Phase de construc­tion du bâti­ment : construc­tion, ins­tal­la­tion des maté­riaux et équi­pe­ments et déploie­ment des dis­po­si­tifs choi­sis (façade, vitrage etc.)
    • Phase d’exploitation : uti­li­sa­tion, main­te­nance, en pre­nant éga­le­ment en compte la répa­ra­tion et le rem­pla­ce­ment des maté­riaux, la consom­ma­tion d’énergie et d’eau
    • Phase de fin de vie : trai­te­ment et éli­mi­na­tion des maté­riaux et équipements

    2.2. Phase de production

    En phase de pro­duc­tion, le choix de maté­riaux est cru­cial en termes de dura­bi­li­té du pro­jet. Selon leur rôle et leur empla­ce­ment (inté­rieur, exté­rieur, revê­te­ments…), les maté­riaux choi­sis devront répondre à des enjeux dif­fé­rents, dont six majeurs : hygiène, résis­tance, sécu­ri­té, confort, desi­gn et per­for­mance envi­ron­ne­men­tale. Par­mi les maté­riaux choi­sis, on choi­si­ra en prio­ri­té des maté­riaux bruts ou recyclés. 

    Au niveau des maté­riaux bruts, il s’agit de maté­riaux qui ne néces­sitent pas de trans­for­ma­tion en usine, et donc qui ne créent pas d’émission de gaz à effet de serre par exemple. Le bois en est un exemple. Tou­te­fois, les pro­cé­dures de net­toyage hos­pi­ta­lières sont inten­sives, avec l’utilisation de déter­gents dés­in­fec­tants qui néces­sitent une cer­taine résis­tance des maté­riaux sou­mis aux net­toyages fré­quents. Le bois ne sera donc pas ins­tal­lé au niveau des sols, pare­ments, meubles etc. Le net­toyage est une des rai­sons prin­ci­pales pour laquelle le PVC est le choix de sur­face le plus cou­rant à l’hôpital, et non le bois. De façon géné­rale, les maté­riaux poreux sont à pros­crire afin d’éviter l’ancrage de patho­gènes (bac­té­ries, virus etc.) et empê­cher un net­toyage efficace. 

    Pour ce qui est des maté­riaux recy­clés, le PVC est choi­si au niveau des revê­te­ments de sol, mais aus­si des gaines et pro­tec­tions. Il s’agit d’un des plas­tiques les plus pré­sents dans le milieu hos­pi­ta­lier et génère par consé­quent une quan­ti­té impor­tante de déchets. La majo­ri­té du maté­riel à usage unique est fabri­quée en PVC ain­si que les équi­pe­ments hos­pi­ta­liers à long terme (housses de pro­tec­tion de mate­las, man­ne­quins de démons­tra­tion…). Les experts éva­luent l’impact des pro­duits à usage unique sur l’empreinte car­bone de l’ensemble du sec­teur de la san­té à près de 25% en France. Ils estiment éga­le­ment que chaque tonne de déchets en PVC recy­clée per­met d’éviter l’émission de 3 tonnes de CO2 par rap­port à l’incinération [38]. Cepen­dant, la sépa­ra­tion du PVC vis à vis des autres plas­tiques est un pro­ces­sus labo­rieux et ce der­nier doit être éli­mi­né de façon sélec­tive et pré­cau­tion­neuse. Le recy­clage du PVC est alors un enjeu majeur de la mise en place d’une poli­tique de déve­lop­pe­ment durable au sein d’un ser­vice hospitalier. 

    Le bois peut se recy­cler / se réuti­li­ser mais son ins­tal­la­tion reste très res­treinte. Le béton recy­clé peut être choi­si pour les sous-couches, le dal­lage ou encore les struc­tures. Enfin, l’acier sera plu­tôt adap­té aux char­pentes et supports. 

    Pour les cas de démo­li­tion sui­vis d’une recons­truc­tion, il convient de se rap­pro­cher de socié­tés du bâti­ment qui pra­tiquent ce recy­clage. La déci­sion de recy­cler les maté­riaux de la zone détruite est obli­ga­toi­re­ment à réa­li­ser en amont de la démo­li­tion. En effet, les tech­niques de démo­li­tion sont dif­fé­rentes lorsqu’un recy­clage du maté­riau est pré­vu. C’est par exemple le cas de CEMEX France dans sa par­ti­ci­pa­tion à la construc­tion du CHU de Caen [18]. En juillet 2025, le chan­tier du CHU de Caen comp­tait un volume de 35 000 m3 de béton inté­grant des gra­nu­lats recy­clés livrés par CEMEX, pour un total de 60 000 m3 de béton. Par­mi ces bétons, 12 600 m3 sont des bétons à faible empreinte carbone. 

    Le béton dit “clas­sique” est consti­tué de ciment, gra­nu­lat, sable et de l’eau de gâchage [19]. Le béton dit “bas car­bone”, “à faible empreinte car­bone” ou encore “à empreinte car­bone réduite”, est consti­tué de la même manière, mais une par­tie du ciment clas­sique est rem­pla­cée par des maté­riaux plus durables [20]. A titre d’exemples, le ciment peut être en par­tie rem­pla­cé par des liants hydrau­liques, des géo­po­ly­mères (maté­riau inor­ga­nique, miné­ral), des lai­tiers de hauts-four­neaux (un déchet de la fabri­ca­tion d'acier) ou encore des cendres volantes issues des cen­trales ther­miques au charbon.

    Le béton est ain­si un maté­riau très inté­res­sant qui ne néces­site pas for­cé­ment d’être rem­pla­cé, mais la modi­fi­ca­tion de sa com­po­si­tion peut être une solu­tion plus durable. 

    Il existe éga­le­ment des pro­jets visant à aider les hôpi­taux à réa­li­ser un tri et une col­lecte effi­cace de leur PVC. On peut citer le pro­jet Vinyl­Plus Med met­tant en col­la­bo­ra­tion le ges­tion­naire de déchets Rene­wi, le recy­cleur Raff Plas­tics et le coor­di­na­teur Vinyl­Plus. Ce PVC est ensuite broyé en matière pre­mière et peut être recy­clé en équi­pe­ment hos­pi­ta­lier à long terme jusqu’à dix fois sans perdre en qua­li­té [38].

    2.3. Phase de construction

    La part de dura­bi­li­té de cette phase est prin­ci­pa­le­ment basée sur le trans­port, étant don­né que les choix des maté­riaux ont déjà été réa­li­sés. L’idée est de favo­ri­ser les filières courtes pour limi­ter les émis­sions de CO2 liées au trans­port, et ain­si la pol­lu­tion. Chaque trans­port de pro­duits est géné­ra­teur de coûts, il s’agit donc éga­le­ment de limi­ter les coûts impo­sés au pro­jet. Dans la valo­ri­sa­tion des res­sources locales, il y a un inté­rêt mutuel pour les entre­prises locales et pour les déci­sion­naires du pro­jet. En effet, la proxi­mi­té assure une ges­tion de la logis­tique moindre pour le four­nis­seur local, et des délais réduits pour les acteurs du pro­jet de construc­tion. De plus, les négo­cia­tions sont sou­vent plus avan­ta­geuses lorsque les acteurs ont l’opportunité de se ren­con­trer, et poten­tiel­le­ment d’assurer des par­te­na­riats multi-projets. 

    La phase de construc­tion intègre éga­le­ment des notions de dura­bi­li­té en termes éner­gé­tiques. En effet, les choix réa­li­sés vis-à-vis de l’isolation, la solu­tion de vitrage adop­tée, l’optimisation des sources natu­relles de lumière. Au sujet de l’isolation de façade, ISOVER, marque de la Socié­té Saint Gobain pro­pose une solu­tion d’isolation durable [22]. Leur solu­tion d’Isolation Ther­mique par l’Extérieur (ITE) est par­ti­cu­liè­re­ment choi­sie dans les cas de réno­va­tion de bâti­ments afin de pré­ser­ver les sur­faces habi­tables [23]. En termes de solu­tions de vitrages, les notions de réduc­tion de pertes de cha­leur et de réduc­tion des éclai­rages sont liées. En effet, plus il y a de sur­faces vitrées et plus l’intérieur du bâti­ment sera natu­rel­le­ment lumi­neux, limi­tant le besoin d’activation de lumière dans les zones direc­te­ment éclai­rées. Tou­te­fois, la sur­face impor­tante de vitrage néces­site de prendre en compte les poten­tielles pertes de cha­leur que cela peut engen­drer. Des solu­tions per­mettent aujourd’hui de conci­lier ces deux cri­tères. C’est le cas de Saint Gobain avec sa gamme COOL-LITE com­pa­tible avec la construc­tion hos­pi­ta­lière. Il s’agit d’une solu­tion de contrôle solaire avec une sélec­ti­vi­té per­met­tant de s'adapter aux sai­sons [24]. La Figure 7 pré­sente sché­ma­ti­que­ment le fonc­tion­ne­ment mul­ti-sai­sons du double vitrage : sélec­ti­vi­té néga­tive du froid en hiver et semi-posi­tive en été afin de per­mettre le pas­sage de la lumière mais pas le trans­fert trop impor­tant de cha­leur vers l’intérieur de l’établissement. 

    Figure 7 : Gamme de vitrage COOL-LITE de Saint Gobain et adaptabilité aux saisons (Source : Saint Gobain) [24]

    Afin de pro­duire une par­tie de l’électricité consom­mée, l’installation de pan­neaux solaires peut être inté­res­sante. En effet, cela peut se faire par le biais d’ombrières sur le par­king de l’établissement afin d’optimiser les sur­faces. Les pan­neaux solaires ins­tal­lés sur la par­tie supé­rieure des ombrières per­mettent la récu­pé­ra­tion d’électricité et ain­si l’éclairage du par­king. Le rem­pla­ce­ment des par­kings en sur­face par des par­kings sou­ter­rains seraient alors un frein à cette ins­tal­la­tion de pan­neaux solaires. 

    Les toits végé­ta­li­sés sont adop­tés dans un double inté­rêt de per­for­mance ther­mique et de récu­pé­ra­tion des eaux de pluie. Cette ins­tal­la­tion per­met notam­ment de répondre aux exi­gences de la RE2020 quant au confort d’été et à la dimi­nu­tion des varia­tions de tem­pé­ra­ture à cause de la hausse de la tem­pé­ra­ture exté­rieure. La socié­té Vege­tek pro­pose une solu­tion d’isolation ther­mique par le toit pour conser­ver la fraî­cheur l’été et la cha­leur l’hiver [25]. Un exemple de toit végé­ta­li­sé est pré­sen­té en Figure 8 avec l’exemple des Hôpi­taux de Genève (HUG). 

    Figure 8 : Toit végétalisé aux HUG (Source : HUG, 2025) [26]

    2.4. Phase d’utilisation

    La phase d’utilisation est cen­trale lorsqu’il y a volon­té d’améliorer la dura­bi­li­té d’un bâti­ment hos­pi­ta­lier. En effet, cela com­prend toutes les solu­tions réel­le­ment adop­tées, et qui per­mettent quo­ti­dien­ne­ment d’économiser les res­sources éner­gé­tiques et d’eau. 

    Économiser les ressources d’électricité

    Dans le but d’économiser l’électricité, cer­tains éta­blis­se­ments orga­nisent leur consom­ma­tion accrue la nuit. De cette manière, le coût réduit per­met aux Hos­pices Civiles de Lyon (HCL) de créer un gla­çon de 50m3. Celui-ci per­met le refroi­dis­se­ment de l’eau pen­dant la journée. 

    Le pas­sage à l’énergie 100% renou­ve­lable est aujourd’hui per­mis par les four­nis­seurs d’électricité, comme EDF. Il faut dif­fé­ren­cier l’éner­gie renou­ve­lable, qui se régé­nère, de l’éner­gie décar­bo­née, qui n’émet pas ou peu de CO2. Une éner­gie peut donc être renou­ve­lable mais non décar­bo­née : c’est le cas de la bio­masse (déchets agri­coles, fores­tiers, ali­men­taires etc.). De la même manière, une éner­gie peut être décar­bo­née sans être renou­ve­lable : c’est le cas du nucléaire. 

    Les pan­neaux solaires, pré­cé­dem­ment évo­qués, sont une solu­tion sou­vent adop­tée pour les petites sur­faces (comme un par­king). Tou­te­fois, pour com­pen­ser à grande échelle la consom­ma­tion de l’hôpital, ce n’est pas adap­té car le ren­de­ment est insuf­fi­sant. En effet, les Hôpi­taux Uni­ver­si­taires de Genève (HUG) ont mesu­ré que 4000m² de pan­neaux solaires ins­tal­lés repré­sentent moins de 1% de la consom­ma­tion d’électricité. 

    De plus, le pas­sage à de l’éclairage LED ain­si que la mise en place de cap­teurs de pré­sence per­mettent d’économiser de l’énergie. Les cap­teurs sont à pla­cer dans les zones les moins fré­quen­tées (de jour ou de nuit) et per­mettent de limi­ter consi­dé­ra­ble­ment les consom­ma­tions inutiles. 

    Réduire les pertes de chaleur et prévoir sa récupération 

    Il est pos­sible de récu­pé­rer la cha­leur géné­rée par les groupes froids en pla­çant à proxi­mi­té les conduits d’eau chaude. De cette manière, ils sont chauf­fés par déga­ge­ment de cha­leur des groupes froids sans besoin de géné­rer de la cha­leur. L’installation de rideaux d’air entre les ser­vices plu­tôt que des rideaux d’air chaud per­met de limi­ter for­te­ment l’énergie néces­saire à la mise en place de cette barrière.

    Au sujet des gaz uti­li­sés pour le chauf­fage, il y a sou­vent un mélange gaz natu­rel et de mazout (ou fioul). Le déve­lop­pe­ment du gaz renou­ve­lable est en cours, mais le dis­po­si­tif de chauf­fage de secours reste pour le moment au gaz et au fioul. L’uni­té de métha­ni­sa­tion et four­ni­ture de cha­leur pour l’hôpital de Mire­court en est un exemple [27]. Une exploi­ta­tion agri­cole com­pre­nant un éle­vage de vaches per­met la valo­ri­sa­tion des déchets en vue de pro­duc­tion d’électricité et de cha­leur. La pro­duc­tion de bio­gaz à par­tir des déchets orga­niques per­met de limi­ter les consom­ma­tions de gaz non-renou­ve­lables. Le méca­nisme de pro­duc­tion est décrit en Figure 9.

    Figure 9 : Méthanisation et production de gaz (Source : ADEME, 2023) [28]

    Economie des ressources en eau

    Face à la pres­sion crois­sante sur la res­source en eau et aux épi­sodes de séche­resse de plus en plus fré­quents, les éta­blis­se­ments de san­té doivent enga­ger une ges­tion plus sobre, sécu­ri­sée et durable de leurs usages. L’économie de l’eau repose ain­si sur trois leviers com­plé­men­taires : un pilo­tage pré­cis des consom­ma­tions pour détec­ter et maî­tri­ser les dérives, l’optimisation des usages et des équi­pe­ments afin de réduire les besoins, et enfin la réuti­li­sa­tion de cer­taines eaux lorsque le cadre régle­men­taire le permet.

    Pilo­tage et maî­trise des réseaux

    La pre­mière étape essen­tielle pour opti­mi­ser l’usage des res­sources consiste à mettre en place une ges­tion rigou­reuse fon­dée sur la mesure. Cela passe par l’installation d’un sys­tème de sui­vi per­met­tant d’identifier les postes les plus consom­ma­teurs et de repé­rer rapi­de­ment les dérives. Au Centre Hos­pi­ta­lier (CH) de Cadillac, par exemple, le déploie­ment de modules com­mu­ni­cants pour la télé­re­lève des comp­teurs a per­mis de détec­ter et de loca­li­ser avec pré­ci­sion plu­sieurs ano­ma­lies. Cette démarche a per­mis de révé­ler des fuites dont le total s’élevait à presque 40 m³ par jour et la détec­tion de ces fuites a per­mis à l’établissement d’économiser 68 000€ sur une année [29]. Dans le pro­lon­ge­ment de cette approche, l’établissement d’un état des lieux de réfé­rence néces­site une cam­pagne appro­fon­die de recherche de fuites, y com­pris sur les réseaux enter­rés. Le CHU de Poi­tiers a ain­si réa­li­sé une étude acous­tique et une ins­pec­tion com­plète de ses réseaux afin de sécu­ri­ser et ratio­na­li­ser son maillage. Les actions enga­gées ont per­mis d’éviter une consom­ma­tion cumu­lée de 490 000 m³ d’eau sur cinq ans [29, 30].

    Opti­mi­sa­tion des usages et des équipements

    L'optimisation des usages vise à réduire la consom­ma­tion aux postes les plus hydro­vores. Le rem­pla­ce­ment des équi­pe­ments sani­taires par des solu­tions hydro-éco­nomes consti­tue un levier impor­tant. Au CHRU de Nan­cy, des douches hydro-molé­cu­laires, qui pul­vé­risent de fines gout­te­lettes d’eau per­met­tant une toi­lette com­plète des patients ali­tés, ont per­mis de réduire la consom­ma­tion de 15 litres à seule­ment 400 à 500 mL par uti­li­sa­tion [29, 31]. L'économie d'eau s'étend à la ges­tion des espaces verts éga­le­ment, par le choix d'espèces résis­tantes à la séche­resse et l'utilisation de tech­niques comme le paillage ou l'arrosage au goutte-à-goutte, le CHI Tou­lon a ain­si réduit l'arrosage de 97% sur ses espaces en pleine terre [29]

    Réuti­li­sa­tion des eaux  

    La réuti­li­sa­tion des eaux usées ou de pluie est une solu­tion impor­tante pour éco­no­mi­ser les res­sources et s’inscrit dans l’idée de ne rien perdre dans le cycle de l’eau. Cer­taines blan­chis­se­ries récu­pèrent par exemple les eaux de rin­çage, les traitent, puis les réuti­lisent pour des étapes de lavage qui néces­sitent une qua­li­té d’eau moins éle­vée : c’est le cas du GCS San­ta­lys, un Grou­pe­ment de Coopé­ra­tion Sani­taire qui gère notam­ment la blan­chis­se­rie de plu­sieurs hôpi­taux du Var, qui a ain­si réduit sa consom­ma­tion d’eau de 45% [29]. La récu­pé­ra­tion des eaux plu­viales est éga­le­ment une pra­tique utile pour des usages non potables. Au CHU de Poi­tiers, une bâche de récu­pé­ra­tion per­met d’utiliser l’eau de pluie pour le net­toyage des sols exté­rieurs [29].

    La réuti­li­sa­tion des eaux de pluie dans les éta­blis­se­ments de san­té, consi­dé­rées comme des Eaux Impropres à la Consom­ma­tion Humaine (EICH), est enca­drée par le décret du 12 juillet 2024 afin de garan­tir la sécu­ri­té sani­taire [32]. L’article R1322-92 du Code de la san­té publique auto­rise leur usage pour des besoins non potables, comme le lavage du linge et des sols, l’évacuation des excré­ta, l’alimentation de fon­taines déco­ra­tives, le net­toyage exté­rieur ou l’arrosage des espaces verts [33].  La Figure 10 illustre ces usages autorisés.

    Figure 10 : Usages autorisés de l’eau de pluie (Source : SIMOP) [34]

    Enfin, le Plan Bleu intègre la ges­tion anti­ci­pée des situa­tions de pénu­rie. Les éta­blis­se­ments y sont clas­sés au niveau 2 de prio­ri­té en cas de crise et doivent consti­tuer des réserves d’eau potable en bou­teille cou­vrant au moins 72 heures, afin de garan­tir la conti­nui­té de leurs activités. 

    Tran­si­tion vers du maté­riel réutilisable

    Dans cer­tains éta­blis­se­ments, dans l’optique de réduire ses déchets et de faire des éco­no­mies d’énergie, les bou­teilles d’eau pour les patients ont été rem­pla­cées par des carafes. Cette déci­sion per­met effec­ti­ve­ment de réduire consi­dé­ra­ble­ment l’utilisation de plas­tique et la quan­ti­té de déchets, cepen­dant, l’augmentation du nombre de carafes à laver implique l’achat d’un nou­veau lave-vais­selle à cycles courts. Or, un tel appa­reil  coûte très cher, (cycles de 5 minutes au lieu de 40). Ce débit implique de grands coûts en eau et en pro­duits de vais­selle et de dés­in­fec­tion. L’étude préa­lable des consé­quences du chan­ge­ment des bou­teilles vers les carafes est donc néces­saire pour réel­le­ment visua­li­ser son impact envi­ron­ne­men­tal. Cette étude appro­fon­die est ain­si néces­saire pour toutes les tran­si­tions de maté­riel à usage unique, éli­mi­né après chaque uti­li­sa­tion, vers du maté­riel réuti­li­sable qui néces­site des opé­ra­tions de lavage, de dés­in­fec­tion et/ ou de maintenance.

    Pour toutes les éner­gies et res­sources citées dans cette par­tie, une éco­no­mie impor­tante peut être accom­plie sim­ple­ment en insis­tant auprès des uti­li­sa­teurs (per­son­nel médi­cal et para­mé­di­cal) sur l’importance de pen­ser à éteindre/ cou­per ce qui n’est pas uti­li­sé. Les oublis les plus cou­rants sont : la lumière en sor­tant d’une salle, l’eau du robi­net, les équi­pe­ments bureau­tiques ou élec­tro­mé­na­gers qui res­tent allu­més, le chauf­fage dans les salles vides, et les fenêtres ouvertes.

    2.5. Phase de fin de vie

    Les éta­blis­se­ments de soin réa­lisent une valo­ri­sa­tion des déchets grâce à la ges­tion des Déchets d’Activités de Soins à Risque Infec­tieux (DASRI) [35]. Sont consi­dé­rés comme DASRI les objets à risques comme les seringues, les objets cou­pants ou tran­chants, et tout élé­ment conta­mi­né par un liquide bio­lo­gique d’origine humaine poten­tiel­le­ment vec­teur de mala­dies comme le sang. Pour accom­pa­gner les hôpi­taux dans cette valo­ri­sa­tion des déchets, la col­la­bo­ra­tion entre SUEZ* et Mau­ser Bene­lux pro­pose de s’occuper de four­nir les conte­neurs aux hôpi­taux, de les récu­pé­rer, puis de les trans­por­ter vers une usine de valo­ri­sa­tion éner­gé­tique. Ces conte­neurs sont fabri­qués par Mau­ser Bene­lux et les deux entre­prises ont ain­si mis au point un conte­neur en plas­tique recy­clé dont l’empreinte éco­lo­gique est bien plus faible que celle d'un réci­pient tra­di­tion­nel. Cette asso­cia­tion a per­mis en août 2020, aux hôpi­taux de Bruxelles et de Flandre, d’utiliser des conte­neurs en plas­tique recy­clé pour col­lec­ter les déchets médi­caux à risque. L’utilisation de ces conte­neurs recy­clés se déve­loppe par­mi les éta­blis­se­ments clients de SUEZ* et l’objectif dans les pro­chaines années serait la réduc­tion des émis­sions de CO2 de près de 1000 tonnes par an [39]. L’implantation de ces conte­neurs de taille res­treinte (Figure 11) pour­rait se faire dans la majo­ri­té des ser­vices hos­pi­ta­liers pro­duc­teurs de déchets médi­caux à risque.

    Figure 11 : Conteneurs DASRI de taille restreinte (Source : Veolia, 2020) [36]

    Au niveau du PVC uti­li­sé dans les revê­te­ments, lorsque ce der­nier arrive en fin de vie, il existe une nou­velle fois des pro­grammes comme Res­tart qui, depuis main­te­nant 10 ans, per­mettent de récu­pé­rer et recy­cler gra­tui­te­ment les sols en fin de vie, dont les revê­te­ments col­lés. Il s’agit d’une exclu­si­vi­té en France pro­po­sée par Tar­kett et qui per­met de réduire consi­dé­ra­ble­ment l’empreinte car­bone des éta­blis­se­ments de san­té [40].
    Le choix de réno­ver un bâti­ment dans un but d’agrandissement de ce der­nier peut se conclure par la sur­élé­va­tion de ce bâti­ment. Cela est essen­tiel­le­ment condi­tion­né par la pré­vi­sion de modu­la­ri­té de ce der­nier dès sa concep­tion. En effet, les ancrages et fon­da­tions doivent être capables de sup­por­ter le poids du nou­vel étage. D’un point de vue tech­nique, l’ajout d’étage néces­site le poten­tiel dépla­ce­ment des groupes froids, Cen­trales de Trai­te­ment de l’Air (CTA), réser­voirs-sur­pres­seurs d’eau etc. Deux solu­tions glo­bales sont dis­po­nibles pour ce type de pro­jet : orga­ni­ser un étage tech­nique, ou bien sur­éle­ver le toit d’un niveau. Dans le pre­mier cas, tous les modules tech­niques pré­sents au niveau de l’ancien toit y res­tent, un nou­veau toit se construit au-des­sus. Cet espace sera nom­mé “étage tech­nique” et sera semi-fer­mé (avec un grillage par exemple pour évi­ter la concen­tra­tion de cha­leur émise par les modules tech­niques). La seconde solu­tion consiste à dépla­cer tous les modules d’un niveau supé­rieur, celui du nou­veau toit. Il s’agit d’un chan­tier qui demande beau­coup d’organisation notam­ment dû aux dépla­ce­ments de ces modules et aux éven­tuels arrêts de fonc­tion­ne­ment que cela peut engendrer.

    2.6. Organisation du service et pratiques compatibles avec le soin

    Pour opti­mi­ser ce qui est mis en place durant les quatre phases du cycle de vie de l’établissement, il est néces­saire de prendre en compte l’intégration des besoins cli­niques et cette inté­gra­tion se co-construit avec les équipes soi­gnantes. La mise en place d’une dyna­mique éco-res­pon­sable au sein d’un ser­vice demande l’implication active des équipes de san­té. Or, pour ces der­nières qui sont sou­vent très pres­sées par le temps, le res­pect rigou­reux de toutes les mesures pen­sées au niveau ins­tal­la­tion n’est pas une priorité. 

    On peut par exemple reve­nir sur l’exemple du pro­gramme Vinyl­Plus [38]. Lors des pre­mières années de mise en place de ce pro­gramme. L’implication des dif­fé­rents acteurs dans le tri sélec­tif des déchets en PVC était très amoin­drie dans les ser­vices comme les urgences et des ajus­te­ments au niveau orga­ni­sa­tion­nel ont été néces­saires, le col­la­bo­ra­teur res­pon­sable du recy­clage s’est occu­pé de la découpe des par­ties des masques qui n’étaient pas en PVC. Cette tâche incom­bait au préa­lable au per­son­nel infir­mier qui ne l’ont pas vrai­ment accepté. 

    Lors de la mise en place de ces pro­cé­dures, il faut faire atten­tion à main­te­nir le niveau de qua­li­té des soins pro­di­gués, inté­grer par exemple des semaines végé­ta­riennes ou dimi­nuer les por­tions de viandes de 20% per­met de réduire consi­dé­ra­ble­ment l’impact car­bone du ser­vice. Mais quelles sont les consé­quences de tels chan­ge­ments sur la qua­li­té des soins appor­tés aux patients ? En effet la mise en place de ces menus spé­ciaux peut ne pas cor­res­pondre à cer­tains patients hos­pi­ta­li­sés qui peuvent être affaiblis. 

    3. Cas d’études : intégration du développement durable aux projets actuels

    3.1. Conception du nouveau bâtiment de l’Institut Arnault à Tzanck : Institut du coeur Jean Louis Noisiez

    L’intégration pro­gres­sive du déve­lop­pe­ment durable dans un pro­jet hos­pi­ta­lier récent, est repré­sen­tée par la concep­tion du nou­veau bâti­ment de l’Institut du Cœur Jean-Louis Noi­siez. Ce pro­jet s’appuie lar­ge­ment sur une stra­té­gie éner­gé­tique bien struc­tu­rée et qui est sou­te­nue par l’engagement de l’institut à suivre une démarche de mana­ge­ment de l’énergie conforme à la norme ISO 50001. Cette pers­pec­tive a ser­vi la mise en place d’un sui­vi rigou­reux des consom­ma­tions et d’orienter les déci­sions tech­niques dès les pre­mières phases de la concep­tion de ce pro­jet.
    Ce cas d’étude illustre direc­te­ment les prin­cipes de maî­trise éner­gé­tique et de mana­ge­ment de l’énergie pré­sen­tés dans les sec­tions pré­cé­dentes.
    Les ren­sei­gne­ments obte­nus d’après les inter­views effec­tués, mettent en évi­dence que la sobrié­té éner­gé­tique avait une influence directe sur de nom­breuses déci­sions de concep­tion. En se basant sur leur per­for­mance éner­gé­tique et leur capa­ci­té à réduire les pertes ther­miques, le choix des sys­tèmes de ven­ti­la­tion, de chauf­fage et de pro­duc­tion de froid a été éta­bli. Afin d’assurer une effi­ca­ci­té opti­male des réseaux internes, les espaces tech­niques ont été orga­ni­sés. Le choix des dis­po­si­tifs médi­caux rete­nus s’est por­té sur des modèles éco­nomes en eau et en éner­gie, contri­buant ain­si à réduire l’impact envi­ron­ne­men­tal des acti­vi­tés de sté­ri­li­sa­tion et de main­te­nance. Cette logique s’intègre à une vision glo­bale où la per­for­mance éner­gé­tique du bâti­ment est ren­for­cée par celle des équi­pe­ments médi­caux qu’il accueille. Cette démarche com­plète les élé­ments du rap­port consa­crés à l’optimisation des res­sources en eau, en éner­gie et au choix de dis­po­si­tifs médi­caux éco­res­pon­sables.
    Les inter­views mettent éga­le­ment en évi­dence un tra­vail impor­tant sur l’organisation des flux internes, avec une réflexion appro­fon­die sur la dis­tri­bu­tion des réseaux (fluides médi­caux, élec­tri­ci­té, connec­tique, bras pla­fon­niers). Cette ratio­na­li­sa­tion vise à réduire les pertes éner­gé­tiques, à faci­li­ter la main­te­nance des équi­pe­ments et à amé­lio­rer l’ergonomie pour les pro­fes­sion­nels de san­té. Par ailleurs, l’intégration de dis­po­si­tifs auto­ma­ti­sés, tels que des robots logis­tiques pour le trans­port interne, contri­bue à opti­mi­ser les dépla­ce­ments, dimi­nuer les consom­ma­tions asso­ciées et allé­ger la charge de tra­vail du per­son­nel. Ce point illustre les enjeux d’optimisation des flux logis­tiques et tech­niques décrits dans le rap­port, notam­ment la réduc­tion des dis­tances et la ratio­na­li­sa­tion des réseaux.
    Enfin, des actions com­plé­men­taires ont été enga­gées pour ren­for­cer la dimen­sion durable du pro­jet, notam­ment l’amélioration du tri des déchets, la recherche de solu­tions de réem­ploi pour cer­tains dis­po­si­tifs et l’adaptation des pra­tiques internes aux exi­gences envi­ron­ne­men­tales actuelles. Bien que cer­taines ini­tia­tives soient limi­tées par le cadre régle­men­taire, les dis­cus­sions réa­li­sées lors des inter­views montrent une volon­té claire d’inscrire le nou­veau bâti­ment dans une dyna­mique de per­for­mance envi­ron­ne­men­tale conti­nue.
    Dans l’ensemble, ce cas d’étude illustre une approche de déve­lop­pe­ment durable cen­trée sur la maî­trise des consom­ma­tions, l’optimisation des flux et l’efficience tech­nique, dans laquelle les contraintes bio­mé­di­cales et les choix archi­tec­tu­raux convergent vers une concep­tion hos­pi­ta­lière plus sobre, plus fonc­tion­nelle et davan­tage orien­tée vers la durabilité.

    3.2. Hospices Civils de Lyon : Bâtiments « ponts » et réorganisation fonctionnelle 

    Les Hos­pices Civils de Lyon (HCL), deuxième plus grand centre hos­pi­ta­lier uni­ver­si­taire de France, ont enga­gé depuis plu­sieurs années une stra­té­gie pri­vi­lé­giant la réha­bi­li­ta­tion de leur patri­moine bâti plu­tôt que la construc­tion de nou­veaux édi­fices. Cette orien­ta­tion répond à la fois à des enjeux envi­ron­ne­men­taux et à la néces­si­té de valo­ri­ser des bâti­ments his­to­riques très denses, sou­vent contraints et par­fois clas­sés. Les équipes d’architecture ren­con­trées ont sou­li­gné que près de 90 % des opé­ra­tions actuelles concernent désor­mais des tra­vaux sur l’existant, car cette approche per­met de limi­ter l’empreinte car­bone tout en main­te­nant l’activité hos­pi­ta­lière sur des sites com­plexes. Cette orien­ta­tion illustre les prin­cipes de réno­va­tion durable et de limi­ta­tion de l’artificialisation des sols pré­sen­tés dans le rap­port.
    Dans ce contexte, l’un des pro­jets les plus repré­sen­ta­tifs est la créa­tion d’un bâti­ment « pont » sur le site de la Croix-Rousse, des­ti­né à rap­pro­cher phy­si­que­ment la mater­ni­té et la néo­na­ta­lo­gie, aupa­ra­vant ins­tal­lées dans des bâti­ments sépa­rés. Ce rap­pro­che­ment répond avant tout à un impé­ra­tif médi­cal, ren­for­cé par une évo­lu­tion régle­men­taire impo­sant une conti­nui­té fonc­tion­nelle entre ces deux sec­teurs cri­tiques. La construc­tion d’un ouvrage en sur­élé­va­tion, reliant direc­te­ment les uni­tés exis­tantes, per­met ain­si de faci­li­ter les dépla­ce­ments des équipes, d’améliorer la flui­di­té des par­cours patients et de réduire consi­dé­ra­ble­ment les délais d’intervention, essen­tiels dans des situa­tions d’urgence néo­na­tale. Ce pro­jet consti­tue un exemple concret de modu­la­ri­té, de conti­nui­té fonc­tion­nelle et d’optimisation des flux hos­pi­ta­liers.
    Le pro­jet s’inscrit éga­le­ment dans une démarche durable, les HCL ayant fait le choix d’éviter la construc­tion d’un bâti­ment neuf au pro­fit d’une reva­lo­ri­sa­tion de l’existant. La sur­élé­va­tion de deux niveaux et la créa­tion de pas­se­relles de liai­son ont per­mis de limi­ter l’artificialisation du sol et la consom­ma­tion de maté­riaux, tout en opti­mi­sant l’utilisation d’un patri­moine déjà pré­sent. Les archi­tectes décrivent cette approche comme une forme d’innovation contrainte, où la dura­bi­li­té se construit à par­tir de la capa­ci­té à adap­ter plu­tôt qu’à rem­pla­cer.
    Cette opé­ra­tion a tou­te­fois mis en évi­dence de nom­breuses contraintes inhé­rentes à la réha­bi­li­ta­tion hos­pi­ta­lière. Sur le plan tech­nique, l’ajout d’un étage sur un bâti­ment ancien a exi­gé une véri­fi­ca­tion struc­tu­relle appro­fon­die, ain­si qu’une inté­gra­tion com­plexe des réseaux tech­niques hos­pi­ta­liers, déjà très denses dans ces édi­fices. La réa­li­sa­tion du chan­tier en site occu­pé a éga­le­ment impo­sé un pha­sage pré­cis, afin de main­te­nir les acti­vi­tés sen­sibles de la mater­ni­té tout en assu­rant la sécu­ri­té des patients et du per­son­nel. Les contraintes d’hygiène ont par ailleurs limi­té le recours à des maté­riaux éco­lo­giques : le bois brut, les pein­tures bio­sour­cées ou cer­tains revê­te­ments recy­clés ne résistent pas aux déter­gents et pro­to­coles de dés­in­fec­tion hos­pi­ta­liers, ce qui les rend inadap­tés aux zones cri­tiques. Cer­taines exi­gences régle­men­taires ont éga­le­ment condi­tion­né les choix tech­niques, notam­ment l’impossibilité d’isoler par l’extérieur du fait de façades clas­sées ou la néces­si­té de res­pec­ter des règles strictes de sécu­ri­té incen­die. Ces contraintes reflètent les limites iden­ti­fiées dans le rap­port concer­nant l’usage des maté­riaux éco­lo­giques en milieu hos­pi­ta­lier.
    Mal­gré ces limites, les HCL ont réus­si à inté­grer de mul­tiples actions visant à réduire l’impact envi­ron­ne­men­tal du pro­jet. Les inter­ven­tions ont per­mis d’améliorer la per­for­mance ther­mique des bâti­ments grâce à la pose de menui­se­ries à double ou triple vitrage et à une iso­la­tion ren­for­cée. Le rac­cor­de­ment au réseau de chauf­fage urbain, ali­men­té par un mix bio­masse et déchets ména­gers, contri­bue éga­le­ment à la réduc­tion des émis­sions car­bo­nées. Les équipes tech­niques ont mis en place plu­sieurs sys­tèmes de récu­pé­ra­tion de cha­leur sur les réseaux d’eau chaude sani­taire, sur la ven­ti­la­tion et sur les groupes froids, opti­mi­sant ain­si la consom­ma­tion éner­gé­tique glo­bale. Une atten­tion par­ti­cu­lière a été por­tée à la ges­tion des déchets de chan­tier, avec un tri sélec­tif des maté­riaux démo­lis, l’envoi des plâtres et vitres vers des filières de recy­clage et, dans cer­tains cas, la col­la­bo­ra­tion avec des res­sour­ce­ries dans une logique de réem­ploi, même si cette démarche reste encore com­plexe à géné­ra­li­ser. Ces actions illus­trent les solu­tions de per­for­mance éner­gé­tique et d’économie cir­cu­laire.
    Enfin, cette opé­ra­tion s’inscrit dans une conti­nui­té d’actions menées en interne aux HCL pour réduire les déchets et amé­lio­rer la sobrié­té du fonc­tion­ne­ment hos­pi­ta­lier. Ce cas d’étude montre qu’une stra­té­gie de réha­bi­li­ta­tion peut consti­tuer une réponse durable et fonc­tion­nelle aux contraintes hos­pi­ta­lières contem­po­raines. Le tri des métaux en bloc opé­ra­toire, la valo­ri­sa­tion de cer­tains dis­po­si­tifs médi­caux comme les pace­ma­kers ou encore l’optimisation des consom­ma­tions éner­gé­tiques témoignent d’une approche glo­bale du déve­lop­pe­ment durable, qui dépasse le cadre strict des pro­jets de construc­tion. Le cas du bâti­ment « pont » illustre ain­si un modèle d’intégration pro­gres­sive et prag­ma­tique du déve­lop­pe­ment durable, mon­trant que la réno­va­tion peut consti­tuer une stra­té­gie viable et effi­cace, mal­gré des contraintes tech­niques fortes. Les HCL démontrent ain­si qu’il est pos­sible de conci­lier impé­ra­tifs médi­caux, res­pect des normes hos­pi­ta­lières et réduc­tion de l’impact envi­ron­ne­men­tal, en pri­vi­lé­giant l’adaptation de l’existant plu­tôt que la construc­tion neuve.

    3.3. Projet HUG : durabilité & reconstruction de l’Hôpital des Enfants

    Selon les entre­tiens menés, les Hôpi­taux Uni­ver­si­taires de Genève (HUG) envi­sagent la démo­li­tion et la recons­truc­tion de l’Hôpital des Enfants sur la période 2025–2035, avec l’objectif d’un réseau de chauf­fage entiè­re­ment renou­ve­lable. L’établissement compte envi­ron 13 000 col­la­bo­ra­teurs, mais seuls 1,8 ETP se consacrent aux mis­sions de dura­bi­li­té, limi­tant ain­si l’action opé­ra­tion­nelle de l’équipe, qui inter­vient sur­tout comme conseil et coor­di­na­tion stra­té­gique. Ce pro­jet illustre les enjeux de tran­si­tion éner­gé­tique à long terme.
    Le pro­jet s’inscrit dans une démarche par­ti­ci­pa­tive et struc­tu­rée : les HUG ont mobi­li­sé un large éven­tail de par­ties pre­nantes pour défi­nir leur stra­té­gie de dura­bi­li­té 2030, inté­grant des contri­bu­tions internes et externes pour orien­ter les actions prio­ri­taires [37]. Dans ce contexte, le choix des maté­riaux, la modu­la­ri­té des infra­struc­tures et l’organisation des flux internes ont été étu­diés pour réduire l’impact envi­ron­ne­men­tal et opti­mi­ser la per­for­mance éner­gé­tique..
    Par ailleurs, les HUG ont récem­ment obte­nu la Heal­th­care Sus­tai­na­bi­li­ty Cer­ti­fi­ca­tion, mar­quant un enga­ge­ment ins­ti­tu­tion­nel recon­nu et struc­tu­ré en dura­bi­li­té envi­ron­ne­men­tale, sociale et de gou­ver­nance [38]. Cette cer­ti­fi­ca­tion illustre la place crois­sante des démarches ins­ti­tu­tion­nelles et des labels envi­ron­ne­men­taux en milieu hos­pi­ta­lier.
    En conclu­sion, le pro­jet de recons­truc­tion illustre une forte volon­té d’intégrer la dura­bi­li­té dans la concep­tion hos­pi­ta­lière. Néan­moins, cette ambi­tion reste limi­tée par les res­sources humaines dis­po­nibles et les contraintes maté­rielles et tech­niques, mais elle s’inscrit dans une tra­jec­toire ins­ti­tu­tion­nelle ambi­tieuse et certifiée.

    3.4. CHU de Bordeaux : Labels, outils pratiques et amélioration continue 

    L’intégration du déve­lop­pe­ment durable au sein des éta­blis­se­ments hos­pi­ta­liers néces­site des démarches struc­tu­rées, com­bi­nant stra­té­gies ins­ti­tu­tion­nelles et actions concrètes sur le ter­rain. C’est dans ce but que l’ARS Nou­velle-Aqui­taine a déve­lop­pé l’initiative CAP Hôpi­tal Durable dont le CHU de Bor­deaux est un des acteurs majeurs. Cette ini­tia­tive vise à inté­grer la trans­for­ma­tion éco­lo­gique au cœur du fonc­tion­ne­ment hos­pi­ta­lier à par­tir de l’identification de leviers concrets dans les uni­tés de soins et de l’implication directe des équipes soi­gnantes. Le CHU de Bor­deaux a alors mis en place des "Uni­tés durables’, qui sont des ser­vices pilotes s’engageant dans des pra­tiques éco­res­pon­sables [39]. Cette ini­tia­tive illustre l’importance d’intégrer le déve­lop­pe­ment durable au niveau des uni­tés de soins.
    Les Uni­tés durables s’appuient sur un ensemble d’outils pra­tiques conçus pour accom­pa­gner les équipes dans la trans­for­ma­tion éco­lo­gique des soins. Elles dis­posent d’abord de fiches tech­niques, qui décrivent de manière opé­ra­tion­nelle les actions à mettre en place pour réduire les déchets, amé­lio­rer la ges­tion des consom­mables, limi­ter l’empreinte car­bone des acti­vi­tés de soins ou encore réduire les consom­ma­tions d’énergie et d’eau. S’ajoutent ensuite des fiches actions, éla­bo­rées à par­tir d’expériences réelles menées dans les uni­tés pilotes. Ces fiches pré­sentent des exemples concrets de pra­tiques déjà tes­tées, comme la dimi­nu­tion de l’usage des gants à usage unique, l’installation de toi­lettes éco-conçues ou l’éco pres­crip­tion des médi­ca­ments en com­pri­més plu­tôt qu’en intra­vei­neuse lorsque cela est pos­sible. Ces outils cor­res­pondent aux méthodes opé­ra­tion­nelles d’accompagnement au chan­ge­ment.
    Les ini­tia­tives enga­gées dans les Uni­tés durables sont éva­luées à l’aide d’indicateurs pré­cis, connus et déjà sui­vis dans l’établissement. Cette éva­lua­tion per­met de mesu­rer les effets réels des actions mises en place, tant sur le plan envi­ron­ne­men­tal que finan­cier, tout en valo­ri­sant le tra­vail des équipes et leur enga­ge­ment dans la démarche.
    Le modèle bor­de­lais a ins­pi­ré les Hôpi­taux Uni­ver­si­taires de Genève (HUG), qui ont adap­té ce der­nier à leur contexte pour lan­cer leur propre stra­té­gie de tran­si­tion éco­lo­gique dans les soins. En s’inspirant des Uni­tés durables, les HUG ont intro­duit un label interne “Éco-uni­té de soins”, qui for­ma­lise et recon­naît l’engagement des ser­vices dans des pra­tiques durables. Chaque uni­té le dési­rant suit alors un ensemble de fiches tech­niques et actions, adap­tées au contexte gene­vois, por­tant sur la réduc­tion des consom­mables, l’optimisation éner­gé­tique et l’intégration de pra­tiques de soins res­pec­tueuses de l’environnement. Des cap­sules e-lear­ning et des par­cours de for­ma­tion aident les équipes à s’impliquer davan­tage et à inté­grer ces mesures à leur quo­ti­dien. Ce modèle de label­li­sa­tion interne illustre les méca­nismes d’engagement ins­ti­tu­tion­nel et de struc­tu­ra­tion des pra­tiques envi­ron­ne­men­tales.
    Au-delà du label, les HUG ont déve­lop­pé des pro­jets pilotes per­met­tant de mesu­rer concrè­te­ment les impacts envi­ron­ne­men­taux des chan­ge­ments de pra­tiques, en matière de consom­ma­tion éner­gé­tique, de ges­tion des gaz anes­thé­siques ou de réduc­tion des déchets médi­caux par exemple. Ces retours ter­rain per­mettent de conti­nuer à adap­ter les pra­tiques de façon à s’inscrire dans un cycle d’amélioration conti­nue.
    Actuel­le­ment, d’autres éta­blis­se­ments comme l’Institut Arnault Tzanck (IAT) de Saint-Laurent du Var mettent en place des sys­tèmes simi­laires au sein de leurs ser­vices. Dans cet éta­blis­se­ment les fiches pra­tiques sont appe­lées Fiches d’amélioration envi­ron­ne­men­tale (FAE) et ont été rédi­gées de façon plu­ri­dis­ci­pli­naire et spé­ci­fique aux condi­tions de l’IAT. Cette démarche confirme la volon­té de l’établissement d’intégrer la poli­tique de déve­lop­pe­ment durable à tous les niveaux de son orga­ni­sa­tion. Ce cas com­plète la sec­tion du rap­port consa­crée à l’implication du per­son­nel et aux dyna­miques plu­ri­dis­ci­pli­naires en faveur d’une tran­si­tion durable.
    L’approche des CHU de Bor­deaux, de l’IAT et des HUG montre donc que l’intégration du déve­lop­pe­ment durable dans un hôpi­tal ne repose pas seule­ment sur la per­for­mance éner­gé­tique du bâti­ment, mais aus­si sur les efforts des équipes et la trans­for­ma­tion des pra­tiques au sein même des ser­vices hos­pi­ta­liers [39].

    4. Réalisation d’un outil informatif

    Au terme de ce pro­jet, nous avons déci­dé de réa­li­ser un dépliant à but infor­ma­tif qui est des­ti­né à être ins­tal­lé dans les halls des éta­blis­se­ments de san­té. Ce dépliant résume les étapes de la concep­tion hos­pi­ta­lière ain­si que les prin­ci­paux moyens d’économiser les dif­fé­rentes res­sources lors de la construc­tion et de l’exploitation de l’établissement. Comme évo­qué pré­cé­dem­ment, ce docu­ment est des­ti­né à être pro­po­sé dans les halls et salles d'attente des éta­blis­se­ments de san­té et vise à sen­si­bi­li­ser  tous les lec­teurs aux nou­velles obli­ga­tions d’intégration du déve­lop­pe­ment durable dans la concep­tion hos­pi­ta­lière. Dans ces lec­teurs nous retrou­ve­rons donc majo­ri­tai­re­ment les patients et usa­gers de l’hôpital, qui seront néo­phytes ou presque à tout ce qui touche à l’organisation du monde hos­pi­ta­lier ou à l’intégration du déve­lop­pe­ment durable dans ce der­nier.  Nous retrou­ve­rons ensuite les pro­fes­sion­nels, acteurs des pro­jets de san­té, qui sou­haitent se ren­sei­gner sur l’intégration du déve­lop­pe­ment durable dans les hôpi­taux.

    L’objectif de notre docu­ment est donc de pré­sen­ter, de façon simple et com­pré­hen­sible par le plus grand nombre, les grandes lignes de ces concepts afin de sen­si­bi­li­ser les lec­teurs sur la com­plexi­té orga­ni­sa­tion­nelle et struc­tu­relle des éta­blis­se­ments de san­té. 

    Plus concrè­te­ment, le dépliant que nous avons conçu com­porte 1 page A4 rec­to-ver­so, cha­cune décom­po­sée en 3 parties : 

    • La pre­mière page com­prend : le contexte et rap­pelle les enjeux de l’intégration du déve­lop­pe­ment durable dans la concep­tion hos­pi­ta­lière / l’explication suc­cincte des dif­fé­rentes étapes de la concep­tion hos­pi­ta­lière / une par­tie expli­quant les dif­fé­rents types de maté­riaux qui sont utilisés.
    • La seconde page com­prend : une par­tie avec les solu­tions d’économie d’eau / les éco­no­mies de cha­leur et d’électricité et quelques mots encou­ra­geants pour aider à la prise de conscience ain­si que quelques don­nées réglementaires.

    Conclusion

    Le déve­lop­pe­ment durable est un enjeu majeur pour les éta­blis­se­ments de san­té, nous avons vu qu’il est pos­sible d’intégrer ce der­nier à toutes les échelles orga­ni­sa­tion­nelles de l’établissement. Au niveau glo­bal de l’établissement, les actions portent sur­tout sur la maî­trise des réseaux, l’optimisation éner­gé­tique ou l’amélioration de l’isolation et se mettent en place durant tout le cycle de vie du bâti­ment. À l’échelle du ser­vice, les leviers relèvent davan­tage de l’organisation interne et de l’adaptation des pra­tiques pro­fes­sion­nelles. Ces mesures visent prin­ci­pa­le­ment à amé­lio­rer l’engagement du per­son­nel dans la démarche de valo­ri­sa­tion envi­ron­ne­men­tale.

    L’intégration du déve­lop­pe­ment durable dans les éta­blis­se­ments de san­té est donc un domaine en plein essor bien qu’il soit confron­té à cer­taines limites. Par­mi elles, on trouve des contraintes tech­niques comme le manque de per­for­mance des pan­neaux pho­to­vol­taïques actuels. Cette der­nière est insuf­fi­sante pour jus­ti­fier leur ins­tal­la­tion dans la majo­ri­té des cas. Ce n’est pas la seule tech­nique qui demande encore à être amé­lio­rée. La qua­li­té de nom­breux maté­riaux recy­clés est insuf­fi­sante pour résis­ter aux usages inten­sifs requis par le milieu hos­pi­ta­lier. 

    Ensuite, les éta­blis­se­ments de san­té clas­sés au patri­moine de France se retrouvent éga­le­ment très limi­tés dans leurs actions. Effec­tuer des tra­vaux sur des bâti­ments clas­sés requiert de nom­breuses auto­ri­sa­tions et le pro­ces­sus est hau­te­ment enca­dré. Cela implique notam­ment des délais plus longs, des choix tech­niques plus res­treints et un dia­logue per­ma­nent avec les ins­tances de pro­tec­tion du patri­moine.

    Enfin, la mise en place d’une poli­tique de déve­lop­pe­ment durable à l’échelle d’un bâti­ment néces­site de s’intéresser aux dis­po­si­tifs médi­caux qui y sont ins­tal­lés, que ce soit lors de leur achat ou pen­dant leur exploi­ta­tion. L'approfondissement de la dura­bi­li­té des équi­pe­ments hos­pi­ta­liers est un sujet qu’il aurait été inté­res­sant d’aborder mais il nous a été impos­sible de le faire au cours de ce pro­jet étu­diant. En quelques mots pour les DMs , dif­fé­rents élé­ments sont à prendre en compte pour inté­grer la dura­bi­li­té à la concep­tion hos­pi­ta­lière. Tout d’abord, l’analyse du cycle de vie du bâti­ment per­met de prendre en compte la pro­ve­nance des com­po­sants, leur durée de vie et les moda­li­tés de réforme. Ensuite, il est néces­saire de pré­voir le nombre de consom­mables et leur impact éner­gé­tique et envi­ron­ne­men­tal. Il en va de même pour les pièces déta­chées et les moda­li­tés de main­te­nance. 

    L’intégration du déve­lop­pe­ment durable dans la concep­tion hos­pi­ta­lière est essen­tielle à chaque échelle du pro­jet : du bâti­ment glo­bal jusqu’aux ser­vices de soin. 

    Références bibliographiques













































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