• IDS300 – Les innovations biomédicales au service de la prise en charge d'urgence de l'AVC

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    Citation

    A rap­pe­ler pour tout usage : M. IBLED, L. EDME, O. TONAGA, N. JOUVET, Y. GHOUAR, « Les inno­va­tions bio­mé­di­cales au ser­vice de la prise en charge d'urgence de l'AVC », Uni­ver­si­té de Tech­no­lo­gie de Com­piègne (France), Mas­ter Ingé­nie­rie de la San­té, Par­cours Tech­no­lo­gies Bio­mé­di­cales et Ter­ri­toires de San­té, Mémoire de Pro­jet, jan­vier 2026, https://travaux.master.utc.fr/, réf n° IDS300, https://travaux.master.utc.fr/formations-master/ingenierie-de-la-sante/ids300/, https://doi.org/10.34746/ids300

    Résumé

    L’Accident Vas­cu­laire Céré­bral (AVC) résulte d’une per­tur­ba­tion aiguë de la cir­cu­la­tion san­guine céré­brale, entraî­nant une sous-oxy­gé­na­tion des tis­sus et des défi­cits fonc­tion­nels de sévé­ri­té variable. En rai­son de sa forte pré­va­lence et d’une inci­dence crois­sante chez les moins de 65 ans, l’AVC consti­tue un enjeu majeur de san­té publique. La dimen­sion tem­po­relle est déter­mi­nante : une prise en charge rapide et coor­don­née amé­liore signi­fi­ca­ti­ve­ment le pro­nos­tic et limite les séquelles.

    Ce rap­port ana­lyse les pro­jets per­met­tant d’optimiser la prise en charge de l’AVC, en inté­grant les inno­va­tions bio­mé­di­cales et en ren­for­çant la coor­di­na­tion des soins. Il pré­sente d’abord la phy­sio­pa­tho­lo­gie de l’AVC, puis la chaîne actuelle de secours et les trai­te­ments dis­po­nibles selon les types d’AVC. Enfin, il déve­loppe les inno­va­tions bio­mé­di­cales uti­li­sables dans le diag­nos­tic, l’orientation et la ges­tion thé­ra­peu­tique des patients.

    Abstract

    Stroke results from an acute dis­rup­tion of cere­bral blood flow, lea­ding to tis­sue hypoxia and func­tio­nal impair­ments of varying seve­ri­ty. Due to its high pre­va­lence and a gro­wing inci­dence among those under 65, stroke is a major public health issue. Time is a cri­ti­cal fac­tor, as rapid and coor­di­na­ted care signi­fi­cant­ly improves out­comes and reduces long-term disability.

    This report exa­mines stra­te­gies to opti­mize stroke mana­ge­ment by inte­gra­ting bio­me­di­cal inno­va­tions and enhan­cing care coor­di­na­tion. It first reviews the patho­phy­sio­lo­gy of stroke, then details the cur­rent emer­gen­cy chain and treat­ment options accor­ding to stroke type. Final­ly, it deve­lops bio­me­di­cal inno­va­tions that can be used  in the diag­no­sis, patient triage, and the­ra­peu­tic interventions.

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    IDS300 - Mémoire
    IDS300 - Mémoire
    IDS300 - Poster
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    Liste des abréviations

    • AIT : Acci­dent Isché­mique Transitoire
    • ALD : Affec­tion de Longues Durées
    • APA : Acti­vi­té Phy­sique Adaptée
    • ARS : Agence Régio­nale de Santé
    • ASPHALT : Acute Stroke : pre­hos­pi­tal ver­sus in-hos­pi­tAL ini­tia­tion of reca­na­li­za­tion Therapy
    • AVC : Acci­dent Vas­cu­laire Cérébral
    • BOOSTER : Brain clOt per­sO­na­li­zed the­ra­peu­tic Stra­te­gies for sTroke Emergent Reperfusion
    • CHU : Centre Hos­pi­ta­lier Universitaire
    • DGOS : Direc­tion Géné­rale de l’Offre des Soins
    • DICOM : Digi­tal Ima­ging and Com­mu­ni­ca­tions in Medicine
    • DWI : Dif­fu­sion-Weigh­ted Imaging
    • ESO : Euro­pean Stroke Organisation
    • FLAIR : FLuid-Atte­nua­ted Inver­sion Recovery
    • GHU : Groupes Hospitalo-Universitaires
    • HAS : Haute Auto­ri­té de Santé
    • HDS : Héber­geur de Don­nées de Santé
    • INSERM : Ins­ti­tut Natio­nal de la San­té et de la Recherche Médicale
    • IRM : Ima­ge­rie à Réso­nance Magnétique
    • LDL : Low-den­si­ty lipoproteins
    • MDPH : Mai­son Dépar­te­men­tale des Per­sonnes Handicapées
    • OMS : Orga­ni­sa­tion Mon­diale de la Santé
    • PPS : Plan de Soins Personnalisé
    • PRME : Pro­gramme de Recherche Médico-Economique
    • RGPD : Règle­ment Géné­ral sur la Pro­tec­tion des Données
    • SAMU : Ser­vice d’Aide Médi­cale d’Urgence
    • SAU : Ser­vice d’Accueil des Urgences
    • SMUR : Ser­vice Mobile d’Urgence et de Réanimation
    • SFNR : Socié­té Fran­çaise de Neuroradiologie
    • TDM : Tomodensitométrie
    • TM : Throm­bec­to­mie Mécanique
    • UNV(M) : Uni­té Neu­ro­vas­cu­laire (Mobile)

    Introduction


    L’Accident Vas­cu­laire Céré­bral (AVC) cor­res­pond à une inter­rup­tion ou à une alté­ra­tion bru­tale de la cir­cu­la­tion san­guine céré­brale, pro­vo­quant une dimi­nu­tion de l’oxygénation d’une zone plus ou moins éten­due du cer­veau. Cette hypoxie entraîne fré­quem­ment des défi­cits fonc­tion­nels qui peuvent être moteurs, cog­ni­tifs, lan­ga­giers ou mné­siques (pro­blèmes de mémoire) et dont la réver­si­bi­li­té dépend étroi­te­ment de la durée et de l’étendue de la pri­va­tion en oxygène.

    Cette patho­lo­gie est un enjeu majeur de san­té publique en rai­son de sa forte pré­va­lence, et que son inci­dence chez les moins de 65 ans est en aug­men­ta­tion [1]. L’AVC repré­sente un tour­nant dans la vie d’un patient atteint, on parle sou­vent “d’après” AVC, en évo­quant une vie bien sou­vent modifiée. 

    En effet, l’AVC est la pre­mière cause de han­di­cap moteur non trau­ma­tique, et la 2ème cause de démence (après la mala­die d’Alzheimer) [2]. Sa prise en charge et l’étude des solu­tions exis­tantes est donc un sujet d’enjeu public. La notion de tem­po­ra­li­té est cen­trale dans la prise en charge de l’AVC, et ce, dès l’apparition des symp­tômes chez le patient. Plus le patient est inté­gré rapi­de­ment dans la chaîne de soins, plus les chances de récu­pé­ra­tion fonc­tion­nelle sont élevées.

    L’orientation du pro­jet consiste à répondre à la pro­blé­ma­tique suivante :

    Com­ment opti­mi­ser la prise en charge de la phase aiguë de l'AVC isché­mique, en inté­grant les inno­va­tions bio­mé­di­cales et en amé­lio­rant la coor­di­na­tion des soins pour limi­ter la mor­ta­li­té et les séquelles des patients ?

    Pour répondre à cette pro­blé­ma­tique, le pre­mier cha­pitre pré­sen­te­ra les bases phy­sio­pa­tho­lo­giques de l’AVC ain­si que la prise en charge actuelle, de la pré­ven­tion en pas­sant par le trai­te­ment et finis­sant par la réédu­ca­tion. Puis, le second cha­pitre abor­de­ra les inno­va­tions bio­mé­di­cales et orga­ni­sa­tion­nelles récentes, sus­cep­tibles de ren­for­cer la rapi­di­té, la pré­ci­sion et l’efficacité du par­cours de soins des patients vic­times d’un AVC.

    I. Comprendre l'AVC : de la physiopathologie à la prévention 

    1. Contexte et enjeux de la prise en charge de l’AVC


    La prise en charge de l’AVC a beau­coup évo­lué au cours des der­nières années. Bien que la patho­lo­gie soit ancienne, la struc­tu­ra­tion de la prise en charge a débu­té en 2003, avec un ren­for­ce­ment en 2009 via la créa­tion des filières ter­ri­to­riales de soins coor­don­nées ain­si que par la mise en place d’Unités Neu­ro-Vas­cu­laires (UNV) [3]. Les UNV, ayant pour but de réunir des équipes spé­cia­li­sées, ont été ren­for­cées par le Plan d’Actions Natio­nal AVC 2010-2014. 

    La Direc­tion Géné­rale de l’Offre des Soins (DGOS) expli­cite notam­ment le besoin de coor­di­na­tion des équipes d’intervention d’urgence sur site, mais éga­le­ment au cours de l’hospitalisation du patient concer­né, et ce, jusqu’à sa réédu­ca­tion [4].

    Depuis 2015, les UNV sont déployées à tra­vers la France, avec un recen­se­ment de 140 uni­tés en 2022 (dont 40 de recours et 100 de proxi­mi­té) [5]. L’organisation des soins s’est adap­tée avec la mise en place de centres d’accueil de neu­ro­ra­dio­lo­gie inter­ven­tion­nelle. La Socié­té Fran­çaise de Neu­ro­ra­dio­lo­gie (SFNR) fait état au 1er jan­vier 2021 de 42 centres d'accueil. Ils sont équi­pés d’une salle d’angiographie et sont auto­ri­sés par l’Agence Régio­nale de San­té (ARS) à réa­li­ser des actes de throm­bec­to­mie méca­nique (TM).

    La SFNR fait éga­le­ment état de 137 neu­ro­ra­dio­logues inter­ven­tion­nels titu­laires et 7189 TM réa­li­sées en 2020 [6].

    Le vieillis­se­ment de la popu­la­tion et l’augmentation des fac­teurs de risques expliquent la forte pré­va­lence de l’AVC. En 2019, on estime à 12,2 mil­lions le nombre de nou­veaux cas d’accident vas­cu­laire céré­bral dans le monde, avec 140 000 AVC annuels en France [2,7]. L’AVC est la pre­mière cause de han­di­cap chez l’adulte et la deuxième cause de mortalité. 

    Chez les femmes, l’AVC est la pre­mière cause de mor­ta­li­té [8]. L’enjeu est donc d’améliorer l’accès aux soins pour réduire le nombre de décès et de séquelles liés à cette pathologie.

    L’Accident Vas­cu­laire Céré­bral est une urgence médi­cale qui néces­site l’intervention d’équipes de secours for­mées à cet effet. En effet, on estime que chaque minute, près de 2 mil­lions de neu­rones meurent lors d’un AVC sévère, d’où l'expression “Time is Brain” [7]. 

    L’appel au 15, Ser­vice d’Aide Médi­cale d’Urgence (SAMU), ou au 112, Numé­ro d’urgence euro­péen est donc indis­pen­sable, car une prise en charge rapide per­met de réduire la mor­ta­li­té de 30% et de limi­ter les séquelles [9].

    Il est pos­sible de dis­tin­guer les enjeux selon les quatre acteurs prin­ci­paux : les patients, les éta­blis­se­ments de san­té, les auto­ri­tés sani­taires et les fabri­cants de dis­po­si­tifs médicaux.

    Pour les patients, une prise en charge rapide et adap­tée devrait per­mettre de réduire la mor­ta­li­té et limi­ter les han­di­caps moteurs et cog­ni­tifs. L’objectif est de réduire les délais de prise en charge par une ima­ge­rie diag­nos­tique d’urgence et une acces­si­bi­li­té des moyens thé­ra­peu­tiques. En cas de séquelles irré­ver­sibles, la mise en place d’activités réédu­ca­tives devrait assu­rer une réin­ser­tion fami­liale, sociale et pro­fes­sion­nelle. Le sui­vi post-AVC est donc cru­cial pour per­mettre aux patients de s’épanouir mal­gré cette pathologie.

    Pour les éta­blis­se­ments de san­té, on dis­tingue le Ser­vice d’Accueil des Urgences (SAU) de proxi­mi­té et les Uni­tés Neu­ro-Vas­cu­laires qui regroupent des équipes plu­ri­pro­fes­sion­nelles spé­cia­li­sées dans la prise en charge de l’AVC. Plu­sieurs pro­blé­ma­tiques sub­sistent telles que l’accès à un exa­men d’imagerie médi­cale, néces­saire avant de prendre une déci­sion thé­ra­peu­tique, et qui reste insuf­fi­sant avec une offre inégale selon les ter­ri­toires. De même, les cir­cuits intra-hos­pi­ta­liers sont par­fois inadap­tés à une prise en charge en urgence. De nou­velles inno­va­tions bio­mé­di­cales, pré­sen­tées dans la suite de ce rap­port, sont ain­si déve­lop­pées pour amé­lio­rer l'offre de soin et favo­ri­ser l'égalité d'accès.

    Pour les auto­ri­tés sani­taires, les cir­cu­laires du 3 novembre 2003, rela­tives à la prise en charge des acci­dents vas­cu­laires céré­braux, et du 22 mars 2007, rela­tives à la mise en place des UNV dans la prise en charge des patients pré­sen­tant un AVC ou un Acci­dent Isché­mique Tran­si­toire (AIT), ont per­mis de ren­for­cer l’accès aux soins. La consti­tu­tion de filières AVC  s’inscrit comme un axe majeur du plan natio­nal AVC qui a voca­tion à être décli­né et mis en œuvre par chaque ARS en cohé­rence avec son plan stra­té­gique régio­nal de san­té. L’objectif est d’offrir à chaque patient un « Plan de Soins Per­son­na­li­sé » (PPS). Mal­gré les moyens déployés, plus de 225 000 per­sonnes sont actuel­le­ment clas­sées de façon per­ma­nente au régime des Affec­tions de Longues Durées (ALD) du type « acci­dent vas­cu­laire céré­bral inva­li­dant » par l’Assurance Mala­die [10]. Les tra­vaux menés dans le cadre du Comi­té de pilo­tage sur les AVC concluent à une dépense annuelle pour le sys­tème de san­té d’environ 8,3 mil­liards d’euros dont 5,9 mil­liards pour le sec­teur de soins et 2,4 mil­liards d’euros pour le sec­teur médico-social. 

    Ces chiffres s’expliquent en par­tie par le taux encore insuf­fi­sant de patients pris en charge dans le délai cri­tique de 4h30 suite à l’apparition des pre­miers symp­tômes et esti­mé à 32% [11]. Il s’agit donc d’un enjeu de san­té publique com­plexe et significatif.

    Pour les fabri­cants de dis­po­si­tifs médi­caux, l’innovation au ser­vice de l’amélioration des tech­niques de prise en charge de l’AVC est essen­tielle pour assu­rer leur place sur le mar­ché. En plus des pro­grès pos­sibles sur les moda­li­tés d’imageries diag­nos­tiques ou les outils chi­rur­gi­caux exis­tants, de nom­breux pro­jets cherchent à réor­ga­ni­ser et flui­di­fier le par­cours patient. Il est pos­sible de citer le consor­tium BOOSTER (Brain clOt per­sO­na­li­zed the­ra­peu­tic Stra­te­gies for sTroke Emergent Reper­fu­sion) lan­cé en 2019 et qui regroupe des équipes médi­cales, de recherches et des par­te­naires indus­triels. L’objectif est de faire émer­ger une méde­cine per­son­na­li­sée des AVC en situa­tion d'urgence à l’aide d’une ana­lyse san­guine délo­ca­li­sée (Point of Care). En s’appuyant notam­ment sur des algo­rithmes de deep-lear­ning, la stra­ti­fi­ca­tion des patients en fonc­tion des carac­té­ris­tiques du caillot est désor­mais envi­sa­geable. Par ailleurs, des tra­vaux sont éga­le­ment menés pour l’exploitation de sys­tèmes non-inva­sifs et pré­dic­tifs des risques d’AVC à par­tir des carac­té­ris­tiques vas­cu­laires des patients [12]. Enfin, la récu­pé­ra­tion neu­ro­lo­gique reste un enjeu et un champ de recherche impor­tant pour essayer de mieux com­prendre les méca­nismes de neu­ro­plas­ti­ci­té et d'améliorer la récu­pé­ra­tion des déficiences.

    Fina­le­ment, il est pos­sible de visua­li­ser l’ensemble des acteurs qui inter­viennent de la pré­ven­tion de l’AVC au sui­vi post-AVC sur la Figure 1 ci-des­sous. Cette plu­ra­li­té d’acteurs montre bien la com­plexi­té de la prise en charge de l’AVC, de la pré­ven­tion au sui­vi post-AVC.

    Figure 1 : Cartographie des acteurs impliqués dans la prise en charge de l’AVC (Source : Auteur.e.s)

    2. Généralités et bases physiopathologiques de l’AVC

    2.1. Physiologie du système neurovasculaire


    Le cer­veau est un organe com­plexe essen­tiel à la vie. Il per­met d’assurer les fonc­tions motrices (avec le contrôle des muscles volon­taires), sen­si­tive et cog­ni­tive en gérant la pen­sée, le lan­gage ou encore la mémoire. Plu­sieurs lobes sont pré­sents au niveau céré­bral, régis­sant des zones du corps dif­fé­rentes. Lors de la sur­ve­nue d’un AVC, les zones affec­tées auront donc des consé­quences dif­fé­rentes en fonc­tion du patient. Lorsque l’hémisphère droit est atteint, c’est la moi­tié contro­la­té­rale gauche qui en pâtit, et inver­se­ment : on parle de  décussation.

    La vas­cu­la­ri­sa­tion du cer­veau est très sin­gu­lière car elle repose sur deux sys­tèmes arté­riels (caro­tides internes et artères ver­té­brales) reliés par le cercle de Willis, une boucle de sécu­ri­té qui garan­tit la conti­nui­té de l’irrigation en cas d’obstruction. Elle se dis­tingue aus­si par un réseau capil­laire spé­cia­li­sé for­mant la bar­rière héma­to-encé­pha­lique, pro­té­geant les neu­rones. Enfin, son orga­ni­sa­tion dense et constante répond aux besoins éner­gé­tiques excep­tion­nels du cer­veau qui consomme près de 20 % de l’énergie cor­po­relle [13]. 

    Dif­fé­rentes artères peuvent être tou­chées, et il en découle une dis­tinc­tion des types d’AVC, par­mi les­quels on trouve : l’infarctus céré­bral caro­ti­dien, l’infarctus céré­bral ver­té­bro­ba­si­laire, les petits infarc­tus pro­fonds ou « lacunes » pro­fondes, l’infarctus céré­bral jonc­tion­nel ou encore la throm­bose vei­neuse céré­brale [14].

    2.2. Définition, mécanismes et types d’AVC

    L’AVC est une urgence médi­cale due à l’interruption bru­tale d’afflux san­guin dans une région céré­brale plus ou moins éten­due. Deux types d’AVC peuvent être dis­tin­gués [7] :

    • AVC isché­mique : Il repré­sente 85% des cas d’AVC et tra­duit l’obstruction d’un vais­seau san­guin par throm­bose ou embo­lie. Une throm­bose peut se défi­nir comme la for­ma­tion d’un caillot de sang au niveau d’une veine ou d’une artère, pou­vant créer une phlé­bite quand il y a obs­truc­tion d’une veine, ou bien pro­vo­quer une embo­lie s’il y a migra­tion du caillot. Une embo­lie cor­res­pond à la pré­sence d’un caillot, d’une bulle d’air, ou autre sub­stance obs­truc­tive d’un vais­seau san­guin céré­brale. L’obstruction empêche le sang d’atteindre cer­taines zones céré­brales, entraî­nant alors une pri­va­tion d’oxygène et de nutriments.
    •  AVC hémor­ra­gique : Il repré­sente 15% des cas d’AVC et tra­duit la rup­ture d’un vais­seau san­guin. Cette der­nière pro­voque un épan­che­ment du sang (hémor­ra­gie) dans les tis­sus céré­braux qui sont alors com­pri­més : la bonne cir­cu­la­tion locale est interrompue.

    Une fois l’AVC avé­ré, il faut dis­tin­guer la zone céré­brale cen­trale de la zone péri­phé­rique. La zone cen­trale est l’espace nécro­sé qui engen­dre­ra la majo­ri­té des séquelles neu­ro­lo­giques. La zone autour dite “péri­phé­rique” ou “zone de pénombre” est la zone avec des per­tur­ba­tions réver­sibles. Cette zone tis­su­laire a été pri­vée de ses besoins de façon tem­po­raire, per­met­tant l’aspect réver­sible des séquelles du patient [14]. Ces zones sont pré­sen­tées en Figure 2

    Figure 2 : Zones cérébrales de nécrose et de pénombre atteintes après l’apparition d’un AVC (Source : Auteur.e.s)

    Dans le cas où l’afflux san­guin est réta­bli dans la zone céré­brale lésée en moins d’une heure, on parle d’AIT, et non d’AVC. Les symp­tômes, par­fois com­pa­rés à de simples malaises, ne doivent durer que quelques minutes dans le cas d’un AIT. La répé­ti­tion de ces der­niers et leur durée doivent tou­te­fois être très contrô­lées. En effet, le risque de sur­ve­nue d’un AVC isché­mique après un AIT est bien plus éle­vé qu’en temps nor­mal. L’Institut Natio­nal de la San­té et de la Recherche Médi­cale (INSERM) estime à 5% le risque de réci­dive d’AVC dans les 48 pre­mières heures, et à 10% dans le mois qui suit [7].

    3. Manifestations cliniques et facteurs de risque de l’AVC

    3.1. Signes cliniques et symptômes de l’AVC


    L’AVC est détec­table de par dif­fé­rents symp­tômes tels que [9,15] :

    • Fai­blesse mus­cu­laire et engour­dis­se­ments pou­vant aller jusqu’à la paralysie : 
      • Engour­dis­se­ment d’un membre supé­rieur : la para­ly­sie du bras est le cas le plus fréquent
      • Engour­dis­se­ment d’un membre inférieur
      • Défor­ma­tion et para­ly­sie du visage : lèvre tom­bante d’un côté par exemple
    • Perte par­tielle ou totale de : 
      • La vision : oeil unique, perte d’une par­tie du champ visuel ou vision double
      • La parole : troubles de l’élocution et dif­fi­cul­tés à trou­ver ses mots
    • Troubles cog­ni­tifs : manque de cohé­rence, dif­fi­cul­té à écou­ter et à com­prendre un interlocuteur
    • Maux de tête vio­lents et inhabituels

    3.2. Facteurs de risques de l’AVC


    Bien que les fac­teurs de risque de l’AVC cor­res­pondent à ceux des mala­dies car­dio­vas­cu­laires, l’identification de nou­veaux fac­teurs plus spé­ci­fiques doit conti­nuer à être explo­rée. L’AVC ne sur­vient pas de manière aléa­toire. Il est sou­vent le résul­tat d’une com­bi­nai­son de fac­teurs de risques qui peuvent fra­gi­li­ser les vais­seaux san­guins ou encore favo­ri­ser la for­ma­tion de caillots dans les vais­seaux. Ces fac­teurs de risques peuvent être sépa­rés en deux familles : les fac­teurs dits modi­fiables et les fac­teurs dits non modifiables.

    Pour les fac­teurs dits non modi­fiables, ce sont les fac­teurs liés à l’hérédité, l’âge ou encore le sexe. Ils ne peuvent donc pas être contrô­lés par l’individu. À pro­pos de l’âge, la pré­va­lence en 2022 de l’AVC était de 12% pour les per­sonnes âgées de plus de 85 ans et au glo­bal de 2% de la popu­la­tion adulte [1]. En 2009, un rap­port du Minis­tère de la San­té et des sports évoque le fait que le taux d’incidence de l’AVC est mul­ti­plié par 2 tous les 10 ans après 55 ans. Ain­si, plus de 50% des AVC sur­viennent chez les per­sonnes de plus de 75 ans [3]. En plus de l’âge, le sexe est aus­si un fac­teur non modi­fiable. L’AVC est la pre­mière cause de décès chez la femme [8]. Cepen­dant, les études montrent que les hommes ont plus de risque de faire un AVC que la femme. En effet, les femmes repré­sentent 46,8% des cas d’AVC contre 53,2% pour les hommes [1]. Pour finir sur les fac­teurs dits non modi­fiables, les anté­cé­dents fami­liaux sont aus­si à prendre en compte. En effet, le risque aug­mente si un parent proche a déjà fait un AVC avant 45 ans [2].

    Il existe des fac­teurs dits modi­fiables, ce sont les fac­teurs liés au mode de vie des per­sonnes. Selon des études, 90% des AVC sont asso­ciés à un des 10 fac­teurs de risque modi­fiables de l’AVC [16]. Les dif­fé­rents fac­teurs modi­fiables sont les suivants :

    • L’hyper­ten­sion arté­rielle : fac­teur de risque prin­ci­pal. Cela cor­res­pond au fait que les parois des artères sont sou­mises à des pres­sions éle­vées du débit san­guin. Il va donc y avoir une fra­gi­li­sa­tion des artères suite au débit éle­vé pré­sent. Cela cor­res­pond à une valeur sys­to­lique égale ou supé­rieure à 140 mmHg et/ou une valeur dias­to­lique égale ou supé­rieure à 90 mmHg lors de mesures répé­tées [17].
    • Le dia­bète : il cor­res­pond à un taux de sucre supé­rieur à 1,26 g/l à jeun lors de 2 mesures [2]. S’il est mal contrô­lé, alors il y a une alté­ra­tion des parois des artères et il y a l’apparition d’athérosclérose (for­ma­tion de plaque d’athérome au niveau des artères et donc entraî­nant un dur­cis­se­ment de ces der­nières) ce qui aug­mente le risque d’AVC. 
    • L’hyper-cho­les­té­ro­lé­mie : cela cor­res­pond à un taux éle­vé de cho­les­té­rol (Low-den­si­ty lipo­pro­teins ou LDL cho­les­te­rol). Le LDL est consi­dé­ré comme du “mau­vais cho­les­té­rol” puisqu’il s’accumule au niveau des parois des artères. Cela crée donc un ralen­tis­se­ment du débit de la cir­cu­la­tion san­guine car il y a une dimi­nu­tion du dia­mètre des artères. On parle tou­jours d’athérosclérose. 
    • Le taba­gisme : il altère l’apport en oxy­gène des parois vas­cu­laires, cela favo­rise donc l’athérosclérose. Il y a donc un rétré­cis­se­ment des artères. Le tabac mul­ti­plie par 2 le risque d’AVC [2].
    • La mesure du tour de taille : si le tour de taille est dis­pro­por­tion­né par rap­port à la taille de la per­sonne, cela peut être un fac­teur aggravant.
    • L’alcool : la consom­ma­tion d’alcool peut aug­men­ter la ten­sion arté­rielle et donc accen­tuer le risque de faire un AVC. 
    • L’obé­si­té : l’excès de poids aug­mente éga­le­ment la ten­sion arté­rielle, pri­vi­lé­gie la pré­sence de LDL cho­les­té­rol, mais aus­si le dia­bète. C’est donc un fac­teur aggra­vant d’AVC. 
    • La séden­ta­ri­té : si il y a une absence d’exercice phy­sique régu­lier, cela aug­mente le risque de mala­die coro­na­rienne, l’hypertension ou encore l’obésité. Il est donc néces­saire d’avoir une acti­vi­té phy­sique régulière. 
    • Les mala­dies car­diaques : les troubles car­diaques sont des fac­teurs modifiables. 
    • Le stress chro­nique : il accé­lère le rythme car­diaque et donc cela influence aus­si la ten­sion arté­rielle. Le stress peut aus­si ame­ner à consom­mer du tabac ou à dimi­nuer son acti­vi­té physique.

    Ain­si, plu­sieurs fac­teurs sont à l’origine des AVC. Une par­tie des fac­teurs ne peut pas être modi­fiée, comme l’âge, le sexe ou encore l’hérédité. Cepen­dant, une grande par­tie des AVC repose sur des fac­teurs liés au mode de vie, et donc modi­fiables. C’est donc sur ces fac­teurs qu’il faut agir, en réa­li­sant par exemple de la pré­ven­tion. C’est un axe prio­ri­taire de la san­té publique. Il faut réus­sir à faire de la pré­ven­tion ciblée. Si cer­tains fac­teurs de risques ne sont pas sous le contrôle du patient, tels que sa pré­dis­po­si­tion géné­tique ou le déve­lop­pe­ment de la patho­lo­gie sans causes iden­ti­fiables, d’autres fac­teurs sont modi­fiables par l’amélioration de son rythme et de ses condi­tions de vie.

    4. Prévention de l’AVC


    Avec un AVC toutes les 4 minutes enre­gis­tré en France, la pré­ven­tion est essen­tielle et consti­tue un enjeu de san­té publique [7]. En effet, comme vu pré­cé­dem­ment, une grande par­tie des AVC pour­rait être évi­tée en met­tant en place de la pré­ven­tion adaptée.

    Cette pré­ven­tion est dite pri­maire, car le but est d’agir pour évi­ter la sur­ve­nue d’un AVC. Il est pos­sible d’agir sur les fac­teurs de risques modi­fiables, vus dans la par­tie pré­cé­dente. Il faut chan­ger les habi­tudes de vie des indi­vi­dus, mais éga­le­ment avoir un sui­vi médi­cal régu­lier. Pour ce faire, la France a mis en place un plan d’actions natio­nal “Acci­dents Vas­cu­laires Céré­braux 2010-2014” [18]. Ce plan a per­mis de struc­tu­rer l’organisation natio­nale et régio­nale sur la prise en charge rapide des AVC. Une des actions du plan était jus­te­ment d’inclure le déve­lop­pe­ment de la pré­ven­tion de l’AVC, d’informer la popu­la­tion sur l’AVC. Au-delà de ce plan d’actions, des habi­tudes de vie per­mettent de réduire le risque de sur­ve­nue d’AVC :

    • Une ali­men­ta­tion équi­li­brée (riche en fruits, légumes mais pauvre en sel, graisses satu­rées et en sucre raf­fi­né) per­met de dimi­nuer les risques cardiovasculaires. 
    • Une acti­vi­té phy­sique régu­lière per­met d’améliorer la ten­sion arté­rielle, le poids mais aus­si la gly­cé­mie. L’Organisation Mon­diale de la San­té (OMS) recom­mande de réa­li­ser 150 minutes d'activité phy­sique par semaine pour les per­sonnes âgées entre 18 et 64 ans. Cela cor­res­pond donc à 30 minutes d’activité phy­sique par jour et cela doit être fait 5 fois par semaine [19].
    • Une visite médi­cale régu­lière per­met de réduire les risques d’AVC. En effet, en allant régu­liè­re­ment chez le méde­cin, il est pos­sible d’avoir un sui­vi et donc de dépis­ter une mala­die chro­nique comme l’hypertension ou encore le dia­bète. Un échange avec un pro­fes­sion­nel de san­té per­met d'habituer nos modes de vie.

    Pour finir, le 29 octobre cor­res­pond à la Jour­née Mon­diale de l’AVC. Cette jour­née a pour but d’informer le plus grand nombre de per­sonnes sur les risques de l’AVC et les signes pour le détec­ter. À l’occasion de cette date, beau­coup d’actions d’information et de pré­ven­tion sont donc mises en place par­tout en France. L’association France AVC d’Île-de-France publie notam­ment des affiches à des­ti­na­tion du grand public pour pro­po­ser des mesures pré­ven­tives et dimi­nuer le risque d’AVC.

    5. Le diagnostic d’urgence de la pathologie


    L’AVC est une urgence médi­cale dont le pro­nos­tic dépend d’une prise en charge rapide et coor­don­née. Dès la sus­pi­cion, une hos­pi­ta­li­sa­tion immé­diate en UNV s’impose. Le diag­nos­tic repose sur deux piliers com­plé­men­taires : l’évaluation cli­nique des fonc­tions neu­ro­lo­giques et la confir­ma­tion par l’imagerie médicale.

    5.1. Identification précoce des signes d’AVC


    Avant même l’arrivée à l’hôpital, l’identification pré­coce des signes d’un AVC par l’entourage joue un rôle déter­mi­nant. Le test FAST (Face, Arm, Speech, Time) ou VITE en fran­çais (Visage para­ly­sé, Impos­sible de bou­ger un membre, Trouble de la parole, Évi­ter le pire en com­po­sant le 15), consti­tue un outil simple et rapide pour repé­rer les symp­tômes carac­té­ris­tiques [20] :

    • Face (visage) : le visage paraît-il asy­mé­trique ? Deman­der à la per­sonne de sourire
    • Arm (bras) : un bras reste-t-il pen­dant ? Deman­der à la per­sonne de lever les deux bras en ayant les yeux fermés
    • Speech (parole) : la parole est-elle confuse ou inco­hé­rente ? Lui faire répé­ter une phrase simple
    • Time (temps) : si un de ces signes est pré­sent, appe­ler immé­dia­te­ment les secours

    L’AVC se mani­feste en effet par des symp­tômes bru­taux et sou­dains, tels qu’une para­ly­sie par­tielle, des troubles du lan­gage ou une perte de vision. Il s’agit d’une urgence médi­cale abso­lue, pen­dant laquelle chaque minute compte : plus la prise en charge est tar­dive, plus les risques de séquelles irré­ver­sibles (para­ly­sie, troubles cog­ni­tifs, apha­sie) ou de décès aug­mentent. Une inter­ven­tion rapide per­met, au contraire, d’améliorer consi­dé­ra­ble­ment le pro­nos­tic fonc­tion­nel du patient.

    Un des élé­ments essen­tiels du diag­nos­tic de l’AVC est la consi­dé­ra­tion du genre du patient. En effet, les symp­tômes clas­siques de l’AVC évo­qués pré­cé­dem­ment (asy­mé­trie du visage, bras pen­dant, etc.) sont par­ti­cu­liè­re­ment adap­tés à l’homme, mais bien moins à la femme. Cela explique que la mor­ta­li­té soit plus impor­tante pour les femmes que pour les hommes. En effet, chez ces der­nières, la fibril­la­tion auri­cu­laire mul­ti­plie­rait par 2 les risques d’AVC par rap­port à l’homme. Les périodes de gros­sesse et de méno­pause aug­mentent éga­le­ment le risque de sur­ve­nue d’AVC, tout comme la prise de trai­te­ments hor­mo­naux notam­ment à base d’oestrogènes [8]. De façon géné­rale, il est à noter que les femmes ont des dou­leurs plus fré­quentes que les hommes, notam­ment dues aux cycles mens­truels. La consé­quence est que lors des périodes pen­dant les­quelles des cépha­lées ou encore des maux de ventre sont res­sen­tis, les nom­breux signes de l’AVC sont alors “mas­qués”. L’INSERM sou­ligne de ce fait que l’appel aux secours est plus long chez les femmes que chez les hommes, ce qui a des consé­quences irré­ver­sibles dans le cas de l’AVC [21].

    5.2. Diagnostic du type d’AVC et prise en charge 


    L’imagerie médi­cale occupe une place cen­trale dans la prise en charge de l’AVC. Dès la phase diag­nos­tique, elle per­met de confir­mer la nature de l’accident, d’en dis­tin­guer le type, isché­mique ou hémor­ra­gique, et d’orienter la stra­té­gie thé­ra­peu­tique. L’imagerie céré­brale et vas­cu­laire consti­tue la pre­mière étape de la prise en charge. Elle doit être dis­po­nible en per­ma­nence, 24h/24 et 7j/7, afin de garan­tir une inter­ven­tion rapide et effi­cace [22].

    Lorsqu’un AVC est sus­pec­té, le pre­mier exa­men réa­li­sé est géné­ra­le­ment un scan­ner céré­bral sans injec­tion (tomo­den­si­to­mé­trie - TDM) [23], lorsque l’Imagerie à Réso­nance Magné­tique (IRM) n’est pas pos­sible. Rapide et lar­ge­ment acces­sible, il per­met avant tout de détec­ter une éven­tuelle hémor­ra­gie intra­crâ­nienne, qui appa­raît sous forme d’une zone hyper­dense (blanche) comme le montre la Figure 3.

    Figure 3 : Aspect au scanner des AVC ischémique et hémorragique (Source : Léa PIETERS, Université de Lille 2, 2017) [24]

    Si une hémor­ra­gie est mise en évi­dence, le diag­nos­tic d’AVC hémor­ra­gique est posé et une prise en charge spé­ci­fique est ini­tiée. Si aucun sai­gne­ment n’est visible, l’hypothèse d’un AVC isché­mique aigu est pri­vi­lé­giée. Dans ce cas, une angio­gra­phie par scan­ner (angio-TDM) peut être réa­li­sée pour visua­li­ser les artères céré­brales et repé­rer une occlu­sion d’un gros vais­seau (Figure 4).

    Figure 4 : Angiographie carotidienne avant et après thrombectomie par cathéter dans un accident vasculaire cérébral aigu de la circulation antérieure.
    (A) Occlusion thrombotique de l’artère cérébrale moyenne à l’admission.
    (B) Artère cérébrale moyenne largement perméable (presque normale) après thrombectomie (
    Source : P. Widimsky et al.)
    [25]

    L’injection d’un pro­duit de contraste per­met de dres­ser une car­to­gra­phie pré­cise du réseau vas­cu­laire. L’imagerie vas­cu­laire com­plète ce bilan en explo­rant les artères intra­crâ­niennes et cer­vi­cales afin de loca­li­ser une sté­nose, une dis­sec­tion ou une occlusion.

    Bien que le scan­ner soit plus uti­li­sé du fait de l’indisponibilité de l’IRM, cette der­nière est consi­dé­rée comme la tech­nique de réfé­rence pour détec­ter les lésions isché­miques pré­coces et éva­luer la per­fu­sion céré­brale [22]. Les séquences de dif­fu­sion (dif­fu­sion-weigh­ted ima­ging ou DWI) per­mettent de repé­rer très tôt les zones infar­ciées. Les séquences de per­fu­sion dis­tinguent le tis­su nécro­sé du tis­su encore viable, orien­tant la déci­sion de throm­bo­lyse ou de throm­bec­to­mie mécanique. 

    Les séquences FLAIR (fluid-atte­nua­ted inver­sion reco­ve­ry) et T2* apportent des infor­ma­tions com­plé­men­taires : data­tion des lésions, détec­tion de micro-sai­gne­ments ou de throm­bus arté­riels [23, 26].

    L’analyse de la per­fu­sion céré­brale, réa­li­sée par scan­ner ou IRM, est enri­chie par des logi­ciels spé­cia­li­sés (comme OLEA Sphere) qui génèrent des cartes colo­rées représentant :

    • Le débit san­guin céré­bral, ou Cere­bral Blood Flow (CBF), qui cor­res­pond à la quan­ti­té de sang cir­cu­lant dans une région donnée. 
    • Le volume san­guin céré­bral, ou Cere­bral Blood Volume (CBV), qui indique la quan­ti­té totale de sang pré­sente dans le tissu. 
    • Le temps de tran­sit moyen et le Tmax qui mesurent le temps néces­saire au sang pour tra­ver­ser la zone étudiée.

    Ces cartes (Figure 5) per­mettent de dif­fé­ren­cier le noyau infar­ci irré­ver­si­ble­ment détruit de la pénombre isché­mique encore récu­pé­rable. Cette approche a fait évo­luer la notion de « fenêtre tem­po­relle » vers celle d’hor­loge tis­su­laire : ce n’est plus le temps écou­lé depuis les symp­tômes qui guide la déci­sion thé­ra­peu­tique, mais l’état du tis­su céré­bral lui-même [27].

    Figure 5 : Cartes de perfusion issues d’un scanner de perfusion ou angioscanner (Source : olea medical, 2023) [28]

    6. Traitements et parcours de soins actuels de l’AVC


    Au-delà de son rôle diag­nos­tique, l’imagerie est aujourd’hui plei­ne­ment inté­grée dans la stra­té­gie thé­ra­peu­tique de l’AVC. Les tech­niques de neu­ro­ra­dio­lo­gie inter­ven­tion­nelle, enca­drées depuis 2022 par un cadre régle­men­taire spé­ci­fique, per­mettent la réa­li­sa­tion de gestes endo­vas­cu­laires tels que la throm­bo­lyse ou la throm­bec­to­mie méca­nique, sous contrôle radio­lo­gique. Ces inter­ven­tions néces­sitent une col­la­bo­ra­tion étroite au sein de centres spé­cia­li­sés entre neu­ro­logues, radio­logues, neu­ro­ra­dio­logues et réani­ma­teurs. La télé­mé­de­cine et la télé­ra­dio­lo­gie ren­forcent ce dis­po­si­tif en offrant un accès à l’expertise neu­ro­vas­cu­laire même dans les éta­blis­se­ments dépour­vus d’unités spé­cia­li­sées [22].

    C’est dans ce contexte que s’inscrivent les trai­te­ments actuels de l’AVC, orga­ni­sés autour de deux grandes phases : la phase aiguë, qui vise à trai­ter l’urgence et limi­ter les lésions céré­brales, et la pré­ven­tion secon­daire, des­ti­née à réduire le risque de réci­dive et les com­pli­ca­tions à long terme.

    6.1. Traitement de la phase aiguë : agir dans l’urgence


    La phase aiguë consti­tue une course contre la montre : chaque minute de retard entraîne la des­truc­tion de mil­lions de neu­rones. Dans le cas d’un AVC isché­mique, qui est le plus fré­quent, l’objectif est de res­tau­rer la cir­cu­la­tion san­guine le plus rapi­de­ment pos­sible dans la zone céré­brale pri­vée d’oxygène. Plu­sieurs options thé­ra­peu­tiques sont disponibles :

    • La throm­bo­lyse intra­vei­neuse (IV) : admi­nis­tra­tion par per­fu­sion d’un médi­ca­ment throm­bo­ly­tique (tel que l’altéplase) per­met­tant de dis­soudre le caillot san­guin res­pon­sable de l’occlusion comme le montre la Figure 6. Ce trai­te­ment doit impé­ra­ti­ve­ment être réa­li­sé dans un délai court, idéa­le­ment dans les 4h30 sui­vant l’apparition des symp­tômes [29]. Les nom­breuses contre-indi­ca­tions limitent l’administration de ce traitement.
    Figure 6 : Illustration d’une thrombolyse (Source : A. Aouadi, 2024) [30]

    • La throm­bec­to­mie méca­nique : inter­ven­tion endo­vas­cu­laire consis­tant à intro­duire sous contrôle radio­sco­pique un cathé­ter (plu­sieurs voies pos­sibles) et à le remon­ter jusqu’à l’artère céré­brale obs­truée afin de reti­rer méca­ni­que­ment le caillot. Cette pro­cé­dure, sché­ma­ti­sée dans la Figure 7 et pra­ti­quée dans des centres spé­cia­li­sés, est par­ti­cu­liè­re­ment effi­cace lorsqu’elle est réa­li­sée dans les 6 heures après le début des signes [29]. 
    Figure 7 : Illustration de la procédure de thrombectomie mécanique (Source : Wikipedia, 2026) [31]

    En revanche, pour un AVC hémor­ra­gique, la stra­té­gie thé­ra­peu­tique est dif­fé­rente : il s’agit de contrô­ler l’hémorragie et de réduire la pres­sion intra­crâ­nienne. Le trai­te­ment peut inclure une inter­ven­tion chi­rur­gi­cale visant à répa­rer le vais­seau rom­pu, éva­cuer l’hématome ou drai­ner le sang accu­mu­lé (pose d’un drain ven­tri­cu­laire externe). Le main­tien des fonc­tions vitales et la sta­bi­li­sa­tion de la pres­sion arté­rielle consti­tuent alors les prio­ri­tés absolues.

    6.2. Limiter les risques de récidive et maximiser la récupération du patient après un AVC


    Une fois la phase aiguë maî­tri­sée, l’objectif devient la pré­ven­tion des réci­dives. En effet, le risque de réci­dive des patients ayant réa­li­sé un AVC ou un AIT est esti­mé entre 30 et 43% à cinq ans [3]. La pré­ven­tion pour évi­ter un nou­vel AVC est appe­lée la pré­ven­tion secon­daire. Il faut donc pou­voir four­nir une prise en charge et un sui­vi médi­cal régu­lier aux patients à risque de réci­dive. Dif­fé­rents leviers sont mis en place selon le type d’AVC [32] : 

    • Pour l’AVC isché­mique, il faut évi­ter qu’un vais­seau san­guin ne se bouche à nou­veau. Pour ce faire, un trai­te­ment médi­ca­men­teux est admi­nis­tré au patient à base d’anticoagulants ou anti­agré­gants pla­quet­taire selon la cause ini­tiale de thrombose.
    • Pour l’AVC hémor­ra­gique, l’idée est d’éviter une nou­velle rup­ture de la paroi d’un vais­seau san­guin. Pour cela, un trai­te­ment médi­ca­men­teux est admi­nis­tré au patient à base d’antihypertenseurs. La prise d’anticoagulants est contre-indi­quée pour ne pas favo­ri­ser le risque d'épanchement céré­bral du sang.

    Dans les deux types d’AVC, une atten­tion par­ti­cu­lière est accor­dée au contrôle et au sui­vi de la ten­sion, du dia­bète, du cho­les­té­rol et du poids du patient. Le mode de vie du patient est bien enten­du éga­le­ment contrô­lé, avec une ali­men­ta­tion équi­li­brée, une ges­tion du stress opti­mi­sée et la pra­tique d’une acti­vi­té phy­sique. Ces élé­ments qui étaient pré­cé­dem­ment consi­dé­rés comme de la pré­ven­tion pri­maire, sont appli­qués avec rigueur après la sur­ve­nue d’un AVC ou d’un AIT.

    La seconde par­tie très impor­tante de la pré­ven­tion secon­daire est la récu­pé­ra­tion du patient. C’est éga­le­ment un objec­tif de la prise en charge de l’AVC. En effet, même une fois le trai­te­ment mis en place et le patient sta­bi­li­sé, ce der­nier conti­nue son par­cours patient.

    Ce par­cours se pour­suit notam­ment par de la réédu­ca­tion. Elle vise à favo­ri­ser la récu­pé­ra­tion fonc­tion­nelle et à réap­prendre les gestes de la vie quo­ti­dienne. Selon les séquelles obser­vées, dif­fé­rents pro­fes­sion­nels inter­viennent comme le kiné­si­thé­ra­peute pour la motri­ci­té et la coor­di­na­tion, l’ergothérapeute pour la réadap­ta­tion aux acti­vi­tés quo­ti­diennes ou encore l’orthophoniste pour la récu­pé­ra­tion du lan­gage et de la déglu­ti­tion. Cette réédu­ca­tion débute dès les pre­mières heures d’hospitalisation, se pour­suit en centre spé­cia­li­sé, puis à domi­cile. Elle amé­liore non seule­ment les capa­ci­tés phy­siques, mais aus­si la confiance et la qua­li­té de vie du patient [33]. 

    De plus, l’acti­vi­té phy­sique adap­tée (APA) est sou­vent mise en place. Elle favo­rise le contrôle de la pres­sion arté­rielle, sti­mule la plas­ti­ci­té céré­brale et contri­bue à réduire les séquelles motrices. Les acti­vi­tés pro­po­sées, comme la marche, le ten­nis de table, le kara­té ou l’athlétisme, sont enca­drées par des édu­ca­teurs spé­cia­li­sés for­més au sport-san­té. Le méde­cin trai­tant peut pres­crire ces acti­vi­tés en pré­ci­sant les objec­tifs (récu­pé­ra­tion motrice, auto­no­mie, contrôle du poids, bien-être psy­cho­lo­gique) et les contre-indi­ca­tions éven­tuelles. De plus, cer­taines mutuelles, mai­ries ou dépar­te­ments peuvent par­ti­ci­per finan­ciè­re­ment aux frais liés à ces pro­grammes. Les patients rap­portent sou­vent des béné­fices phy­siques (meilleure endu­rance, motri­ci­té, équi­libre) mais aus­si psy­cho­so­ciaux, tels qu’une dimi­nu­tion de l’isolement, une meilleure estime de soi et un retour plus rapide à une vie active [33].

    Ce pre­mier cha­pitre per­met de mettre en évi­dence les enjeux actuels de la prise en charge de l’AVC, en sou­li­gnant le besoin de rapi­di­té ain­si que l’importance d’une orga­ni­sa­tion coor­don­née entre les dif­fé­rents pro­fes­sion­nels de san­té. Il démontre les moda­li­tés de la prise en charge de l’AVC au sens large, allant des stra­té­gies de pré­ven­tion jusqu’au diag­nos­tic et au trai­te­ment de ce der­nier. Cette ana­lyse du par­cours patient actuel est impor­tante pour com­prendre l’intérêt des inno­va­tions bio­mé­di­cales et orga­ni­sa­tion­nelles, qui font l'objet du cha­pitre suivant.

    II. Les perspectives d’améliorations de la prise en charge de l’AVC grâce aux innovations biomédicales


    Plu­sieurs études cli­niques ont démon­tré que le délai de revas­cu­la­ri­sa­tion consti­tue l’un des prin­ci­paux déter­mi­nants pro­nos­tiques lors d’un acci­dent vas­cu­laire céré­bral isché­mique aigü. La Figure 8 per­met de mettre en avant l’efficacité rela­tive d’un trai­te­ment en fonc­tion du temps écou­lé avant la revas­cu­la­ri­sa­tion. On uti­lise pour cela “l’odds ratio” qui cor­res­pond au rap­port entre la pro­ba­bi­li­té d’obtenir une issue favo­rable (absence ou réduc­tion des séquelles) chez les patients trai­tés et celle obser­vée chez les non-traités.

    Figure 8 : Efficacité des procédures de revascularisation en fonction du temps en cas d'accident vasculaire cérébral ischémique aigu (Source : Centre Hospitalier Universitaire Vaudois - Lausanne et Centre de rééducation et universitaire de Zurich, 2020)  [34].

    Ain­si, un odds ratio supé­rieur à 1 indique que le trai­te­ment per­met d’éviter ou de réduire signi­fi­ca­ti­ve­ment les séquelles neu­ro­lo­giques post-AVC. La pre­mière heure sui­vant l’apparition des symp­tômes, ou “gol­den hour”, se carac­té­rise par un odds ratio maxi­mal pour l’ensemble des solu­tions thé­ra­peu­tiques. C’est le cas de la throm­bo­lyse dont la fenêtre thé­ra­peu­tique opti­male s’étend jusqu’à 4,5h. De même, la throm­bec­to­mie est par­ti­cu­liè­re­ment effi­cace dans un délai de 8h après l’AVC. On note qu’au sein même de ces fenêtres, l’efficacité thé­ra­peu­tique décroit très rapidement.

    Bien que basés sur plu­sieurs études, ces délais peuvent varier en fonc­tion des cas. Ain­si, tous les patients ayant subi un AVC isché­mique aigu inva­li­dant dont les symp­tômes sont appa­rus il y a plus de 6 heures, mais moins de 24 heures au moment de la prise en charge,  doivent être exa­mi­nés rapi­de­ment pour éva­luer leur admis­si­bi­li­té à une ima­ge­rie neu­ro­vas­cu­laire. En fonc­tion de l’atteinte tis­su­laire, l’intérêt d’une throm­bo­lyse et/ou d’une throm­bec­to­mie tar­dive est éva­lué. Cepen­dant, ces pro­cé­dures per­son­na­li­sées qui sont réa­li­sées pour un odds ratio infé­rieur ou égal à 1 sont sou­vent asso­ciées à une pro­ba­bi­li­té d’atteinte fonc­tion­nelle post-AVC élevée.

    Afin d’assurer une prise en charge en urgence, une nou­velle orga­ni­sa­tion pilo­tée par les Auto­ri­tés de San­té a ain­si été éta­blie et mise en œuvre. La consti­tu­tion de filières AVC régio­nales a été conco­mi­tante à celle des UNV qui jouent un rôle  de réfé­rence pour les éta­blis­se­ments de san­té de proxi­mi­té en intégrant :

    • des lits en Uni­té de Soins Inten­sifs Neu­ro­Vas­cu­laires (USINV),
    • des lits d’hospitalisation  clas­siques dédiés,
    • une orga­ni­sa­tion per­met­tant d'apporter une télé-exper­tise auprès des struc­tures d’urgence de proximité

    Le maillage ter­ri­to­rial orga­ni­sé en étoile autour des UNV recon­nues par l’ARS (Mother­ship) intègre ain­si les éta­blis­se­ments de san­té selon un modèle de “drip” : diag­nos­tic et throm­bo­lyse intra­vei­neuse dans un centre de proxi­mi­té, and “ship” : trans­fert vers un centre expert pour une neu­ro­chi­rur­gie. Ces cir­cuits de prise en charge sont limi­tés par des dif­fi­cul­tés liées à la coor­di­na­tion des pro­fes­sion­nels de san­té entre les dif­fé­rentes étapes. De même, l’accès à une ima­ge­rie diag­nos­tique, à une exper­tise neu­ro­vas­cu­laire ou plus lar­ge­ment à des moyens thé­ra­peu­tiques adap­tés est pro­blé­ma­tique. Ain­si, en dépit de l’efficacité des pro­cé­dures thé­ra­peu­tiques actuelles, c’est l’accès aux soins qui est entra­vé pour une grande majo­ri­té des patients vic­times d’AVC.

    Dans ce contexte, des inno­va­tions bio­mé­di­cales maté­rielles et orga­ni­sa­tion­nelles sont en cours de déve­lop­pe­ment et sus­cep­tibles de pal­lier ces limites.

    1. Amener l'hôpital au patient grâce au projet ASPHALT


    L’une des inno­va­tions les plus pro­met­teuses consiste à ame­ner les outils diag­nos­tic et thé­ra­peu­tiques au plus près des patients dans des Mobile Stroke Units (MSU) ou Uni­té Neu­ro­vas­cu­laire Mobile (UNVM). Ce sont des ambu­lances avec une équipe spé­cia­le­ment for­mée à bord pour l’utilisation d’un scan­ner céré­bral, d’un labo­ra­toire bio­lo­gique d’appoint et d’une solu­tion de télé­mé­de­cine reliée aux centres experts AVC. L’utilisation d’UNVM à Ber­lin et aux Etats-Unis a per­mis une réduc­tion des délais de prise en charge des patients et une réduc­tion du han­di­cap par rap­port aux par­cours habi­tuels. Les études ont notam­ment démon­tré une aug­men­ta­tion de 22% de l’accès à la throm­bo­lyse pas­sant de 79,5 % des patients éli­gibles à 97,1 %. Le temps médian pour l'initiation de la throm­bo­lyse a éga­le­ment pu être rac­cour­ci en pas­sant de 108 à 72 minutes. 

    Quant au cri­tère prin­ci­pal, le pour­cen­tage de patients retrou­vant une vie nor­male trois mois après l'AVC, il a été aug­men­té de 24 % [35, 36].

    Ces résul­tats ont conduit l’European Stroke Orga­ni­sa­tion (ESO) à sug­gé­rer de recou­rir à ce dis­po­si­tif dont la rapi­di­té de l’évaluation et du trai­te­ment pré­hos­pi­ta­lier per­met une réduc­tion signi­fi­ca­tive des séquelles post-AVC. C’est dans cette dyna­mique que le Groupe Hos­pi­ta­lo-Uni­ver­si­taires (GHU) de Paris s’est doté d’une UNVM mutua­li­sée avec le SAMU 75 et 9 autres hôpi­taux pari­siens par­ti­ci­pant. Cet inves­tis­se­ment s’accompagne de la mise en place d’une étude visant à démon­trer qu'une telle inno­va­tion per­met d’améliorer la qua­li­té de vie des patients pris en charge dans une zone géo­gra­phique incluant de nom­breux centres de TM (Paris intra-muros et petite cou­ronne). Il s’agit du pro­jet ASPHALT (Acute Stroke : pre­hos­pi­tal ver­sus in-hos­pi­tAL ini­tia­tion of reca­na­li­za­tion The­ra­py) qui est finan­cé dans le cadre d’un pro­gramme de recherche médi­co-éco­no­mique (PRME) de la DGOS à hau­teur de 2,6 mil­lions d'euros incluant le coût de l'UNV mobile d'environ 900 000 €. Cette der­nière a été conçue sur mesure avec le concours d’équipementiers et d’entreprises de la San­té en inté­grant les spé­ci­fi­ci­tés des routes et hôpi­taux pari­siens et les contraintes liées à la radioprotection. 

    L'objectif est de recru­ter 450 patients souf­frant d’un AVC isché­mique aigu sur trois ans pour juger du ratio coût-uti­li­té à l’horizon vie entière en s’appuyant sur le cri­tère cli­nique de han­di­cap à 3 mois. L’étude est ran­do­mi­sée selon 2 bras de prise en charge : che­mi­ne­ment vers l'hôpital dans l'UNVM ou trans­port par véhi­cule de pre­mier secours clas­sique. Cette méthode doit per­mettre d’assurer un niveau de preuve scien­ti­fique suf­fi­sant pour com­pa­rer ces 2 par­cours et conclure d’un avan­tage de l’UVNM pour la réduc­tion des séquelles [37].

    Le dis­po­si­tif intègre un scan­ner 8 bar­rettes com­pact dédié à l’étude de l’encéphale, il est relié à un injec­teur pour l’angiographie et ali­men­té par le moteur en inter­ven­tion. Les médi­ca­ments, les pousses seringues élec­triques, le cor­puls (défibrillateur/moniteur), la réserve de consom­mables pour la per­fu­sion et le labo­ra­toire bio­lo­gique de pre­mière néces­si­té assurent une prise en charge adap­tée, l’analyse san­guine délo­ca­li­sée et la pré­pa­ra­tion de solu­tions throm­bo­ly­tiques. En cabine, l’UNVM se dis­tingue par la pré­sence des retours cor­puls et de l’injecteur (scan­ner), d’une camé­ra de sur­veillance patient et d’une console dépor­tée pour les acqui­si­tions. Un inter­phone per­met éga­le­ment la com­mu­ni­ca­tion avec le com­par­ti­ment sani­taire qui inclut des sièges pour les 3 membres de l’équipe : l’ambulancier, le Mani­pu­la­teur en Élec­tro­ra­dio­lo­gie Médi­cale (MERM) et le méde­cin urgen­tiste ou neurologue.

    Dès l’arrivée de l’UNVM sur site et la confir­ma­tion des symp­tômes cli­niques, l’identité du patient est enre­gis­trée et le pro­to­cole d’imagerie peut débu­ter. Il inclut un scout view pour le repé­rage et le pla­ce­ment des coupes, une acqui­si­tion sans pro­duit de contraste pour éli­mi­ner la sus­pi­cion d’hématome et l'angioscanner pour le diag­nos­tic de l’AVC. Ces acqui­si­tions sont réa­li­sées depuis la cabine blin­dée (3mm de Plomb) par le méde­cin et le mani­pu­la­teur via la console dépor­tée (ordi­na­teur por­table). Les images sont ensuite trans­mises sur un ser­veur PACS (Pic­ture Archi­ving and Com­mu­ni­ca­tion Sys­tem) dédié pour la télé-inter­pré­ta­tion. La sur­veillance du patient par le mani­pu­la­teur et l’identification par le méde­cin d’un centre adap­té pour la suite des soins sont réa­li­sés en paral­lèle. Dans le cas d’un AVC isché­mique sans contre-indi­ca­tion, la pré­pa­ra­tion et l’injection de l’Actilyse (throm­bo­lyse) est réa­li­sée par le méde­cin en amont du trans­fert. Les infor­ma­tions néces­saires à l’étude, telles que les don­nées patients et le timing d’intervention, sont consi­gnées sur la feuille eCRF (elec­tro­nic Case Report Form).

    La Figure 9 résume les dif­fé­rentes étapes de ce nou­veau cir­cuit de prise en charge :

    Figure 9 : Logigramme du parcours patient avec l’UNVM pour la prise en charge de l’AVCi (ischémique) et  AVCh (hémorragique) (Source : Auteur.e.s d’après l’APHP, 2023) [36]

    Mal­gré le res­pect des pro­cé­dures régle­men­taires de radio­pro­tec­tion (port des équi­pe­ments de pro­tec­tion indi­vi­duelle, dosi­mètre) et la réa­li­sa­tion des contrôles qua­li­té, l’usage d’un scan­ner néces­site plu­sieurs autres dis­po­si­tions. Le tableau (Figure 10) ci-des­sous résume les prin­ci­pales contraintes et limites de ce dispositif.

    Figure 10 : Tableau récapitulatif des contraintes et limites d’utilisation du projet ASPHALT (Source : Auteur.e.s)

    ContraintesLimites
    Des prises Maré­chal sont néces­saires pour rechar­ger les bat­te­ries hors interventionLe scan­ner céré­bral n’est pas pré­vu pour un usage sur véhi­cule rou­lant (vibra­tions, secousses, varia­tions de température)
    Les images envoyées sur le PACS pour télé-inter­pré­ta­tion doivent être retrans­mises à l’UNV de transfertLa cou­ver­ture réseau doit être com­pa­tible avec le trans­fert des acqui­si­tions pour la télé inter­pré­ta­tion et les échanges à distance
    Une zone sur­veillée de 2m autour de la cabine sani­taire doit être éta­blie (ruba­lise) lors des acqui­si­tions pour assu­rer la radioprotectionEn dépit d’un coût ini­tial éle­vé, l’UNVM n’est pas mobi­li­sable lorsque le patient se rend direc­te­ment sur un site hospitalier
    La zone de sta­tion­ne­ment doit per­mettre au sys­tème de vérins hydrau­liques cou­plés à un niveau élec­trique d’assurer l’horizontalité du dis­po­si­tif pour réa­li­ser les acquisitions Le dis­po­si­tif néces­site un réseau exis­tant de centres experts pour la réa­li­sa­tion des actes tech­niques (neu­ro­ra­dio­lo­gie inter­ven­tion­nelle ou neurochirurgie)

    En opti­mi­sant le triage pré-hos­pi­ta­lier, en amé­lio­rant la coor­di­na­tion des soins et en rédui­sant les délais médians entre la sur­ve­nue des symp­tômes et la throm­bo­lyse, la throm­bec­to­mie méca­nique ou la neu­ro­chi­rur­gie grâce à une opé­ra­tion dès l’arrivée au centre, ce dis­po­si­tif pour­rait faire gagner jusqu'à une heure sur les cir­cuits actuels de prise en charge. Cepen­dant, sa mise en place néces­site un inves­tis­se­ment éle­vé et des infra­struc­tures modernes : cou­ver­ture réseaux, centres experts, prises adap­tées. Étant exclu­si­ve­ment réser­vé à la prise en charge de l’AVC, son déploie­ment doit éga­le­ment être jus­ti­fié par un nombre d'actes suf­fi­sant. Suite à un lan­ce­ment au cours de l’année 2024 et sans ana­lyse inter­mé­diaire pla­ni­fiée, les pre­miers résul­tats de l'étude sont atten­dus “début 2027" d’après les res­pon­sables [36].

    2. Recherche d'un centre expert pour une prise en charge adaptée : Télé-AVC


    En com­plé­ment des UNVM comme celle du pro­jet ASPHALT, la télé­mé­de­cine se déve­loppe et est appa­rue comme une inno­va­tion struc­tu­relle majeure pour amé­lio­rer l’accès à l’expertise neu­ro­vas­cu­laire. Face aux dif­fi­cul­tés d’accès aux centres spé­cia­li­sés défi­ci­taires sur le ter­ri­toire et dont la répar­ti­tion souffre d’inégalités, l'usage de la télé­mé­de­cine à tra­vers le Télé-AVC s'avère par­ti­cu­liè­re­ment per­ti­nent. S’inscrivant dans le cadre de la loi « Hôpi­tal, patients, san­té et ter­ri­toires » du 21/07/2009 et défi­nit par le décret du 19/10/2010, le champ de la télé­mé­de­cine concer­nant les AVC, ou télé-AVC, fait aujourd’hui par­tie inté­grante de l’organisation de la filière de prise en charge des AVC et implique l’utilisation d’outils numé­riques asso­ciés à des pro­ces­sus orga­ni­sa­tion­nels. Le télé-AVC consti­tue une pra­tique par­ti­cu­liè­re­ment déployée à tra­vers l’ensemble du ter­ri­toire depuis la mise en place du Plan natio­nal « AVC 2010-2014 » et regroupe l’ensemble des moyens néces­saires au diag­nos­tic cli­nique, à l’imagerie, aux déci­sions thé­ra­peu­tiques, en urgence, lors du sui­vi des patients et dans le cadre de réunions de concer­ta­tion plu­ri­dis­ci­pli­naire [38].

    Le concept du télé-AVC repose ain­si sur la mise en rela­tion entre le dépar­te­ment des urgences de proxi­mi­té où le patient est accueilli et l’UNV de réfé­rence du ter­ri­toire. En pro­po­sant un accès équi­table à l’expertise médi­cale neu­ro­lo­gique à tous les patients, dans l’urgence ou dans le sui­vi, quel que soit le lieu de vie ou de prise en charge, le Télé-AVC est appa­ru comme une solu­tion viable pour les hôpi­taux péri­phé­riques et/ou sous dotés. Ce dis­po­si­tif néces­site la mise en com­mun de toutes les com­pé­tences néces­saires dans le champ des patho­lo­gies neu­ro­vas­cu­laires, notam­ment neu­ro­lo­giques et radio­lo­giques et s’intègre géné­ra­le­ment dans une orga­ni­sa­tion glo­bale, notam­ment avec un réseau de télé­mé­de­cine régio­nal lorsque celui-ci existe.  D’autres spé­cia­li­tés peuvent être néces­saires telles que la chi­rur­gie vas­cu­laire, la méde­cine phy­sique et de réadap­ta­tion, et éven­tuel­le­ment la pédia­trie. À ce titre, le terme « télé-AVC » se retrouve tout au long de la prise en charge du patient, de la phase hyper­ai­guë à la réadap­ta­tion, au sui­vi, et à la pré­ven­tion secon­daire et ter­tiaire, et se réfère à dif­fé­rents actes de télé­mé­de­cine. Dans le cas de la prise en charge en phase aiguë, le prin­cipe est le suivant :

    1. Le ser­vice des urgences de proxi­mi­té reçoit un patient pré­sen­tant les symp­tômes d’un AVC. Un pré­lè­ve­ment pour bilan san­guin est réa­li­sé et son consen­te­ment pour la télé-AVC recueilli.
    2. Après un exa­men d’imagerie médi­cale, les acqui­si­tions sont rou­tées vers une pla­te­forme dédiée et le méde­cin urgen­tiste peut sol­li­ci­ter l’avis d’un neu­ro­logue situé sur un site de recours à dis­tance pour une télé-expertise.
    3. Le neu­ro­logue accède aux élé­ments par­ta­gés (images IRM/scanner, résul­tats de bio­lo­gie) trans­mis par l’établissement deman­deur (télé-radio­lo­gie) et échange en temps réel avec le patient et le méde­cin urgen­tiste afin de poser son diag­nos­tic, c’est la phase de télé-consul­ta­tion. Les outils de visio­con­fé­rence (camé­ras mobiles) sont indis­pen­sables pour per­mettre l’échange avec le patient (ana­mnèse et exa­men cli­nique standardisé).
    4. La déci­sion thé­ra­peu­tique (throm­bo­lyse, throm­bec­to­mie, neu­ro­chi­rur­gie) ain­si que la pro­cé­dure de prise en charge (trans­fert vers un centre spé­cia­li­sé) sont éta­blis conjoin­te­ment entre le méde­cin urgen­tiste et le neu­ro­logue, on parle de télé-assis­tance don­nant lieu à une télé-throm­bo­lyse par exemple.
    5. À l’issue de l’intervention cli­nique, les para­mètres per­met­tant de contrô­ler l’état cli­nique du patient (pres­sion arté­rielle, satu­ra­tion en oxy­gène, tem­pé­ra­ture, bilan bio­lo­gique, Élec­tro­car­dio­gramme …) sont enre­gis­trés, c’est la télé-sur­veillance.

    La Figure 11 per­met de faire un réca­pi­tu­la­tif du pro­ces­sus de télé-AVC.

    Figure 11 : Schéma du principe de fonctionnement du processus télé-AVC (Source : Dr. BUTTAZ, groupe TéléAVC Artois Hainaut, 2009) [39]

    Lors de la phase hyper­ai­guë, la télé-AVC peut ain­si être mobi­li­sé pour :

    • L’évaluation par le méde­cin régu­la­teur et/ou le méde­cin neu­ro­vas­cu­laire direc­te­ment dans l’ambulance pour aider au tri et à l’orientation pré­hos­pi­ta­lière des patients
    • La prise en charge dans un éta­blis­se­ment sans UNV
    • La déci­sion de trans­fert inter-éta­blis­se­ment pour throm­bec­to­mie méca­nique ou inter­ven­tion neu­ro­chi­rur­gi­cale dans le centre de recours, après ana­lyse en urgence des don­nées cli­niques et radiologiques

    Cepen­dant, la mise en place d’une prise en charge à dis­tance de l’AVC pré­sente plu­sieurs contraintes tech­niques liées aux moda­li­tés d’échanges des don­nées. Les flux vidéos néces­saires pour per­mettre le pilo­tage à dis­tance par l’expert requièrent des débits de trans­mis­sion éle­vés pou­vant être com­plexes à gérer. Les échanges sonores doivent non seule­ment per­mettre une com­mu­ni­ca­tion com­pré­hen­sible pour le patient et les pro­fes­sion­nels, mais aus­si être enre­gis­trés pour garan­tir la tra­ça­bi­li­té et la qua­li­té des déci­sions cli­niques. S’agissant de don­nées de grade médi­cal, la ques­tion de la sécu­ri­té des com­mu­ni­ca­tions, du sto­ckage et de la ges­tion des accès est essen­tielle. De même, l’ergonomie et la rapi­di­té des échanges doivent per­mettre un usage simple et à un accès à l’information en temps-réel. En outre, mal­gré le gain de chance pour le patient mis en évi­dence par plu­sieurs études, la télé-AVC en tant que ser­vice glo­bal n’est pas prise en charge par la Sécu­ri­té Sociale. En effet, seuls les actes indi­vi­duels de télé-exper­tise et de télé-consul­ta­tion le sont. De même, il n’existe actuel­le­ment aucun modèle géné­ral de finan­ce­ment des moyens indis­pen­sables à sa mise en œuvre opé­ra­tion­nelle : acqui­si­tion des sta­tions de télé­mé­de­cine, logi­ciels de visua­li­sa­tion des acqui­si­tions, mise à dis­po­si­tion des res­sources humaines  (neu­ro­logues en astreinte, radio­logues et per­son­nel tech­nique). Les struc­tures exis­tantes sont ain­si finan­cées par l’ARS dans cer­tains cas ou par l’établissement offrant le ser­vice ce qui consti­tue un frein majeur à la géné­ra­li­sa­tion du dis­po­si­tif. Enfin, son adop­tion peut aus­si ajou­ter une contrainte sur les équipes soi­gnantes en se cumu­lant à leurs acti­vi­tés quotidiennes.

    Mal­gré les inéga­li­tés ter­ri­to­riales, les ini­tia­tives liées au télé-AVC s'intègrent pro­gres­si­ve­ment à l’amélioration de la prise en charge des AVC. Sur les 60 réseaux décla­rés par les ARS, on en recense actuel­le­ment 35 équi­pés et fonc­tion­nels incluant 60 centres requis et 200 centres requé­rants. La dyna­mique posi­tive de déploie­ment ini­tiée par le plan AVC 2010-2014 fait aujourd’hui face à des pro­blé­ma­tiques struc­tu­relles et finan­cières [40]. Une inser­tion sys­té­ma­tique requiert une for­ma­tion préa­lable des pro­fes­sion­nels de san­té aux pra­tiques de télé­mé­de­cine. Plus glo­ba­le­ment, leur sen­si­bi­li­sa­tion aux nou­veaux outils numé­riques, sur les­quels repose le télé-AVC ou le pro­jet iAVC, devrait per­mettre de faci­li­ter leur adoption.

    3. Transfert interhospitalier du patient et géolocalisation médicale sécurisée : projet iAVC


    Comme vu pré­cé­dem­ment, le télé-AVC per­met d’accélérer le diag­nos­tic à dis­tance. Cepen­dant, il reste tout de même un pro­blème dans le par­cours patient : le trans­fert inter-hos­pi­ta­lier. En effet, une fois le patient orien­té vers un centre expert pour une throm­bec­to­mie méca­nique par exemple, les équipes soi­gnantes rece­veuses ne connaissent pas pré­ci­sé­ment son horaire d'arrivée. Cela entraîne donc des pertes de temps cri­tiques et com­plique l’organisation d’une prise en charge opti­mi­sée. C’est ain­si que le pro­jet iAVC (Figure 12) est né, pro­po­sant une inno­va­tion tech­no­lo­gique et orga­ni­sa­tion­nelle basée sur la coor­di­na­tion en temps réel des dif­fé­rents acteurs impli­qués dans la prise en charge de l’AVC. 

    Figure 12 : Logo de la startup iAVC (Source : iAVC)

    Fon­dée en 2021 au sein de l’incubateur Eur­asan­té de Lille par Pierre-Oli­vier BUSSIÈRE et Adrien ROUSSEAUX, la star­tup iAVC est par­tie d’un constat simple : il est actuel­le­ment pos­sible de suivre en temps réel la livrai­son d’un repas à domi­cile, mais il n’est pas pos­sible de suivre la loca­li­sa­tion d’un patient vic­time d’un AVC pen­dant son trans­fert hos­pi­ta­lier. Ain­si, il est fon­da­men­tal de mettre en place une solu­tion pour dimi­nuer les pertes de temps et réduire les flous exis­tant sur la chaîne de soin. Pour rap­pel, le cer­veau perd envi­ron 2 mil­lions de neu­rones par minute en cas d’AVC [7]. De plus, la prise en charge implique une chaîne com­plexe d’acteurs (voir Figure 1). Ain­si, la coor­di­na­tion en temps réel est com­plexe entre les dif­fé­rents inter­ve­nants mais éga­le­ment pour gérer les res­sources hos­pi­ta­lières comme le bloc opé­ra­toire ou l’IRM. Or, les équipes médi­cales ne peuvent connaître l’heure exacte d’arrivée du patient. Il y a donc une pré­pa­ra­tion trop tar­dive du per­son­nel et du maté­riel, cau­sant une perte de temps dans la prise en charge. Ou à l'inverse, une pré­pa­ra­tion trop rapide de tout le per­son­nel et du maté­riel, entraî­nant une attente pas­sive et inutile. C’est ain­si que la star­tup iAVC a déve­lop­pé une nou­velle appli­ca­tion : ROMAIN.

    ROMAIN est une solu­tion mobile de géo­lo­ca­li­sa­tion en temps réel du patient pen­dant son trans­fert inter-hos­pi­ta­lier ou éga­le­ment en pré-hos­pi­ta­lier (en cours d’étude). Un bra­ce­let connec­té est mis en place au niveau de la che­ville du patient. Via un sys­tème sécu­ri­sé tout au long de son trans­fert, il est pos­sible d’avoir la géo­lo­ca­li­sa­tion du patient (que ce soit pour un trans­fert ter­restre mais aus­si héli­por­té). Cela per­met donc aux équipes médi­cales de pré­voir avec pré­ci­sion l’arrivée de ce der­nier (Figure 13).

    Figure 13 : Présentation du bracelet et de l’application ROMAIN (Source : iAVC)

    Plu­sieurs fonc­tion­na­li­tés sont actuel­le­ment dis­po­nibles ou en cours de développement : 

    • Noti­fier auto­ma­ti­que­ment les pro­fes­sion­nels concer­nés via des alertes. Ces der­nières sont trans­mises aux per­son­nels en ser­vice et d’astreinte uni­que­ment grâce à un calen­drier per­son­na­li­sé pour chaque intervenant.
    • Par­tage sécu­ri­sé des don­nées via un héber­ge­ment conforme aux normes de san­té (Héber­geur de Don­nées de San­té ou HDS, et Règle­ment Géné­ral sur la Pro­tec­tion des Don­nées ou RGPD) 
    • Inté­grer pro­gres­si­ve­ment le dos­sier patient infor­ma­ti­sé dans l’application pour avoir auto­ma­ti­que­ment l’horodatage de chaque étape de la prise en charge du patient : du départ du pre­mier hôpi­tal à l’arrivée dans le deuxième hôpi­tal, en pas­sant par les ima­ge­ries et le bloc opératoire.

    Ain­si, l’objectif prin­ci­pal de ROMAIN est bien d’optimiser la chaîne orga­ni­sa­tion­nelle des pro­fes­sion­nels de san­té dans la prise en charge de l’AVC. Le but étant de réduire les délais d’intervention, notam­ment en inté­grant la notion de “P to P”, c’est-à-dire “Pic­ture to Punc­ture” (temps entre l’imagerie céré­brale confir­mant l’AVC et la throm­bec­to­mie). Mais d’autres béné­fices sont attendus :

    • Réduire le temps d’attente des équipes médi­cales et la durée de leur mobilisation
    • Dimi­nuer le nombre d'appels télé­pho­niques pou­vant avoir lieu entre le SAMU et les éta­blis­se­ments grâce à la visua­li­sa­tion en temps réel des infor­ma­tions sur l’application
    • Opti­mi­ser le flux de patients et anti­ci­per les besoins matériels 
    • Mieux éva­luer les temps de prise en charge

    Le pro­jet iAVC a depuis 2024 été déployé en phase pilote au Centre Hos­pi­ta­lier Uni­ver­si­taire (CHU) de Lille, en par­te­na­riat avec le SAMU 59, sous la super­vi­sion d’un comi­té éthique et scien­ti­fique. Les pre­miers résul­tats portent essen­tiel­le­ment sur l’acceptabilité du dis­po­si­tif : sur 125 patients trans­fé­rés, envi­ron 96% ont pu être équi­pés d’un bra­ce­let connec­té, ce qui montre que les équipes soi­gnantes réus­sissent à inté­grer le sys­tème dans leur pra­tique de prise en charge. Tou­te­fois, à ce stade, ces chiffres ne ren­seignent pas sur l’impact réel de la solu­tion ROMAIN sur les délais de prise en charge ou sur l’organisation des soins. Ils témoignent uni­que­ment d’un bon taux d’utilisation. Depuis juillet 2025, le CHU de Bor­deaux dis­pose éga­le­ment de la solu­tion ROMAIN. Du reste, l’implantation du sys­tème à Nan­cy et à Reims est en cours d’exploration. Ce déploie­ment témoigne d’un inté­rêt crois­sant des hôpi­taux à adop­ter ce dis­po­si­tif dans leur pra­tique. Cepen­dant, des don­nées sup­plé­men­taires doivent par­ve­nir pour éva­luer le béné­fice pour le patient et pour l’amélioration de l’organisation de la prise en charge de l’AVC. 

    Au-delà des trans­ferts inter-hos­pi­ta­liers, iAVC a comme objec­tif d’élargir son champ d’application en incluant les trans­ferts pré-hos­pi­ta­liers. L’outil sou­haite être inté­gré direc­te­ment dans les ser­vices infor­ma­tiques des hôpi­taux pour avoir accès à une retrans­mis­sion des don­nées du bra­ce­let direc­te­ment dans le dos­sier patient pour avoir une traçabilité. 

    Le pro­jet béné­fi­cie actuel­le­ment du dis­po­si­tif Article 51 de la sécu­ri­té sociale, per­met­tant de pro­mou­voir l’innovation en san­té en four­nis­sant un mode de finan­ce­ment inédit. Le pro­jet doit donc démon­trer une per­ti­nence et un réel inté­rêt dans la prise en charge sani­taire. Une fois démon­tré, le pro­jet doit aller s’inscrire dans le droit com­mun et pou­voir obte­nir ain­si une conven­tion avec l’Assurance Mala­die pour obte­nir le rem­bour­se­ment du pro­duit [41]. Dans le cadre du pro­jet iAVC, il s’agit de prou­ver que la solu­tion per­met d’améliorer la coor­di­na­tion des équipes et que cela réduit la mor­ta­li­té et les séquelles pour les patients, mais éga­le­ment que les frais asso­ciés pour le sys­tème de san­té sont soutenables.

    Mal­gré son poten­tiel, la solu­tion ROMAIN pré­sente des limites, notam­ment quant à l'utilisation d’un bra­ce­let géo­lo­ca­li­sé. En effet, selon le type de trans­port ou l’environnement du patient, la cou­ver­ture réseau pour­rait réduire la fia­bi­li­té de la géo­lo­ca­li­sa­tion. De plus, il est néces­saire de faire accep­ter la solu­tion par l’ensemble du per­son­nel soi­gnant, qui doit donc adap­ter ses pra­tiques de soins, modi­fier ses habi­tudes mais éga­le­ment suivre une for­ma­tion. La star­tup a déjà évo­qué l’implantation du sys­tème dans l’ensemble des ambu­lances. Pour le moment, cela n’est pas pos­sible car il y a jus­te­ment un refus de cer­taines per­sonnes qui y voient ici un moyen de suivre tout le temps les ambu­lances, même quand ce n’est pas un patient fai­sant un AVC. Et cela pour­rait poser un pro­blème quand l’ambulance est par exemple en pause. iAVC s’est donc adap­té en met­tant le bra­ce­let direc­te­ment sur les patients, et non sur l’ambulance. Mais un tra­vail d’acceptation reste tout de même à mettre en place. Par ailleurs, la ques­tion de la sécu­ri­té des don­nées de san­té reste à véri­fier. Le sys­tème ROMAIN héberge les don­nées confor­mé­ment aux normes HDS et RGPD. Mais dans l’optique d’un déve­lop­pe­ment de l’application, il fau­dra tou­jours conser­ver cette confi­den­tia­li­té notam­ment si les don­nées sont envoyées vers le dos­sier patient de l’hôpital. Ain­si, le pro­jet est nova­teur mais des élé­ments res­tent à véri­fier avant un déploie­ment sur l’ensemble du ter­ri­toire français. 

    Pour conclure, le pro­jet iAVC repré­sente une inno­va­tion bio­mé­di­cale dans la prise en charge de l’AVC en pro­po­sant le bra­ce­let et l’application ROMAIN per­met­tant de géo­lo­ca­li­ser les patients. Il intègre le numé­rique et la notion de géo­lo­ca­li­sa­tion médi­cale sécu­ri­sée pour per­mettre d’agir sur l’un des fac­teurs aggra­vant de l’AVC : le délai trop long de prise en charge du patient. Tou­te­fois, son effi­ca­ci­té devra être confir­mée au fur et à mesure de sa mise en place via des don­nées cliniques.

    4. Développement de la thrombectomie mécanique de proximité et impacts sur la prise en charge de l'AVC


    L’organisation de la throm­bec­to­mie méca­nique en France a connu une évo­lu­tion majeure depuis 2015, sous l’impulsion de la SFNR et de la DGOS. Les publi­ca­tions de cinq grandes études inter­na­tio­nales ont  démon­tré l’efficacité de la throm­bec­to­mie dans le trai­te­ment de l’AVC isché­mique aigu à occlu­sion de gros vais­seaux, entraî­nant une refonte du maillage ter­ri­to­rial pour per­mettre l'égalité d'accès aux soins de la population.

    Les décrets n° 2022-21 et n° 2022-22 de jan­vier 2022 [42], rela­tifs aux condi­tions tech­niques de fonc­tion­ne­ment de l'activité inter­ven­tion­nelle sous ima­ge­rie médi­cale en neu­ro­ra­dio­lo­gie, défi­nissent pré­ci­sé­ment les obli­ga­tions de moyens appli­cables aux éta­blis­se­ments auto­ri­sés à pra­ti­quer la throm­bec­to­mie méca­nique et vient rem­pla­cer l’ancien arrê­té du 15 mars 2010 rela­tif à la prise en charge des patients vic­times d’un acci­dent vas­cu­laire céré­bral. Le texte impose la pré­sence sur site d’une uni­té de soins inten­sifs dis­po­sant d’une exper­tise neu­ro­vas­cu­laire et d’une uni­té de réani­ma­tion, toutes deux acces­sibles 24h/24 et 7 j/7. L’établissement doit éga­le­ment garan­tir l’accès per­ma­nent à un scan­ner et une IRM, ain­si qu’à des exa­mens de bio­lo­gie médi­cale et aux pro­duits san­guins nécessaires.

    Sur le plan tech­nique, le décret exige la mise à dis­po­si­tion d’une salle d’angiographie numé­ri­sée inter­ven­tion­nelle répon­dant aux normes d’anesthésie et d’asepsie d’un bloc opé­ra­toire et per­met­tant la visua­li­sa­tion du paren­chyme  céré­bral (ana­to­mie et tis­sus). Les condi­tions d’autorisation incluent aus­si un seuil mini­mal d’activité dans l’objectif d’avoir des équipes opé­ra­tion­nelles habi­tuées au geste de throm­bec­to­mie mécanique.

    Enfin, le per­son­nel médi­cal doit inclure des pra­ti­ciens for­més et expé­ri­men­tés en neu­ro­ra­dio­lo­gie inter­ven­tion­nelle, en nombre suf­fi­sant pour assu­rer la per­ma­nence et la conti­nui­té des soins. Le texte n’impose tou­te­fois pas de quo­ta chif­fré d’effectifs para­mé­di­caux, lais­sant aux éta­blis­se­ments la res­pon­sa­bi­li­té d’adapter leurs res­sources humaines aux exi­gences de sécu­ri­té et de disponibilité.

    Ini­tia­le­ment concen­trée dans quelques grands centres uni­ver­si­taires, la pra­tique s’est pro­gres­si­ve­ment éten­due grâce à une poli­tique d’ouverture de centres de throm­bec­to­mie de proxi­mi­té, visant à réduire les délais d’accès à la reper­fu­sion. Sous l’impulsion de la pre­mière géné­ra­tion de méde­cins radio­logues inter­ven­tion­nels rigou­reu­se­ment for­més pen­dant 1 an, et en étroite col­la­bo­ra­tion avec les agences régio­nales de san­té, de nou­veaux sites ont ouvert dès 2017-2018, sou­vent dans un cadre déro­ga­toire. Ces sites sont par exemple situés dans les villes de : Pau, Bayonne, Anne­cy, Valence, Valen­ciennes, Bou­logne, Mantes-la-Jolie, Aul­nay, Meaux, Cor­beil-Essonnes, etc. Ces struc­tures pré­sen­taient déjà un pla­teau tech­nique d’angiographie et une expé­rience en neu­ro­ra­dio­lo­gie inter­ven­tion­nelle, faci­li­tant leur adap­ta­tion rapide au par­cours de prise en charge de l’AVC.

    Le suc­cès de ces centres a per­mis l’extension du dis­po­si­tif à l’échelle natio­nale, avec 52 centres actifs, garan­tis­sant désor­mais un délai d’accès infé­rieur à une heure pour la qua­si-tota­li­té du ter­ri­toire. Les béné­fices de la throm­bec­to­mie de proxi­mi­té sont mul­tiples. Le prin­ci­pal est la réduc­tion du délai de reper­fu­sion, fac­teur déter­mi­nant du pro­nos­tic neu­ro­lo­gique (« time is brain »). Cette proxi­mi­té per­met éga­le­ment une amé­lio­ra­tion de la coor­di­na­tion inter­hos­pi­ta­lière, en rap­pro­chant la neu­ro­ra­dio­lo­gie inter­ven­tion­nelle des ser­vices d’urgence et des UNV. En paral­lèle, la mutua­li­sa­tion des pla­teaux tech­niques, comme à Bas­tia, où la salle d’intervention est par­ta­gée avec la car­dio­lo­gie, opti­mise les res­sources maté­rielles et humaines tout en main­te­nant la réac­ti­vi­té pour les urgences vitales (AVC et infarc­tus du myocarde).

    L’ouverture de nou­veaux centres étant par le volume mini­mal d’activité, la péren­ni­té du dis­po­si­tif repose sur la conso­li­da­tion des équipes exis­tantes, l’évaluation des zones encore sous-dotées et l’amélioration du cir­cuit pré­hos­pi­ta­lier et inter­hos­pi­ta­lier, sou­vent péna­li­sée par une exper­tise inégale en ima­ge­rie et un manque de prio­ri­sa­tion des urgences neurologiques.

    Le CHU de Bor­deaux consti­tue un exemple abou­ti d’optimisation du par­cours patient inter­hos­pi­ta­lier dans la prise en charge de l’AVC aigu. L’établissement a été le pre­mier en France à ins­tal­ler une salle d’angiographie biplan direc­te­ment inté­grée au sein du bloc des urgences, à proxi­mi­té immé­diate du ser­vice d’imagerie d’urgence (Figure 14). Ce posi­tion­ne­ment stra­té­gique per­met de sup­pri­mer les trans­ferts inter-ser­vices entre les urgences, la radio­lo­gie et la neu­ro­ra­dio­lo­gie inter­ven­tion­nelle, rédui­sant ain­si de plu­sieurs dizaines de minutes le délai entre l’arrivée du patient et la réa­li­sa­tion d’une throm­bec­to­mie méca­nique. Dans une patho­lo­gie où chaque minute repré­sente des mil­lions de neu­rones per­dus, cette approche orga­ni­sa­tion­nelle consti­tue un pro­grès majeur.

    La salle a été conçue comme un pla­teau inter­ven­tion­nel par­ta­gé, pou­vant accueillir l’ensemble des actes de radio­lo­gie vas­cu­laire urgente (notam­ment les hémor­ra­gies et patho­lo­gies aor­tiques), mais son acti­vi­té est dédiée à près de 90 % à la throm­bec­to­mie méca­nique. Ce choix tra­duit une prio­ri­sa­tion claire de la filière neu­ro­vas­cu­laire et la volon­té d’assurer une dis­po­ni­bi­li­té qua­si per­ma­nente pour l’AVC isché­mique. L’intégration spa­tiale des urgences, de l’imagerie et de la salle inter­ven­tion­nelle crée une uni­té fonc­tion­nelle com­plète autour du patient, depuis le diag­nos­tic ini­tial jusqu’à la revascularisation.

    Figure 14 : Les docteurs Xavier Barreau et Eva Jambon au sein de la salle d’imagerie interventionnelle désormais intégrée aux urgences de l’hôpital Pellegrin : une première en France. Crédit photo : Thierry David/SO (Source : Sud ouest, 2025) [43]

    Cette orga­ni­sa­tion, unique en France au moment de sa mise en place, illustre la ten­dance actuelle vers des modèles d’intervention inté­grés, où la logis­tique et l’architecture hos­pi­ta­lière deviennent des leviers déter­mi­nants d’efficacité cli­nique. Le pro­jet bor­de­lais démontre qu’une réor­ga­ni­sa­tion phy­sique du pla­teau tech­nique peut être tout aus­si déci­sive que l’innovation tech­no­lo­gique pour amé­lio­rer les délais de reper­fu­sion et, in fine, le pro­nos­tic fonc­tion­nel des patients vic­times d’un AVC.

    Mal­gré les pro­grès signi­fi­ca­tifs de la throm­bec­to­mie de proxi­mi­té en France depuis 2015, plu­sieurs limites per­sistent et méritent un regard cri­tique. La for­ma­tion et les res­sources humaines res­tent des obs­tacles majeurs . Le recru­te­ment et la for­ma­tion des neu­ro­ra­dio­logues inter­ven­tion­nels, avec un cur­sus strict d’un an et un volume mini­mal de 60 throm­bec­to­mies par centre, limitent l’ouverture de nou­veaux sites et peuvent géné­rer une satu­ra­tion dans les centres exis­tants. Les effec­tifs para­mé­di­caux ne sont pas régle­men­tés, entraî­nant une varia­bi­li­té de la qua­li­té et de la conti­nui­té des soins selon les établissements. 

    Des inéga­li­tés ter­ri­to­riales sub­sistent éga­le­ment. Cer­taines zones rurales ou péri­phé­riques res­tent moins bien des­ser­vies mal­gré l’expansion à 52 centres. Le cir­cuit pré­hos­pi­ta­lier n’est pas uni­for­mi­sé et la prio­ri­sa­tion des AVC dans les urgences poly­va­lentes reste impar­faite ralen­tis­sant par­fois la prise en charge. La com­plexi­té orga­ni­sa­tion­nelle consti­tue un autre défi : la coor­di­na­tion entre urgences, ima­ge­rie et salle d’angiographie exige une flui­di­té maxi­male dif­fi­cile à main­te­nir en cas de satu­ra­tion ou d’indisponibilité du per­son­nel et du maté­riel. Le par­tage des salles avec d’autres inter­ven­tions urgentes, bien que néces­saire, peut géné­rer des conflits de prio­ri­té et limi­ter l’accessibilité immé­diate lorsque l’activité dédiée à la throm­bec­to­mie approche 90 %. Enfin, la péren­ni­té et le sui­vi du dis­po­si­tif dépendent de la conso­li­da­tion des équipes, de la for­ma­tion conti­nue et de l’évaluation régu­lière des zones sous-dotées.

    5. Robeauté : un micro-robot qui pourrait révolutionner la neurochirurgie


    À plus long terme, cer­taines inno­va­tions pour­raient trans­for­mer la prise en charge neu­ro­lo­gique. En effet, dans le cadre du trai­te­ment de l’AVC, le dis­po­si­tif en cours d’étude par Robeau­té ouvre des pers­pec­tives inédites (Figure 15).

    Figure 15 : Représentation de différentes configurations du microrobot Robeauté en fonction de l’objectif clinique : dépôt d’électrode (Micro-sensor), visualisation des structures (Micro-camera),  administration de traitements (Drug Delivery) (Source : Sorbonne Université, 2022) [44]

    La start-up fran­çaise est actuel­le­ment en train de déve­lop­per un micro-robot neu­ro­chi­rur­gi­cal de la taille d’un grain de riz en phase d’essai pré-cli­nique. Il est conçu pour navi­guer au sein des tis­sus céré­braux via des ori­fices minimes afin de déli­vrer des trai­te­ments, implan­ter des élec­trodes ou réa­li­ser des biop­sies avec une pré­ci­sion opti­male [45]. Grâce à un sys­tème de pro­pul­sion minia­tu­ri­sé, un gui­dage 3D à dis­tance par IRM céré­bral et un tra­cking en temps réel par ultra­sons, ce micro­ro­bot peut emprun­ter des tra­jec­toires non linéaires, ce qui lui per­met d’atteindre des zones pro­fondes ou com­plexes que la chi­rur­gie tra­di­tion­nelle ne peut appro­cher sans risque éle­vé [44]. Outre les tumeurs, Robeau­té envi­sage d’étendre l’application de cette tech­no­lo­gie aux patho­lo­gies neu­ro­lo­giques comme les mala­dies neu­ro­dé­gé­né­ra­tives ou les séquelles d’AVC, en explo­rant la pos­si­bi­li­té d’une déli­vrance ultra-ciblée de trai­te­ments direc­te­ment dans le tis­su céré­bral lésé. Moins inva­sif que les solu­tions actuelles et avec des 1er essais cli­niques sur des patients pré­vus fin 2026, ce dis­po­si­tif pour­rait notam­ment inter­ve­nir pour trai­ter les tis­sus atteints en évi­tant d’endommager les tis­sus sains.

    Cepen­dant, cette inno­va­tion peut sou­le­ver plu­sieurs défis majeurs. La navi­ga­tion d’un dis­po­si­tif robo­tique au sein du tis­su céré­bral exige une grande pré­ci­sion, car la moindre dévia­tion pour­rait endom­ma­ger des zones fonc­tion­nelles essen­tielles. De plus, le pas­sage de pro­to­types pré­cli­niques à une uti­li­sa­tion humaine impose de garan­tir la bio­com­pa­ti­bi­li­té, la sécu­ri­té du dis­po­si­tif, son deve­nir après inter­ven­tion, ain­si que la fia­bi­li­té de la déli­vrance du traitement. 

    Plus glo­ba­le­ment, le déve­lop­pe­ment de nou­velles tech­no­lo­gies minia­tu­ri­sées pour­rait per­mettre d’intervenir sur l’ensemble des étapes de la prise en charge de l’AVC. En effet, d’autres pro­jets s'intéressent notam­ment à l’administration d’agents throm­bo­ly­tiques au plus proche de la zone obs­truée à l’aide de micro robots capables de se dépla­cer au sein même des vais­seaux san­guins. En plus de la veille tech­no­lo­gique, l’étude des méthodes et struc­tu­ra­tions inter­na­tio­nales est éga­le­ment primordiale.

    6. Comparaison internationale de la structuration du parcours AVC


    À l’échelle inter­na­tio­nale, les modèles d’organisation de la throm­bec­to­mie méca­nique dif­fèrent sen­si­ble­ment selon les sys­tèmes de san­té et la den­si­té ter­ri­to­riale. Aux États-Unis, la prise en charge repose sur un réseau hié­rar­chi­sé de Com­pré­hen­sive Stroke Cen­ters (CSC) et de Pri­ma­ry Stroke Cen­ters (PSC), coor­don­nés par des pro­to­coles stan­dar­di­sés (drip and ship ou mother­ship). La rapi­di­té d’accès est favo­ri­sée par un recours mas­sif à la télé­ex­per­tise neu­ro­lo­gique et à des sys­tèmes de tri pré­hos­pi­ta­lier algo­rith­miques uti­li­sant des échelles de gra­vi­té. Tou­te­fois, la taille du ter­ri­toire amé­ri­cain impose sou­vent des trans­ferts longs, com­pen­sés par la géné­ra­li­sa­tion des ambu­lances mobiles de type Mobile Stroke Unit (MSU), dotées de scan­ners embar­qués et d’équipes for­mées à la throm­bo­lyse pré­hos­pi­ta­lière. Ces uni­tés per­mettent d’administrer la throm­bo­lyse en moyenne 30 à 40 minutes plus tôt, rédui­sant la mor­ta­li­té et amé­lio­rant le pro­nos­tic fonc­tion­nel, bien que leur coût limite leur dif­fu­sion en dehors des grandes métropoles.

    En Alle­magne, le modèle est par­ti­cu­liè­re­ment inno­vant grâce à une inté­gra­tion pous­sée de la télé­mé­de­cine et à un réseau dense d’unités neu­ro­vas­cu­laire. Le pro­gramme Tele­me­di­cal Pro­ject for Inte­gra­tive Stroke Care (TEM­PiS) relie plus de 20 hôpi­taux com­mu­nau­taires à des centres experts par télé-ima­ge­rie et télé­con­sul­ta­tion 24h/24, per­met­tant une throm­bo­lyse sécu­ri­sée dans des éta­blis­se­ments non spé­cia­li­sés et un tri plus rapide pour les throm­bec­to­mies [46]. L’Allemagne a aus­si été pion­nière dans le déploie­ment des Mobile Stroke Unit (MSU), démon­trant leur fai­sa­bi­li­té et leur impact cli­nique dès 2012 à Berlin.

    Le modèle fran­çais, en com­pa­rai­son, s’est déve­lop­pé plus tar­di­ve­ment mais avec une forte struc­tu­ra­tion régle­men­taire et un objec­tif clair d’équité ter­ri­to­riale. Les centres de throm­bec­to­mie de proxi­mi­té offrent une alter­na­tive réa­liste aux MSU, mieux adap­tée à la géo­gra­phie fran­çaise, en garan­tis­sant un accès à moins d’une heure sans néces­si­ter d’infrastructure mobile coû­teuse. Ce modèle repose sur la mutua­li­sa­tion des pla­teaux tech­niques, la for­ma­tion homo­gène des équipes et le déve­lop­pe­ment de la télé­throm­bo­lyse, per­met­tant aux hôpi­taux non experts d’être inté­grés au par­cours de soins.

    Enfin, cer­tains pays nor­diques, notam­ment la Fin­lande et le Dane­mark, se dis­tinguent par une logis­tique d’urgence cen­tra­li­sée : un seul centre de throm­bec­to­mie par région, mais des héli­co­ptères médi­ca­li­sés dédiés aux AVC, assu­rant un trans­fert direct depuis le site d’appels. Ces stra­té­gies, bien que coû­teuses, atteignent des délais de reper­fu­sion com­pa­rables aux meilleurs centres américains.

    Ce der­nier cha­pitre démontre les pers­pec­tives d’évolution de la prise en charge de l’AVC, qu’il s’agisse d’innovations en cours d’intégration sur le ter­rain ou à venir. Tou­te­fois, il est impor­tant de rap­pe­ler que leur mise en place reste inégale sur le ter­ri­toire fran­çais, et très hété­ro­gène à l’international. Les contraintes de déploie­ment sont plu­ri­fac­to­rielles et naissent de dif­fi­cul­tés struc­tu­relles, finan­cières, tech­no­lo­giques ou encore liées au per­son­nel soi­gnant réti­cent à l’adoption de nou­velles méthodes par exemple. Le tableau réca­pi­tu­la­tif de l’ensemble des solu­tions pré­sen­tées est dis­po­nible Figure 16 :

    Figure 16 : Tableau récapitulatif des innovations biomédicales pour la prise en charge de l’AVC (Source : Auteur.e.s)

    Inno­va­tionÉtat du déploie­ment en FranceChamp d’actionChamp d'application
    UNVM (ASPHALT)1 étude médi­co-éco­no­mique en cours en île-de-FranceIma­ge­rie diag­nos­tique sur site, Télé-inter­pré­ta­tion, Télé-thrombolyseDiag­nos­tic, Throm­bo­lyse, Trans­fert domicile-UNV
    Télé-AVC+250 éta­blis­se­ments par­ti­ci­pants répar­tis sur l’ensemble du territoireTélé-inter­pré­ta­tion, Télé-consul­ta­tion,
    Télé-throm­bo­lyse
    Diag­nos­tic, Déci­sion thé­ra­peu­tique, Choix du centre de Transfert
    iAVC2 CHU équi­pés, 2 CHU en cours d’étudeGéo­lo­ca­li­sa­tion du patient en temps-réelSui­vi du trans­fert inter-hospitalier
    Centres de Thrombectomie52 centres actifsTrai­te­ment en phase aiguëNeu­ro­ra­dio­lo­gie interventionnelle
    Robeau­téPhase pré-cli­niqueTrai­te­ment en phase subaiguëAdmi­nis­tra­tion de médi­ca­ments, Dépôt d'électrodes

    De ce tableau réca­pi­tu­la­tif des inno­va­tions, nous avons pu envi­sa­ger un sché­ma glo­bal envi­sa­geable pour la prise en charge de l’AVC, pré­sent dans la Figure 17.

    Figure 17 : Schéma global de la prise en charge de l’AVC (Source : Auteur.e.s)


    Conclusion


    L’AVC est une patho­lo­gie qui voit aujourd’hui de nom­breuses inno­va­tions bio­mé­di­cales naître afin de réduire autant que pos­sible les délais de prise en charge. Si cer­tains patients sont admis direc­te­ment dans un centre expert lors d’une sus­pi­cion d’AVC, la majo­ri­té des cas impliquent un à plu­sieurs trans­ferts hos­pi­ta­liers pour trou­ver une struc­ture adap­tée. Mal­gré les plans dédiés à l’AVC, les contraintes démo­gra­phiques et éco­no­miques limitent l’accessibilité aux soins. 

    Ce pro­jet a donc étu­dié des solu­tions com­pa­tibles avec l’urgence de la phase hyper aiguë, afin de réduire le taux de mor­ta­li­té et les séquelles liées. En rap­pro­chant l’imagerie au patient, l’UNVM per­met un triage pré­hos­pi­ta­lier effi­cace et per­met un trans­fert direct vers le centre adap­té. Les résul­tats du pro­jet ASPHALT sug­gèrent un inté­rêt par­ti­cu­lier pour les zones sous-dotées (déserts médi­caux) afin d’initier au plus tôt la throm­bo­lyse et évi­ter de mul­ti­plier les trans­ferts inutiles. Cepen­dant, l’investissement ini­tial exi­gé pour­rait res­treindre son usage aux grandes agglo­mé­ra­tions dis­po­sant des moyens finan­ciers suf­fi­sants. Enfin, les tra­vaux sur l’IRM por­table ultra-bas champ spé­cia­li­sé pour l’imagerie du cer­veau pour­raient enle­ver les contraintes du scan­ner et amé­lio­rer le diag­nos­tic. De plus, la télé-AVC, asso­ciant télé-exper­tise et télé­con­sul­ta­tion, offre une exper­tise neu­ro­lo­gique aux struc­tures de proxi­mi­té, tan­dis que des outils de géo­lo­ca­li­sa­tion (comme le bra­ce­let ROMAIN de la Star­tup iAVC) per­met d’améliorer la coor­di­na­tion des trans­ferts inter-hos­pi­ta­liers. Le déploie­ment de nou­veaux centres experts de l’AVC et leur inté­gra­tion au maillage régio­nal doit pou­voir garan­tir une meilleure cou­ver­ture ter­ri­to­riale pour réduire les délais de trans­port. Enfin, la mise en place d’une salle d’imagerie inter­ven­tion­nelle au sein même du ser­vice des urgences per­met un gain de temps sur la der­nière phase intra-hos­pi­ta­lière. Ces inno­va­tions s’intègrent direc­te­ment aux cir­cuits exis­tants et offrent des gains de temps signi­fi­ca­tifs tout en maî­tri­sant les coûts. 

    L’articulation de ces dif­fé­rentes solu­tions pour­rait répondre aux besoins des patients et ain­si réduire l’impact sani­taire et éco­no­mique de l’AVC chif­fré à 4,5 mil­liards d’euros pour l’année 2022 par la cour des comptes [47]. Pour finir, la réus­site de ces inno­va­tions repose sur une coor­di­na­tion des équipes médi­co-tech­niques plu­ri­dis­ci­pli­naires pour voir émer­ger des solu­tions per­for­mantes et répon­dant au mieux aux exi­gences des pra­ti­ciens. Les actions natio­nales de sen­si­bi­li­sa­tion et de pré­ven­tion sur les fac­teurs de risque de l’AVC, ses symp­tômes et la conduite à tenir en cas de leur sur­ve­nue consti­tuent éga­le­ment  un axe impor­tant à déve­lop­per. Bien menées, elles devraient notam­ment per­mettre de garan­tir la recon­nais­sance du besoin urgent de ser­vices médi­caux sur des publics ciblés afin d’assurer la déli­vrance de soins adap­tés dans les meilleurs délais.


    Références bibliographiques


    [1] A. GABET et al., « Épidémiologie des accidents vasculaires cérébraux en France », Santé Publique France, mars 2025. Consulté le : 12 octobre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2025/HS/pdf/2025_HS_3.pdf

    [2] AMELI, « Comprendre l’accident vasculaire cérébral et l’accident ischémique transitoire ». 3 avril 2025. Consulté le : 12 octobre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/accident-vasculaire-cerebral-avc/avc-comprendre

    [3] E. FERY-LEMONNIER, « La prévention et la prise en charge des accidents cérébraux en France ». Ministère de la santé et des sports, juin 2009. Consulté le : 12 octobre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/avc_-_synthese_seule_rapport_final_-_vf.pdf

    [4] MINISTÈRE DU TRAVAIL, DE LA SANTÉ, DES SOLIDARITÉS, DES FAMILLES, DE L’AUTONOMIE ET DES PERSONNES HANDICAPÉES, « La prise en charge des AVC ». 10 septembre 2024. Consulté le : 23 octobre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-cardiovasculaires-et-avc/accident-vasculaire-cerebral-avc/article/la-prise-en-charge-des-avc

    [5] N. NIGHOGHOSSIAN, « Histoire d’un parcours en neurologie vasculaire », vol. 25, no 249, juin 2022, Consulté le : 23 octobre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://neurologies.fr/wp-content/uploads/2022/06/NE249_P203A205_TEMOIGNAGE.pdf

    [6] SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE NEURORADIOLOGIE (SFNR), « État des lieux et carte interactive ». 1 janvier 2021. Consulté le : 15 octobre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.sfnr.net/neuroradiologie-quotidien/thrombectomie/la-thrombectomie/etat-lieux-carte-interactive

    [7] L. PUY, C. CORDONNIER, et R. LEBEAU, « Accident vasculaire cérébral (AVC) : la première cause de handicap acquis de l’adulte ». INSERM, 18 février 2025. Consulté le : 22 septembre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.inserm.fr/dossier/accident-vasculaire-cerebral-avc/

    [8] RAMSAY Service, « Face à l’AVC, hommes et femmes ne sont pas égaux : mais pourquoi ?» Consulté le : 20 octobre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.ramsayservices.fr/pathologies/face-lavc-hommes-et-femmes-ne-sont-pas-egaux-mais-pourquoi

    [9] AMELI, « AVC et AIT : symptômes, diagnostic et évolution ». 5 décembre 2025. Consulté le : 11 octobre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/accident-vasculaire-cerebral-avc/avc-symptomes-evolution

    [10] MINISTERE DE LA SANTE ET DES SPORTS, « La prévention et la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux en France ». 9 octobre 2009. Consulté le : 9 novembre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://sante.gouv.fr/ministere/documentation-et-publications-officielles/rapports/sante/article/la-prevention-et-la-prise-en-charge-des-accidents-vasculaires-cerebraux-en

    [11] SCIENCES ET AVENIR, « AVC : quand “chaque minute compte” ». 28 octobre 2022. Consulté le : 15 décembre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/avc-quand-chaque-minute-compte_167314

    [12] A. SALDMANN, « Le nouveau dispositif de prédiction des AVC, basé sur l’intelligence artificielle ». Erganeo, 24 juin 2025. Consulté le : 13 octobre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.satt.fr/wp-content/uploads/2025/06/2025_06_CP-Octogone.pdf

    [13] C. LAVELLE, « Notre alimentation joue-t-elle un rôle dans le fonctionnement de notre cerveau ? » Muséum National d’Histoire Naturelle, MNHN, 6 mars 2023. Consulté le : 12 décembre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.mnhn.fr/fr/notre-alimentation-joue-t-elle-un-role-dans-le-fonctionnement-de-notre-cerveau

    [14] COLLÈGE DES ENSEIGNANTS DE NEUROLOGIE, « Accidents vasculaires cérébraux ». Consulté le : 12 octobre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.cen-neurologie.fr/second-cycle/accidents-vasculaires-cerebraux

    [15] J. VIOLET, « Accident vasculaire cérébral (AVC) - Fiches IDE ». 22 juillet 2020. Consulté le : 10 octobre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.fiches-ide.fr/accident-vasculaire-cerebral-avc/

    [16] MINISTÈRE DU TRAVAIL, DE LA SANTÉ, DES SOLIDARITÉS, DES FAMILLES, DE L’AUTONOMIE ET DES PERSONNES HANDICAPÉES, « Prévenir l’AVC ». 10 septembre 2024. Consulté le : 10 octobre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-cardiovasculaires-et-avc/accident-vasculaire-cerebral-avc/article/prevenir-l-avc

    [17] HÔPITAUX UNIVERSITAIRES GENÈVE, « Les facteurs de risque de l’accident vasculaire cérébral ». 28 août 2025. Consulté le : 12 octobre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.hug.ch/accident-vasculaire-cerebral/facteurs-risque

    [18] P. DHÔTE-BURGER, L. LEBRUN, et J. LEROYER, « Les actions du “plan d’actions national AVC 2010-2014” et leur niveau de pilotage ». Ministère de la santé et des sports, 15 avril 2010. Consulté le : 6 novembre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/liste_des_actions_du_plan_AVC.pdf

    [19] ORGANISATION MONDIALE DE LA SANTÉ (OMS), Recommandations mondiales sur l’activité physique pour la santé. Genève : OMS, 2010. [En ligne]. Disponible sur : https://www.sports.gouv.fr/sites/default/files/2023-04/brochure-recommandations-oms-activit-physique-pour-la-sant--5711.pdf

    [20] HAUTE AUTORITÉ DE SANTÉ, « AVC travailler avec les professionnels pour améliorer les pratiques », mars 2013. Consulté le : 12 octobre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2010-06/questions_reponses_avc_def.pdf

    [21] INSTITUT NATIONAL DE LA SANTÉ ET DE LA RECHERCHE MÉDICALE, « L’accident vasculaire cérébral, une (autre) inégalité homme-femme ? » 6 septembre 2017. Consulté le : 20 octobre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://presse.inserm.fr/laccident-vasculaire-cerebral-une-autre-inegalite-homme-femme/29341/

    [22] AREDОС, « Les aspects médico-légaux de la prise en charge de l’accident vasculaire cérébral ». juillet 2022. Consulté le : 6 novembre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.aredoc.com/wp-content/uploads/2022/07/Brochure-COREME-2022.pdf

    [23] AGENCE NATIONALE D’ACCRÉDITATION ET D’ÉVALUATION EN SANTÉ, « Imagerie de l’accident vasculaire cérébral aigu ». juin 2002. Consulté le : 6 novembre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/AVC.rap.pdf 

    [24] PIETERS Léa, « L’évolution de l’imagerie dans le cadre des Accidents Vasculaires Cérébraux en France ». Université de Lille, 26 octobre 2017. Consulté le : 9 janvier 2026. [En ligne]. Disponible sur : https://pepite-depot.univ-lille.fr/LIBRE/Mem_ILIS/2017/LIL2_SMIS_2017_020.pdf

    [25] P. WIDIMSKY, R. CORAM, et A. ABOU-CHEBL, « Reperfusion therapy of acute ischaemic stroke and acute myocardial infarction : similarities and differences », European Heart Journal, vol. 35, no 3, p. 147‑155, janv. 2014, doi : https://doi.org/10.1093/eurheartj/eht409

    [26] FONDATION HOSPICES CIVILS DE LYON, « IRM et AVC : un outil essentiel pour le diagnostic ». Consulté le : 6 novembre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://fondationhcl.fr/notre-action/recherche-et-innovation/informations-sur-les-maladies-et-la-recherche-medicale/irm-et-avc-un-outil-essentiel-pour-le-diagnostic/

    [27] H. RETAL et al., « Imagerie de perfusion cérébrale : l’essentiel pour tout comprendre », Journal of Neuroradiology, vol. 52, no 2, mars 2025, doi : https://doi.org/10.1016/j.neurad.2025.101306

    [28] OLEA MEDICAL, « Imagerie de l’urgence ». janvier 2023. Consulté le : 6 novembre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.olea-medical.com/wp-content/uploads/2023/05/BR-Digital_01-23_AP1.5-Urgence_FR_Olea.pdf 

    [29] HAUTE AUTORITÉ DE SANTÉ (HAS), « Recommandations sur les traitements de la phase aiguë de l’accident vasculaire cérébral ischémique ». 23 octobre 2025. Consulté le : 8 novembre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2025-10/dir2/traitements_de_la_phase_aigue_de_laccident_vasculaire_cerebral_ischemique_-_recommandations.pdf

    [30] A. AOUADI, « Une 1re au CHU de Tizi-Ouzou : un patient retrouve la vue grâce à un traitement innovant ». 25 février 2024. Consulté le : 9 janvier 2026. [En ligne]. Disponible sur : https://www.algerie360.com/une-1re-au-chu-de-tizi-ouzou-un-patient-retrouve-la-vue-grace-a-un-traitement-innovant/

    [31] WIKIPEDIA, « Thrombectomie ». 4 janvier 2026. Consulté le : 9 janvier 2026. [En ligne]. Disponible sur : https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Thrombectomie&oldid=232141076

    [32] INSTITUT DU CERVEAU, « Comprendre en 2 minutes : l’Accident Vasculaire Cérébral (AVC) ». 26 octobre 2022. Consulté le : 12 octobre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://institutducerveau.org/videos/comprendre-en-2-minutes/comprendre-en-2-minutes-laccident-vasculaire-cerebral-avc

    [33] VIDAL, « Le diagnostic et les traitements de l’AVC ». 14 septembre 2023. Consulté le : 12 octobre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.vidal.fr/maladies/coeur-circulation-veines/avc/traitements.html

    [34] A. ROSETTI, L. BONATI, P. SANDOR, P. MICHEL, et U. FISCHER, « Urgences neurologiques », sept. 2020, doi : https://doi.org/10.4414/fms.2020.08376 

    [35] J. C. GROTTA et al., « Prospective, Multicenter, Controlled Trial of Mobile Stroke Units », vol. 385, no 11, sept. 2021, doi : https://doi.org/10.1056/NEJMoa2103879

    [36] ASSISTANCE PUBLIQUE DES HÔPITAUX DE PARIS, « La Première Unité Neurovasculaire Mobile Française : quand l’hôpital vient au patient pour traiter un AVC ». 28 novembre 2023. Consulté le : 9 novembre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.aphp.fr/espace-medias/liste-ressources-presse/la-premiere-unite-neurovasculaire-mobile-francaise-quand

    [37] CENTRE HOSPITALIER SAINTE ANNE, « Acute Stroke : Prehospital Versus In-HospitAL Initiation of Recanalization Therapy- ASPHALT (ASPHALT) », févr. 2024. Consulté le : 8 décembre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://clinicaltrials.gov/study/NCT05649670

    [38] LEGIFRANCE, « Décret n° 2010-1229 du 19 octobre 2010  relatif  à la télémédecine ». 19 octobre 2010. Consulté le : 9 novembre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000022932449

    [39] Dr. BUTTAZ et Dr. VÉHIER, « Situation des UNV au début du projet : année 2009 ». Groupe TéléAVC Artois Hainaut. [En ligne]. Disponible sur : https://www.cnnhg.org/wp-content/uploads/2019/06/Francois_Mounier.pdf

    [40] L.-L. DO-QUANG, « Le télé-AVC s’est fortement développé en France mais son financement reste précaire ». Société Française de Médecine d’Urgence, 20 décembre 2025. Consulté le : 15 décembre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.sfmu.org/fr/actualites/actualites-de-l-urgences/le-tele-avc-s-est-fortement-developpe-en-france-mais-son-financement-reste-precaire/new_id/70738

    [41] AGENCE RÉGIONALE DE SANTÉ, « Article 51 : quel avenir pour les expérimentations des parcours créés dans le cadre du dispositif ? » 24 mai 2024. Consulté le : 5 novembre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.iledefrance.ars.sante.fr/article-51-quel-avenir-pour-les-experimentations-des-parcours-crees-dans-le-cadre-du-dispositif

    [42] « Décret n° 2022-22 du 10 janvier 2022 relatif aux conditions techniques de fonctionnement de l’activité interventionnelle sous imagerie médicale en neuroradiologie », Ed. Legifrance, Paris, www.legifrance.gouv.fr, JORF n°0009 du 12 janvier 2022 Texte n° 14, janv. 2022. Consulté le : 2 novembre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000044930934

    [43] I. CASTERA, « Bordeaux : au CHU, l’unité de prise en charge des AVC intégrée aux urgences, une première en France ». 22 juin 2025. Consulté le : 7 novembre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.sudouest.fr/sante/bordeaux-au-chu-l-unite-de-prise-en-charge-des-avc-integree-aux-urgences-une-premiere-en-france-24926794.php

    [44] SORBONNE UNIVERSITÉ, « Robeaute ». Novembre 2022. Consulté le : 27 décembre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.lib.upmc.fr/wp-content/uploads/2022/11/robeaute_robots-624x370.png

    [45] ROBEAUTÉ, « Neurosurgical microrobots ». 2022. Consulté le : 30 novembre 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.robeaute.com/

    [46] H. J. AUDEBERT, J. SCHENKEL, P. U. HEUSCHMANN, U. BOGDAHN, et R. L. HABERL, « Effects of the implementation of a telemedical stroke network : the Telemedic Pilot Project for Integrative Stroke Care (TEMPiS) in Bavaria, Germany », The Lancet Neurology, vol. 5, no 9, p. 742‑748, sept. 2006, doi : https://doi.org/10.1016/S1474-4422(06)70527-0

    [47] COUR DES COMPTES, « Prévention et prise en charge des accidents vasculaires cérébraux ». Octobre 2025. Consulté le : 7 janvier 2025. [En ligne]. Disponible sur : https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2025-10/20251029-Prevention-et-prise-en-charge-AVC.pdf

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